‹ Ivan le TerribleChapitre 99 sur 228 · LES TATARS · texte numérisé non relu

LES TATARS

qu'elle possédait de plus cher : sa foi et ses reliques, ses espérances et ses fiertés.

Ivan resta, et par sa seule présence fit reculer Saïp. Derrière ce tsar, cet enfant couronné qui ne fuyait pas, le khan imagina une armée assez forte pour avoir raison de ses Tatars, qui n'étaient plus ceux de Baty, moins soldats aujourd'hui que pillards, amateurs des victoires faciles. En ^grandissant, Ivan fit mieux. A deux reprises, en 1548 et 1549, il paya de sa personne, conduisant sous Kazan des expéditions, d'ailleurs infructueuses. On partait trop tard et on se laissait surprendre par Ihiver. Les régiments fondaient dans les neiges et l'artillerie sombrait dans le Volga, Acharnés à leurs querelles de préséance, les " hommes de service » oubliaient tous leurs devoirs. Deux fois, pleurant de rage, le tsar dut battre en retraite tandis que Griméens et Kazantsy, enhardis, ravageaient ses plus belles provinces.

A la seconde fois, cependant, un résultat fut obtenu : la fondation d'une ville en territoire ennemi, à proximité de Kazan déjà, au confluent de la Sviaga et du Volga. Ce fut Sviajsk, et les peuplades montagnardes du voisinage, Tcheremisses, Tchouvaches et Mordviens, y reconnurent bientôt un centre d'attraction, les Tatars de Kazan une prise de possession avec laquelle il fallait compter. En fait, le khanat était démembré. A Kazan, abandonnés parles Griméens qui, laissant là femmes et enfants, se décidaient à quitter la ville au nombre de trois cents guerriers, non sans avoir d'abord opéré un pillage général; mécontents d'Outemich; puis, l'ayant livré aux Moscovites, tout aussi peu satisfaits de Schah-Ali, les Tatars en vinrent à demander au tsar un gouverneur de son choix, et Ivan se crut à la veille de triompher sans coup férir. Déjà, en février 1552, le gouverneur désigné, le prince Simon Ivanovitch Mikoulinski, arrivait aux portes en compagnie d'Adachev quand les intrigues de Schah-Ali, qui s'était docilement retiré à Sviajsk, et l'intervention sans doute de quelques émissaires de Saïp amenèrent un brusque revirement. Les portes restèrent fermées; un appel aux armes retentit; des

courriers allèrent en Grimée demander des renforts ; l'aventure menaça de tourner au désastre.

A Sviajsk, où il dut se rabattre n'ayant que peu de monde avec lui, Mikoulinski pensa être enveloppé et anéanti. La peste et avec elle 1 indiscipline se mirent dans son camp. Le désordre moral s'ajouta à la détresse matérielle. « Les hommes se rasaient la barbe... et débauchaient des jeunes §ens » , rapporte la chronique. A Moscou, les boïars réunis en conseil n imaginèrent que des expédients dune efficacité douteuse : transport de reliques processionnellement opéré de la cathédrale de l'Annonciation à la cathédrale de lAssomption; envoi à Sviajsk d'une eau consacrée avec ces reliques et d'une instruction édifiante rédigée par le nouveau métropolite, Macaire. Ivan et son entourage intime jugèrent qu'il y avait autre chose à faire. Le prestige de Moscou et tout l'avenir de sa politique dans ces parages étaient en jeu. Il fallait tenir le coup et vaincre cette fois ou renoncer à tout espoir de conquête, se préparer même peut-être à reprendre le joug séculaire. Enhardi, Saïp ne reculerait plus. L expérience des années passées indiquait aussi qu'il fallait se hâter. Le 16 juin 1552. après avoir confié à la tsarine Anastasie une sorte de régence, ordonné la mise en liberté dun grand nombre de prisonniers et accompli d'autres actions pieuses pour appeler la bénédiction du ciel sur son entreprise, Ivan se mit en marche avec toutes les forces qui restaient disponibles et dont je vais essayer d indiquer approximativement l'importance, la composition et la qualité.

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En ce pavs qui n'a pas connu la féodalité, l'organisation militaire était cependant, à cette époque, entièrement féodale

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