‹ Ivan le TerribleChapitre 98 sur 228 · L'EXPANSION ORIENTALE — LA PRISE DE KAZAN · texte numérisé non relu

L'EXPANSION ORIENTALE — LA PRISE DE KAZAN

I. Les débris de l'empire mongol. — II. L'armée d'Ivan. — III. La prise de Kazan. — IV. Les conséquences. — V. La prise d'Astrakhan. — VI. Les Cosaques. — VII. La Crimée et la Livonie.

LES DÉBRIS DE l'eMPIRE MONGOL

A l'avènement d'Ivan, la conquête tatare n'est plus qu'un mauvais souvenir. L'empire des Geng^is et des Timour s est disloqué aux mains des conquérants. A l'est et au sud, les débris de la Horde d Or, érigés à Kazan, à Astrakhan, dans les steppes de la Grimée, en khanats ou tsarats à peu près indépendants, bordent encore les frontières de la Moscovie. En reculant vers les hauts plateaux asiatiques, la marée mongole a laissé là de petites flaques aux vagues toujours agitées, aux remous encore menaçants ; mais leur assaut va en s affaiblissant. Pas un pouce de terre russe n'est plus recouvert par le flux qui, je 1 ai dit, dans ces parages ne fut jamais océan. C'est la colonisation et la conquête russes maintenant, qui, par un retour offensif, s'avancent sur les chemins de cette ancienne invasion et chaque année, chaque jour presque, ^iônètrent plus avant dans l'énorme continent finno-tatar. Lentement mais sûrement, les souverains de Moscou étendent leur domaine, aux possessions acquises ajoutant des sphères d'influence de plus en plus vastes. D'anciens vassaux, ils se

sont faits les suzerains des khans les plus proches, et, à Kazan, le khan Safa Ghireï est devenu leur tributaire.

En Grimée pourtant, un nouveau centre de domination tatare s'était constitué. A la faveur d une organisation politique et militaire plus fortement recréée sur les anciens modèles, il avait réussi à se rattacher les khanats voisins et à rompre les liens de vassalité qui déjà les rattachaient à Moscou, Ce fut une contrariété dabord et bientôt un péril. En 1539, étant parvenu à prendre pied à Kazan même et à y mettre g^arnison, ayant attiré ou recueilli à sa cour le transfuge Simon Biélski, le khan criméen, Saïp-Ghireï, envovait déjà à Moscou un message, où elle crut retrouver lécho des sommations impérieuses d'autrefois. « Je me mets en marche et je ne vais pas à la dérobée... Je prendrai ta terre, et, si tu veux me suivre, tu n'arriveras pas à la mienne. » Et l'engagement de ne plus toucher à Kazan ne suffisait même pas à l'insolent provocateur : il lui fallait la promesse d un tribut annuel, le retour à la honte du passé. De 1539 à 1552 ce fut alors une lutte dont l'enfance et l'adolescence d'Ivan eurent à subir langoisse, et dont mes lecteurs me sauront gré de leur épargner le détail. A Kazan, les partisans de Safa, puis de son fils mineur, Outémich, se trouvèrent aux prises avec le parti moscovite qui, s'adjoignant le plus fameux guerrier du pays, Boulât, réussissait à remplacer le protéger de Saïp par un protégé d'Ivan, Schah-Ali ou Schig-Alei. Mais, traînant Biélski à sa suite, renforçant son armée avec un contingent turc, obtenant de la Porte des fusils et du canon, Saïp en arrivait à menacer Moscou. A un moment, la question fut agitée si le jeune tsar devait rester dans sa capitale et prendre part à sa défense, et il fallut l'intervention du métropolite Joasaphc pour faire prévaloir le conseil le plus viril. Alors même qu ils étaient en âge de combattre, les ancêtres d'Ivan avaient toujours mis leur personne en sûreté dans des circonstances analogues. Mais, observait Joasaphe, Moscou était maintenant autre chose, plus qu une capitale : une métropole, la ville sainte, où toute la Russie orthodoxe avait mis en dépôt tout ce

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