‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 42 sur 91 · Le Figaro du 5 novembre · texte numérisé non relu

Le Figaro du 5 novembre

dans cette grande Russie, où depuis on m'a bien aimé. » Ajoutons que la Faute de Vabbé Mourct parut en russe avant de paraître en français.

TourguénefF montra le cas qu'il faisait du talent de ses autres amis de l'école réaliste, Concourt, Daudet, Maupassant, en recommandant leurs œuvres et en cherchant lui-même à les placer dans les journaux et revues russes.

Tel était le camarade de lettres. Quant à Ihomme voici ce qu'en dit Zola dans l'entrevue que nous venons de citer : « J'ai beaucoup aimé TourguénefF et il m'a beaucoup aimé aussi... C'était un être exquis, à l'esprit juste et droit, non sans un peu de caprice. »

A leur tour, Concourt, dans son Journal, Daudet, dans son article, parlent avec sympathie de TourguénefF, l'un l'appelant « le doux géant, l'aimable barbare », l'autre rappelant la sincérité de leurs rapports.

« Il fut un des plus remarquables écrivains de ce siècle, et en même temps l'homme le plus honnête, le plus droit, le plus sincère en tout, le plus dévoué qu'il soit possible de rencontrer ». Tel est le début de l'article qu'inspire à Maupassant la mort de TourguénefF. Et plus loin, il répète : « 11 était simple, bon et droit avec excès, obligeant comme personne, dévoué comme on ne l'est guère et fidèle aux amis, morts ou vivants ». — Et il termine : « Aucune âme ne fut plus ouverte, plus fine et plus pénétrante, aucun talent plus sédui-

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sant, aucun cœur plus loyal et plus généreux^. » C'est ainsi que TourguénefF était apprécié par ceux qui l'approchèrent le plus, et même ceux qui, comme moi, n'ont eu que de rares occasions de le rencontrer, ne pouvaient qu'être frappés par la franchise de sa physionomie et la douceur de son reeard.

Mais voici que de prétendues révélations, publiées quelques années après la mort de TourguénefF, vinrent jeter une ombre fâcheuse sur son souvenir -,

Nous avons cité à plusieurs reprises les pages amicales consacrées à Tourguénefl' par Daudet. Il est temps maintenant de citer le post-scriptum qui y a été ajouté au moment de la publication en volume de cet article :

Pendant que je corrige l'épreuve de cet article paru il y a quelques années, on m apporte un livre de « Souvenirs » où Tourguéneff, du fond de la tombe, m'éreinte de la belle manière. Comme écrivain, je suis au-dessous de tout; comme homme, le dernier des hommes. Et mes amis le savent bien, et ils en racontent de belles sur mon compte!... De quels amis parle Tourguéneff, et comment restaient-ils mes amis puisqu'ils me connaissaient si bien? Lui-même, le bon Slave, qui l'obligeait à cette grimace amicale avec moi ? Je le vois dans ma maison, à ma table, doux, affectueux, embrassant

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