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LA SECULARISATION

travail ainsi accompli. Dans cette assemblée où 1 é/^lise se trouvait partie dominante, d autres préoccupations absorbaient les esprits. Le prog^ramme d Ivachka Peresviétov étant écarté, ou réduit à un minimum dont probablement on ne comprenait même pas la portée, restait celui des thaumaturges de Yalaam. La réforme réclamée par les iSiésiiajaiiéli demeurait à l'ordre du jour.

Dans cette voie, Ivan parut d abord disposé à montrer plus d'énerg^ique initiative. Il subissait incontestablement l'influence des disciples de 2sil Sorski. Nommé bientôt après ihoumène de la Troïtsa, Artemi, adversaire déclaré des losiflianié, se voyait autorisé à présenter au souverain un mémoire proposant nettement la sécularisation des biens monastiques. Une lettre de ce moine, qui nous a été conservée, semble du moins l'indiquer. Parmi les membres du sohor. figurait l'évêque de Riazan, Kassiane, auteur présumé d'un écrit contenant une dénonciation vigoureuse de la corruption des idées et des mœurs au sein des deux clergés. Si isolée qu elle fût enfin, la Russie ne restait pas entièrement inaccessible aux courants révolutionnaires qui bouleversaient à cette époque le monde occidental. Mais, digne élève de son Aima Mater, le monastère de Yolok-Lamskiï, le métropolite Macaire se prononça non moins énergiquement contre les mesures radicales. Dans une épitre célèbre, où Ion a deviné une réponse à quelque projet de loi préparé par le jeune tsar, il invoqua l'exemple des empereurs grecs, des souverains russes et des khans tatars eux-mêmes, également attentifs à respecter les biens de l'Église. Au 5o6or, les losiflianié avaient une majorité énorme. Et Ivan céda encore, consentant à ne présenter la question que sous une forme très atténuée, se bornant à appeler 1 attention de rassemblée sur la mauvaise administration des biens monastiques et sur l'avidité excessive des moines.

Le sohor se prononça théoriquement pour la répression des abus et, non sans une vive résistance, finit par accepter quelques mesures pratiques : restitution des terres allodiales

(vottchinyj cédées par les boiars aux monastères sans le consentement du souverain, ainsi que des terres de toute espèce, illégalement accaparées par l'Église; annulation de tous les dons consentis à son profit pendant la minorité d'Ivan ; défense pour les monastères d'acquérir à l'avenir les patrimoines des anciens princes' apanages, et, pour tout le clergé, d'acquérir des vottchiny sans l'autorisation du souverain. L'Église dut encore accepter quelques charges nouvelles, bien qu'elle fit valoir l'importance de celles qu'elle subissait déjà en fournissant un certain nombre de recrues pour le service militaire, en contribuant dans certaines villes à l'entretien des fortifications. Elle dut participer à la constitution d'un fonds pour le rachat des prisonniers, et les concessions faites constituèrent un engrenage; en 1573, sur tordre du tsar, un concile allait interdire, de façon absolue, les donations en terres allodiales au profit des monastères riches, déjà abondamment pourvus à cet égard, et un autre, en 1580, étendre l'application du principe, en interdisant, pour l'avenir, à tous les membres des deux clergés, toutes acquisitions de terres quelconques, soit à titre gratuit, soit à titre onéreux.

^ La propriété foncière du clergé se trouva arrêtée dans sa croissance.

En 1551, Ivan voulut encore donner sur un autre point une satisfaction plus complète aux idées réformatrices. Ses desseins se manifestèrent dans une série d'interpellations adressées à l'assemblée, si vives et si acerbes qu'on croirait V entendre un écho du Blackhooh anglais de 1534, de l'acte d'accusation dressé par les agents de Thomas Cromwell contre les moines de son temps, leur moralité douteuse, leur dureté et leur grossièreté, ou des historiettes scandaleuses dont Lavton s'égayait dans sa correspondance avec son cheH. Ce questionnaire passablement outrageant, les réponses de l'assemblée et les observations additionnelles du souverain sont entrés dans la composition du livre aux « cent chapitres » (Stoglav) et en constituent la partie essentielle. On y peut

