‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 32 sur 91 · L'auteur des Névroses, alors à ses débuts · texte numérisé non relu

L'auteur des Névroses, alors à ses débuts

2, Il s'agit de Iteliques vivantes, l'un des Récits d'un Chasseur, qui venait coniplcter la série, écrite plusieurs années avant.

d'après sa CORHESPONDANi-E 161

Plauchut nous a dit qu'il ne serait pas impossible que vous vinssiez à Paris ; mais comme je pars dans trois semaines pour la Russie, je crains bien de ne pouvoir vous voir qu'en automne à Nohant II faut prendre patience !

Mille amitiés à tous les vôtres ; je vous embrasse les mains bien tendrement.

Iv. ToURGUÉNEFF.

p. s. — Je me permets de vous envoyer un petit baril d'huîtres; il faut profiter du dernier mois ^àns « /' ».

Paris, 50, rue de Douai.

Samedi, 9 avril 1875.

Je suis très heureux, chère et bonne Madame Sand, que mes joujoux fassent plaisir à vos petites filles et mes contes à vous, et je vous remercie de tout mon cœur de me le dire si gracieusement. J'ai été aussi très heureux de voir votre écriture, car des bruits assez inquiétants sur votre santé avaient couru dans Paris, « S'il n'y a pas eu d'éléphant, il y a eu une mouche », dit un proverbe russe; — et j'espère que la mouche ellemême a fini par s'envoler.

Tout le monde ici va très bien et vous fait dire mille tendresses ; quant à moi, comme il faut absolument que j'aille à Nohant avant de partir pour Carlsbad, je viens vous demander si les journées

162 IVAN TOUIiGUÉXEFF

comprises entre le 15 et le 20 avril peuvent vous convenir? Mcrivez-moi un oui, ou laites-moi savoir une autre date avant le l*^"" mai.

Vous avez certainement du voir ce bon Rollinat, qui s'est dchidozc. Faites-lui mes amitiés, ainsi qu'au fidèle Plauchut, ainsi qu'à toute la maisonnée. Flaubert travaille à force, il en a le visage tout enflammé. 11 vous aime bien, et moi aussi je vous aime bien, et je baise avec tendresse vos chères mains et suis pour toujours

Votre fidèle

Iv. TOURGUÉNEFF.

Bougival, près Paris.

Vendredi, 13 août 75.

Chère Madame Sand,

J'ai tant de torts envers vous, ou plutôt envers moi-même par rapport à vous, que je n'ose pas même essayer de m'excQser. Je me prosterne, comme le faisaient les Russes de l'ancien temps, et je dis : voici ma tête, tranchez-la! Mais comme je suppose que vous me faites grâce, je me relève pour vous dire que je suis ici depuis ([uinze jours avec mes vieux amis qui tous, vieux ou jeunes, se portent bien et vous portent dans leurs cœurs.

Ici, tout marche à souhait, mais il y a un autre ami qui se trouve dans ce moment dans une situation cruelle, celui dont je vous envoie la lettre»

d'après sa coruespondance 163

Flaubert. Je me reproche d'autant plus de ne pas vous avoir écrit depuis longtemps, que vous verrez, par un passage de sa lettre, qu'il ne cesse dépenser à vous... Un mot de vous lui ferait le plus grand bien. Et quand je pense qu'il y a plus de dixjours que j'ai cette lettre entre mes mains, ah ! vraiment, je m'indigne contre moi-même et ma paresse et mon égoïsme.

Je sais bien que dans tout ce que dit Flaubert, il y a l'exagération involontaire de l'homme impressionnable et nerveux et usé par une vie facile et libre; pourtant, je le sens frappé, et plus profondément qu'il ne le croit peut-tHre lui-même. 11 a de la ténacité sans énergie, comme il a de Tamour-propre sans vanité. Le malheur entre dans son àme comme dans du beurre. Je lui ai demandé à deux reprises d'aller le voir à Croisset, il m'a refusé.

Dans un mot que j'ai reçu de lui dernièrement, il parle du coup mortel dont il est atteint.

On a été bien content de recevoir ici les photographies de Nohant, et des marionnettes \ et de l'illustre Balandard! Et moi qui...

Enfin, ne parlons plus de cela et espérons des temps meilleurs, si on veut encore de moi.

Mille et mille amitiés à tout le monde. Je baise

bien tendrement vos mains.

Votre

Iv. TOURGUÉNEFF.

1. Il s'agit des marionnettes du théâtre de Nohant qui, sous la direction de « l'illustre Balandard », avaient amusé les enfants, petits et g-rands, en visite chez George Sand.

164 IVAN TOUHGUÉXEFF

P. S. — Ayez lu bonté de me renvoyer lu lettre de Flaubert.

Paris, 50, nie de Douai.

Mardi, 4 aviil 1876

Chère Madame Sand,

J'ai reçu hier votre livre ' qui renferme des choses que je ne connaissais pas, et vous en remercie de tout mon cœur. Nous avons là des lectures pour quelques jours, et nous commençons dès ce soir!

Je suis heureux que mon petit récit du Temps vous ait plu, c'est une sorte de conte d'enfant-. Je suis en train de mettre au monde assez laborieusement, un grand diable de roman ^, mais celuilà ne puraitra (jue vers la fin de Tannée, et d'ici-là je ne pourrai guère songer à autre chose.

Tout le monde ici va bien et vous fait dire mille choses; moi, je vous baise les mains avec tendresse et suis pour toujours

Voire

Iv. TOL'IIGLÉXEFF

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