LE POUVOIR ABSOLU
cice de l'autorité souveraine, ailleurs le droit de choisir le souverain, partout une participation plus ou moins étendue à tous les pouvoirs, assurée par des contrats réguliers, des chartes formelles.
Dans sa forme première, l'autocratie elle-même n'a pas été ici svnonvme de pouvoir absolu. Le samodiérjets moscovite est assurément un sosie de ïautocrator byzantin; mais l'absolutisme des empereurs byzantins comportait un partage de pouvoir avec le clergé. Longtemps aussi, le clergé moscovite n'a reconnu dans le sainodiérjavié qu'un symbole de l'indépendance nationale vis-à-vis de 1 étranger. Il réservait au moins les droits de l'Eglise, sinon ceux du peuple. Néanmoins, le mot prêtait à une confusion dangereuse, et en fait, compromis d'abord dans la région du nord-est, où les princes de SoLizdal et de Riazan parvenaient à établir fortement l'hérédité dynastique sur la base de la primogéniture, le principe rival de la souveraineté populaire ne s'est maintenu, bien avant 1 arrivée des Tatars, qu à l'état d exception. Conservé dans son intégrité à Pskov et à Novgorod jusqu'à la fin du quinzième siècle, il a été éliminé ailleurs ou sensiblement affaibli dès le commencement du treizième.
Pas plus que 1 influence byzantine, 1 hégémonie mongole ne saurait ainsi donner la raison de ce phénomène. Assurément, dans les relations entre gouvernants et gouvernés, cette dernière a introduit un changement capital. A la faveur populaire, source traditionnelle du pouvoir souverain, elle a substitué le caprice des nouveaux maîtres suprêmes. Un vovage vers les rives du bas Volga et des présents offerts au khan valurent mieux qu une élection. Le pèlerin revenait avec un iarlik qui le dispensait de toute autre investiture. L'union florentine et la prise de Constantinople ont aussi produit quelque effet dans le même sens. Jusqu à la Hn du quatorzième siècle, l'Eglise ne reconnaissait qu'un tsai- en Russie, et c'était l'empereur de Constantinople, traité d' » empereur des Russiens » et de « souverain de 1 Univers » jusque dans les prières du clergé moscovite. Après cette date, il fallut bien
reporter ailleurs les mêmes hommages, et le souverain de Moscou se trouva grandi de toute la déchéance du souverain de Byzance.
Toutes ces incidences n'ont joué cependant, il faut en convenir, qu'un rôle secondaire. Leur action n"a pu être déterminante. Quant à la part de l'élément finnois dans l'évolution en cause, si le fait d'un peuple conquis imposant au peuple conquérant ses façons d'être, ses conceptions et ses mœurs, n'est pas introuvable dans l'histoire, encore faudrait-il, comme dans tous les exemples qui nous sont connus, supposer une supériorité de culture expliquant cette victoire, et c'est, en l'espèce, une hypothèse inadmissible. Les colonisateurs russes du treizième et du quatorzième siècle étaient bien des barbares, mais ils avaient affaire à plus barbares qu'eux, et ce n'est pas par le nombre qu ils ont vaincu.
La clef de l'énigme me parait se trouver dans l'action combinée et la réaction mutuelle de deux phénomènes déjà indiqués : labsence de dé^ eloppement organique au sein de la société russe et la formation militaire imposée à cette société par les circonstances qui ont accompagné sa constitution ou sa reconstitution dans son nouvel établissement du nord-est. La colonisation russe s'y est trouvée longtemps en pays ennemi et entouré d'ennemis. Le souverain fut donc un chef d'armée. En cette qualité, il a naturellement exercé une influence dissolvante sur des éléments sociaux insuffisamment agrégés, et leur émiettement atomique a, de son côté, fortifié sa toute-puissance de leur faiblesse.
Ces phénomènes se sont reproduits à l'origine de la plupart des États. Le singulier, ici, est leur rencontre avec l'accession simultanée du même pays aux formes supérieures de la civilisation moderne. Mais c'est le trait particulier de cette communauté excentrique qui, après être restée longtemps en marge de la vie européenne, s'est trouvée brusquement initiée à quelques-unes de ses plus nobles conquêtes et aux raffinements même d une culture s'accordant mal avec le retard de son organisation politique et sociale. Tout s'y est fait à la