‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 41 sur 91 · LETTRES A EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

LETTRES A EMILE ZOLA

D'après les souvenirs d'Emile Zola, c'est vers le commencement de 1872 qu'il rencontra pour la première fois TourguénefF, chez Gustave Flaubert, habitant alors 4, rue ]Murillo, dans un appartement dont les fenêtres s'ouvraient sur le parc Monceau. C'est à la même époque et au même endroit qu'Alphonse Daudet fit la connaissance de l'écrivain russe. Bien que, dans son article sur TourguénefF, publié en 1880 dans le Century Magazine, de New-York, l'auteur du Nabab place cette première rencontre vers 1868 ou 1870, il est certain que Zola et Daudet n'ont pu connaître TourguénefF qu'après la guerre, et, au plus tôt, au commencement de 1872. En effet, Edmond de Concourt, qui faisait partie du dîner Magny, parle de TourguénefF pour la première fois à la date du 23 février 1863, mais ce ne fut qu'une première et fugitive rencontre, et avec Ed. de Concourt seuH. Depuis, le Journal des Goncourt ne mentionne le

1. Zola et Daudet, tous deux nés en 1840, n'étaient âgés que de 22 ans et n'avaient pas encore publié les oeuvres qui firent leur renommée.

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nom de Tourgiu-nefF qu'au mois de mars 1872, et seulement comme celui dun des convives de Flaubert, avec Théophile Gautier. D'autre part, nous savons que Tourguéneff, parti de Paris en 1870, n'y revint qu'à la fin de 187 ! . C'est donc h ce moment seulement c[ue Zola et Daudet ont pu le rencontrer chez Flaubert.

Mais leurs rapports ne devinrent fréquents qu'à partir de 1874, lorsqu'ils commencèrent h se réunir en ces dîners « des Cinq », dont j'ai déjà parlé. Concourt nous précise encore la date du début de ces dîners : « Dîner chez Riche, écrit-il le 14 avril 1874, avec Flaubert, Tourguéneff, Zola, Alphonse Daudet. Un dîner de gens de talent qui s'estiment, et que nous voudrions faire mensuel les hivers suivants ». — Depuis, en effet, ils se réunirent au Café Riche d'abord, et, plus tard, dans un restaurant de la rue Favart, en face de l'Opéra- Comique, jusqu'à la mort d'Ivan Tourguéneff, en 1883. Il est vrai que depuis 1880, année de la mort de Flaubert, ils n'étaient plus que quatre. Us n'étaient plus que trois au moment où Daudet écrivait sou article pour le Centary Magazine, car Tourguéneff était déjà atteint de l'implacable maladie qui ne lui laissait pas un moment de répit et qui devait l'emporter quelque deux ans plus tard. En effet, Daudet termine son article par cette phrase : « Ah! le dîner Flaubert, nous l'avons recommencé l'autre jour : nous n'étions plus que trois. » Aujourd'hui, après la mort de Concourt,

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suivie de celle de Daudet, Zola est seul survivant des fameux « Cinq ».

Tant qu'il vécut, Tourguéneff entretint avec les convives du dîner Flaubert les relations les plus cordiales. Nous avons dit déjà quelle affection fraternelle le liait à Flaubert; il devint également un ami sincère de Zola dès leurs premières rencontres. A cette époque, Zola n'était pas encore l'écrivain célèbre que nous connaissons; il était aux jours pénibles des débuts ; il venait de publier la Fortune des Roiigon, le premier volume de cette série des Rougon-Macquart qui devait faire époque dans la littérature contemporaine. Il trouva en TourguénefT un admirateur et un propagateur infatigable, et, grâce à lui, il fut célèbre en Russie avant de l'être en France.

Dans une entrevue rapportée par M. Jules Huret dans \q Figaro ', Zola rappelle que c'est Tourguéneft' qui l'a présenté h la Russie au moment le plus difficile de sa carrière littéraire. « Le Corsaire, dit-il, où j'écrivais, venait d'être supprimé par le duc de Broglie; ma foi! pour mon article le Lendemain de la Crise. Pas un journal ne m'était ouvert, je crevais de faim, on me jetait de la boue de tous les côtés, et c'est alors qu'il m'a fait entrer

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