‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 11 sur 91 · LETTRES A GUSTAVE FLAUBERT · texte numérisé non relu

LETTRES A GUSTAVE FLAUBERT

Cher Monsieur,

Permettez-moi de vous ofirir les deux volumes ci-joints' ; je vous en enverrai deux autres à votre habitation près de Rouen, dans quelque temps; car il ne faut pas abuser de votre complaisance. Vous seriez bien aimable de venir passer au moins une partie do la soirée de demain, lundi, chez moi ^rue de Rivoli, 210 . Nous avons quebjues amis, entre autres Mme Viardot qui est désireuse de faire votre connaissance ; ce serait une façon de diminuer quelque peu le regret que j'éprouve de vous avoir rencontré si tard dans la vie. En attendant, je vous prie d'accepter l'expression de ma sincère sympathie "-.

Iv. TOURGLÉNEFF.

Dimanche, rue de Rivoli, 210.

1. Les volumes dont parle Tourgtiénefl" ne peuvent être que ses liécils d'un Chasseur, et les Scénc): de la ]'ie tw-se, en deux séries, seules oeuvres traduites à cette époque en français. Les Bécits d'un Chasseur et la 2' série de la Vie russp, comprenant l'Auberge de yrandChemin, l'Aulc/iar, le Foin d'Aultui, Une correspondance. Deux journées dans les Grands Bois et le Partage traduits par Louis Viardot, et la 1" série comprenant les Deux Amis, Jacques l'asuinlwf, Mcuniou, Faust, Le Ferrailleur, les Trois Furlrails, par Xavier Marmier.

2. Cette lettre non datée est certainement la première (jue Tourguénefi" ait écrite à Flaubert : Mme Commanville le croit et le ton et le sujet de la lettre confirment cette opinion ; enfin elle

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Paris, rue de Rivoli, 210.

Le 19 mars 1863.

Cher Monsieur Flaubert,

Votre lettre m'a fait rougir tout autant qu'elle m'a fait plaisir, et c'est beaucoup dire; de pareils éloges rendent fier et je voudrais les avoir mérités. Quoi qu'il en soit, je suis très heureux de vous avoir plu et je vous remercie de me l'avoir dit.

Je vous envoie un livre de moi qui vient de paraître, j'en publie un autre que je vous enverrai dès qu'il sera fini'. Vous voyez que je ne vous ménage plus.

Ne comptez-vous pas venir à Paris avant l'été? Je serais si heureux de continuer mes rapports avec vous, qui avaient commencé sous de si bons auspices, et qui, j'en suis sûr, pour ma part, ne demanderaient pas mieux que d'aboutir a la plus franche amitié. Je vous serre la main avec toute celle que je ressens déjà et vous prie de croire à mes sentiments les plus affectueux.

Iv. TOURGUÉNEFF.

débute par la formule encore officielle : « Cher Monsieur. » 11 est curieux de constater la gradation de ces formules à mesure que les rapports entre les deux correspondants deviennent plus intimes : « Cher Monsieur », « Cher Monsieur Flaubert », « Mon <her confrère », « Mon cher ami », et enfin « Mon bon vieux ». 1. Les nouveaux volumes annoncés par cette lettre sont évidemment Rjudine et Ujip Nichée de G en ilshomm.es. ^

4(; . IVAN TOUKGUENEFF

Paris, rue de Rivoli, 210.

Le 6/18 avril 1803.

Mon cher confri-re,

Je n'ai pas besoin, je l'espère, de vous dire combien votre seconde lettre m'a fait de plaisir et plus que du plaisir. Si je ne vous ai pas répondu sur-le-champ, c'est que j'ai eu à me dépêtrer d'une foule de désagréables petites affaires qui m'ont rendu maussade et paresseux à la fois.

Ces misères durent encore, mais j'ai conscience d'allendre plus longtemps. J'ai compté, et je coinple encore sur votre indulgence, et je veux surtout vous dire merci, et vous serrer la main. Je suis très heureux de votre approbation et vous devez en être persuadé; je sais bien qu'un artiste et un homme bienveillant comme vous, lit entre les lignes d'un livre une foule de choses dont il sait généreusement gré à l'auteur. Mais c'est égal; des éloges venant de vous valent de lor, et je les empoile avec orgueil et reconnaissance.

Ne nous verrons-nous pas dans le courant de l'été? Une heure de bonne et franche causerie vaut cent lettres. Je quitte Paris dans huit jours pour aller m'établir à Bade ; n'y viendrez-vous pas? 11 y a la des arbres couime je n'en ai vu nulle pari, et tout en haut des montagnes. C'est vi<roureux.

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jeune — et c'est poétique et gracieux en même temps, cela fait beaucoup de bien aux yeux et à l'âme. Quand on est assis au pied de l'un de ces géants, il vous semble que vous lui prenez un peu de sa sève — et c'est bien bon, et bien utile. Vrai, venez à Bade, ne fut-ce que pour quelques jours. Vous en rapporterez de fameuses couleurs pour votre palette.

Vous recevrez avant mon départ un livre de moi qu'on achève de publier. Je vous bourre, mais il y a de votre faute.

Mille amitiés. Portez-vous bien, travaillez, et venez èi Bade.

Tout à vous.

Iv. TOURGUKNEFF.

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