‹ Ivan le TerribleChapitre 96 sur 228 · LA REFORME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA REFORME RELIGIEUSE

Tout aussi vain fut un simulacre de réforme administrative dans le sens des institutions autonomes que le nouveau code s'était proposé d'appeler à la vie. Exercée par les délégués des évêques, boïars, clercs, dizeniers, la juridiction ecclésiastique donnait lieu à des plaintes fort vives. Supprimer ces magistrats ne parut pas possible : ils avaient existé sous les grands métropolites Pierre et Alexis ! On accorda aux popes la faculté de se faire représenter en justice par des starostes et des centeniers élus; mais on oublia de déterminer le rôle de ces représentants.

Et pourtant, en dépit de ses défaillances et de ses avortements, 1 œuvre de 1551 ne me parait pas mériter le dédain où elle est tombée de nos jours, alors que l'anatbème même dont elle s'est trouvée frappée ultérieurement, au concile de 1667, atteste la portée et l'audace relative de cette tentative. Que dans une société généralement dépourvue d instruction et dépravée, vide d'idéal et vouée à la prédominance des instincts les plus grossiers, un petit groupe d'hommes se soit trouvé pour obtenir cela et demander bien davantage, n'est-ce pas un titre suffisant à notre indulgence et même à notre respect? On a cherché à diminuer, voire à nier la part personnelle d'Ivan dans ce résultat. Silvestre ou Adachev, Maxime le Grec ou Macaire auraient tout fait; inspiré même ou rédigé le fameux questionnaire qui a servi de base aux délibérations de rassemblée. Assurément, le jeune tsar n"a pas agi ni pensé seul. Au cours même des débats, les premières décisions du concile ont été envoyées au monastère de la Troitsa, où l'ancien métropolite Joasaphe, l'ancien évéque de Rostov, Alexis, et quelques autres ecclésiastiques eurent à se prononcer à leiir sujet. C'est même, semble-t-il, à la suite de cette consultation que, d'abord écartée puis remise à l'ordre du jour, la question de la propriété monastique a reçu la solution que j'ai indiquée. Mais, anciens dignitaires ecclésiastiques en disgrâce, partisans avérés de Nil Sorski. Joasaphe et ses compagnons n'ont pu être ainsi associés aux travaux du concile que par un acte de haute autorité qui ne venait ccr-

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tainement pas de rassemblée. 8ilvestre est mentionné parmi les moines qui rapportèrent de la Troïtsa les observations de Joasaphe. Il n'eût osé les provoquer de son propre chef, et on peut même douter qu il ait eu le désir de servir ainsi la cause des ascètes de delà le Volg^a. Cet ascétisme grossier dont le Domostroï porte la marque, les losiflianié s'en réclamaient aussi. C'était la mesure de l'Éjjlise officielle. Parmi les matériaux ayant servi à T élaboration du Stoglav, on a voulu comprendre lépitre adressée à Ivan par le pope de l'église de lAnnonciation. L attribution de cette épitre est douteuse, je l'ai dit, et parmi les sujets dont elle traite un seul a été abordé par le concile : la question du port de la barbe, rattachée par Silvestre à cette lutte contre le péché de sodomie qui, au point de vue moral, semble avoir été la grande préoccupation de l'auteur du Domosti-oï. G est à ce point de vue, d'ailleurs, que se plaçaient généralement les moralisateurs de la même école, dans lidée que, " se rendant semblables aux femmes, les hommes imberbes' avaient plus de facilité à éveiller des désirs coupables » .

Si jeune que fût Ivan, son intelligence et son instruction le plaçaient déjà à un niveau plus élevé. Le questionnaire sur lequel le concile a eu à délibérer n a d ailleurs pas été seulement présenté à rassemblée au nom du souverain, mais écrit en partie de sa jnain, et, en le comparant à d'autres écrits postérieurs du même auteur, on v retrouve avec évidence sa marque personnelle : non seulement sa pensée, mais son verbe, sa façon de dire les choses, allant au vif, vigoureuse et mordante, âpre et crue. Kien de Silvestre, si pauvre écrivain et penseur si médiocre. Même dans les questions liturgiques, où il a pu et du être dirigé par Macaire, Ivan devait toujours faire preuve de connaissances très étendues.

Au surplus, létude du livre aux cent chapitres n'a été abordée qu à une époque relativement récente et sur un texte incomplet, prêtant à beaucoup d'incertitudes. Mis en interdit depuis 1667, sous prétexte d hérésie, le Stoglav a échappé pendant près de deux siècles ^ la curiosité des historiens.

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