LA REORGANISATION DU SERVICE
ivachka Peresviétov n'avait cependant pas parlé en vain. Au cours de cette même année 1550, toujours hésitant et incertain du but à poursuivre comme des moyens à emplover, Ivan fit pourtant un pas décisif dans la seule voie qu'il eût à choisir, pour engager avec des chances de succès une lutte qu il ne pouvait éviter et concilier une réforme indispensable avec le maintien non moins nécessaire d un système politique qu il ne pouvait songer à détruire. Le 10 octobre parut un^,oukase réorganisant la classe supérieure des « hommes de service » .
LA r.ÉOr.GANISATION DU SERVICE
Retenez-en les termes : toute Vopriichnina et toute l'his- ]y^ toire intérieure de ce règne s'y trouvent en germe.
Ordre était donné de recueillir dans divers districts mille enfants de boiars, choisis parmi les meilleurs, et de leur donner des pomiéstia dans le district de Moscou et dans les districts avoisinants. Ce millier d'élus devait former la noblesse de la capitale, noyau du contingent disponible pour les services de tout ordre, et principalement pour le service militaire. Les familles aristocratiques plus anciennement établies dans la même région furent rattachées à ce groupe, dans lequel entrèrent encore tous les hauts fonctionnaires, pareillement pourvus d'allocations territoriales voisines, s'ils n'en possédaient déjà. Toute cette aristocratie se trouva partagée en trois classes, stati, d après l'ancienneté des services. Sans supprimer le miestnitchestvo, le législateur déterminait ainsi et limitait le champ dans lequel il aurait désormais à se mouvoir. Les services dus pour chaque lot étaient en même temps fixés aussi et précisés avec soin : pour chaque centaine d arpents (environ 50 diéssiatines, ou autant d'hectares^ le possesseur avait à livrer un homme à cheval, avec un cheval de rechange si l'expédition devait être longue. L'homme et
le cheval pouvaient être remplacés par une somme d'argent et, de son côté, le souverain g^arantissait une indemnité pour les hommes fournis en surcroit, indépendamment de la solde de campagne pavée à tous.
Dans la hiérarchie ainsi constituée, plus encore que par le passé, bouleversant toutes les situations, déterminant tous les rangs et toutes les préséances, l'idée du service était appelée à tenir la première place. Et voici un indice de l'effet obtenu : dans les procès-verbaux de l'assemblée de 1566 plus de princes sur la liste des hauts personnages convoqués. Ils ont disparu dans révolution qui a porté au premier rang la classe des fonctionnaires, ou du moins ils sont officiellement comme s'ils nétaient pas, car ils reparaissent avec leurs titres en tète des signatures. Ils maintiennent ainsi et affirment leurs droits. Mais la loi les ignore et eux-mêmes arrivent parfois à s'oublier. En 155-4 déjà un descendant des anciens princes apanages de Vorotynsk, Michel Ivanovitch. ne se prévaut que du seul titre de dvorianine, homme de cour, qui maintenant prime tous les autres, et la politique moscovite tend de son côté invariablement à éliminer 1 élément héréditaire de cette sphère supérieure, car, en 1566, parmi les dvorianié de premier rang, sur quatre-vingt-quatorze noms, trente-trois seulement appartiennent à des familles princières.
C'est l'œuvre de 1 oukase de 1550, et, quelques années plus tard, le système reçoit une nouvelle et large extension dans le service de garde, réorganisé en 1571 sur la frontière du sud et du sud-ouest et mis à la charge des propriétaires fonciers de cette contrée. Pendant la minorité d Ivan un fort v avait été déjà construit, à Temnikov, sur la Mokcha, affluent de 1 Oka. en même temps qu'au moyen de postes distribués sur les lignes de défense naturelles on surveillait les mouvements des Tatars. En 1555, un premier service régulier de garde, composé de Streltsy et de Cosaques, fut établi le long du Volga, et un régiment de Cosaques — le khoperskiï polk — conserve encore les débris d'un étendard reçu des mains