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suivre un dialogue fort curieux. On voit que le sobor' s' est évertue d abord à éviter la discussion. Dans les quarante premiers chapitres, les questions indiscrètes du tsar sont réunies en un bloc; puis vient une réponse générale qui n en est pas une, qui se dérobe par des digressions et s'évade sur les terrains vao^ues du cjui p?'o quo. Ivan a vivement pris à partie le mauvais emploi des richesses accumulées dans les monastères : l'assemblée fait mine de ne pas comprendre et réplique en soulevant divers problèmes d'ordre liturgique. La rédaction correspond probablement ici à l'ordre et à la procédure d'abord adoptée dans le débat. A partir du quarante et unième chapitre elle change, et c'est probablement que le tsar a jugé à propos de changer de méthode. Questions et réponses se suivent désormais, non sans que les Pères de l'Eglise essayent d'équivoquer encore et de se soustraire à des solutions trop précises. Quelques-uns des points déjà traités sont repris maintenant, iç' sans meilleur succès. S'agit-il des mœurs dissolues du Vierge, le sobor, non sans quelque malice, se répand en lamentations sur l'extension du péché de sodomie parmi les laïques, et, gravement, passe à quelque problème de morale ascétique dans le genre de celui-ci : une nonne peutelle en cas de maladie se confesser à un membre du clergé séculier? Le dialogue s'anime parfois jusqu'à la querelle et s'égare jusqu'à des personnalités. Ivan a fait une observation sur la peinture défectueuse des icônes. Réplique du sobor : "Regardez ce qui se passe au Kreml ! " Il s'agit d'une icône célèbre, œuvre de Roublev, artiste du quinzième siècle, qui a été remplacée récemment par une image d'orthodoxie douteuse. Amsi d'un bout à l'autre, et, à travers toutes ces échappa-[/ toires et toutes ces divagations, l'idée générale de la réforme se perd, s.'évapore en quelque sorte, n'arrive à se condenser en aucun point. Quelques amendements de détail : établissement de starostes et de dizeniers ecclésiastiques chargés de veiller à la moralité du clergé, séparation rigoureuse des sexes dans les monastères, observation plus sévère des règlements dans les communautés, furent accueillis en prin-

cipe, mais étaient destinés, dans la pratique, à rester lettre morte. Forcée de reconnaître la réalité de certains désordres qui déshonoraient l'Égalise nationale et compromettaient son avenir, l'assemblée ne s'en dissimulait pas la cause essentielle qui était l'état digfnorance où clergé régulier et clergé séculier croupissaient de conserve. Aussi décida-t-elle la création d'un grand nombre d'écoles pour l'éducation des prêtres. Elle ne fit rien pour assurer l'exécution de cette décision. Elle imap^ina ou feignit d'imaginer qu'elle pouvait faire état, pour cette œuvre, du zèle et du dévouement des pauvres popes, réduits pour la plupart à la mendicité, et, insuffisamment instruits eux-mêmes, les évêques et les archimandrites opulents se refusant à toute contribution personnelle, comme à l'admission de cette vérité qu'il fallait en ceci commencer par lo commencement, c'est-à-dire élever d'abord le niveau intellectuel au sommet de la hiérarchie ecclésiastique. Dans l'interprétation et le choix des textes, Macaire lui-même était sujet aux plus grossières erreurs !

Sous l'influence de Maxime le Grec, à ce qu'on peut supposer, le sohor s'occupa de l'altération des livres saints et ordonna l'établissement d'une typographie — la première qui ait existé à Moscou — pour la réimpression de ces livres d'après les modèles les plus corrects. Hélas! vous le savez déjà, assaillie par une émeute la typographie n'eut qu'une existence éphémère. Ce qui resta, ce furent les interdictions simultanément prononcées par l'assemblée contre certains ouvrages impies et hérétiques. Mais, hélas encore! ces ouvrages, le Sécréta secretoi^um, répertoire de la science du moyen âge, appelé ici Aristolel et attribué à Aristote; le.^ tableaux astronomiques d'Emmanuel Ben Jacob, connus soue sous le nom de Chestokryl, c'était toute la littérature profane du pays. Et, pour sauver la face, répondre aux accusations d'immoralité et se donner une apparence d'austère rigorisme en flattant les tendances ascétiques de l'époque, l'assemblée ne manqua pas de renouveler en même temps les anathèmes de l'Église contre tous les divertissements profanes.

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