‹ Ivan le TerribleChapitre 97 sur 228 · LE CONCILE DE · texte numérisé non relu

LE CONCILE DE

Macaire doit être probablement considéré comme l'auteur responsable de l'échec relatif auquel 1 œuvre de 1551 a abouti, l'organisateur principal de la résistance opposée par l'assemblée aux tendances réformatrices de l'école de Nil Sorski et de Joasaphe et aux velléités personnelles du souverain. Le Métropolite était bien partisan d'une réforme, mais orientée dans un sens différent. Tournant le dos au progrès, il n'apercevait de salut que dans un retour repentant au passé, à ses traditions violées ou méconnues ; à l'idéal, arbitrairement conçu, du christianisme primitif. Une piété basée sur l'accomplissement scrupuleux des rites ; une Église fortement hiérarchisée au sein de la classe aristocratique et augmentant d'année en année les richesses « qui lui venaient de Dieu " ; l'entente avec l'État sur la base d'une assistance réciproque ; la répression impitoyable de l'hérésie, et pas d'écoles : tel était cet idéal. Quant aux observations de Joasaphe, elles n'auraient sans doute été ni accueillies ni même sollicitées, sans l'intervention de la seule volonté omnipotente qui fût capable de lancer à la majorité un pareil défi. Insérées dans le Stoglav, elles ont prêté à une confusion naturelle, en faisant supposer que l'assemblée les avait faites siennes, jusqu à adopter les idées des Niéstiajatiéh. En fait il n y a eu sur ce point qu'une capitulation partielle du sobor et 1 honneur ne saurait eu être enlevé à Ivan.

Modeste en elle-même, cette victoire s'est trouvée réduite encore par l'effort ultérieur des vaincus. Dans certaines localités, les décisions de l'assemblée restèrent longtemps ignorées. Partout, l'Église officielle s'attacha à en compromettre l'application, et, dès 1554, réunie de nouveau pour juger l'hérésie de Mathieu Bachkine et de ses disciples, elle prit sa revanche en englobant dans le procès quelques-uns des réformistes radicaux les plus illustres. Bientôt aussi, frappés ou menacés dans leurs intérêts les plus chers, quelques-uns des conservateurs ecclésiastiques allaient se rencontrer avec d'autres mécontents : poursuivant son programme réformateur, Ivan devait réunir tous les éléments d'opposition et,

confondant les intérêts religieux avec les intérêts politiques^ engager avec les uns et les autres une lutte formidable, dont il n'est sorti victorieux, cette fois, qu'en laissant à la postérité épouvantée un nom et un souvenir qui aujourd'hui encore donnent le frisson.

La réforme religieuse était avortée ; plus résolument mise en œuvre, la réforme politique préparait la terreur.

Mais Ivan avait auparavant d'autres problèmes à résoudre, S'imposant à lui comme à ses prédécesseurs, l'expansion territoriale de l'immense empire en devenir l'appelait à la frontière. Le législateur allait se faire conquérant (1).

(1) A consulter, pour l'histoire des réformes judiciaires et administratives : Dmitriév, OEiivres, I, 47 et suiv. ; Mimoukov, Essais sur l'histoire de la cultine, III, 67 et suiv.; Gradovski, Histoire de l'administration locale, 1868, p. 89 et suiv.; M.\ciEJO\vsKi, Histoire des législations slaves, IV, p. 43-44; Biélaiév, les Paysans en Russie, p. 68 et suiv. ; Klioctciievski, Étude sur les Assemblées, dans la Pensée russe, 1890. — Pour l'histoire des courants réformateurs de l'époque : SoLOviov, Histoire de Russie, VI, 181 et suiv. — L'épître d'Ivachka Peresviétov, dont Karamzine n'avait fait connaître que quelques extraits dans le IX* vol. de son histoire, note 849, a été publiée récemment (1901) à Moscou, d'après un manuscrit appartenant à M. P. I. Stchoukine. En même temps la date de l'écrit (1549) a pu être établie. — Pour le rode de 1550 : Biélaiév, Leçons sur l'histoii-e du droit lusse, 1888, p. 411-430 : Latkine, Leçons sur l'histoire du droit russe, 1890; Vladimir.ski-Bgudaxov, Chrestomatie de l'histoire du droit russe, 1887 (avec le texte du code). — Pour la réorganisation du service : PAvr.ov-SiLVA>SKi, les Hommes de service, 1898, p. 108 et suiv; Biélaiév, le Service de garde aux frontières, 1848, p. 4 et suiv. ; Soloviov, Histoire de Russie, VII, chap. i". — Pour le Stoglavnyï sobor : Jdaxov, Matériaux pour l'histoire de l'Assemblée, dans la Revue du ininistère de l'instr. publ. russe, 1876; LebÉdiev, le Stoglavnjï sobor, 1882; ZAOrsxixsRi, Étude sur le métropolite Macaii-e, Revue du ministère de l'instr. publ., 1881; Milioukov, loc. supr. cit., III, 60; KuorTCHEVSKi, la Boïarslcaïa Douma, p. 445 et suiv; Macaire, Hist. de l'Eglise russe, VI, 229 et suivantes ; Soloviov, Hist. de Russie, VII. chap. i" ; Critiijue de Soloviov, dans la Conversation russe, 1858; Pypine, Histoire de la littérature russe, II, 198 et suivantes; Latki>e, loc. supr. cit. — Il existe trois rédactions principales du Stoglav : la première, dite rédaction étendue, a eu deux éditions à Londres et à Kazan ; la seconde, éditée à Pétersbourg en 1868 par Kojantchikov, n'est qu'un abrégé de la précédente, exécuté probablement au dix-huitième siècle ; la troisième, dite rédaction courte, a été conservée en plusieurs copies, dont l'une a été publiée par Katchalov.

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