La fille Elisa
2. Romancier qui a eu en son temps une certains vogue en Russie. Le roman dont parle TourguenefF est intitulé Eniie deux Feux et a paru dans la llevue Moderne de St-Pétersbourg en 1868,
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coup les œuvres d'Avdeïev, je jetterais la plume avec dégoût. Ah ! cette littérature qui sent la littérature ! hm principale qualité des œuvres de Tolstoï est précisément de sentir la vie.
Je dois dire toutefois que si, au cours de mes longues recherches, j'avais rencontré chez TourguénefF quelques boutades hargneuses contre ses amis français, je n'en aurais pas été absolun^ent surpris, étant donnés son tempérament fort impressionnable et son état de santé si précaire, surtout pendant les dix dernières années de sa vie. l^n général, les propos tenus dans un cercle intime ou dans une correspondance entièrement privée ne sont que l'expression spontanée d'une impression parfois éphémère. Ainsi, dans cette même lettre, on a vu ce que TourguénelTdit de V Adolescent de Dostoïevskv.
Et cependant, lorsque M. Durand-Gréville, chargé par la Reçue des Deux Mondes d'étudier les principaux représentants des lettres russes, se rendit à cet effet en Russie, Tourguéneff, consulté par lui, lui indiqua immédiatement Tolstoï, Pissemsky et Dostoïevsky, bien que ce dernier l'eût vivement attaqué dans son roman les Possédés. 11 donna à M. Durand-Gréville une lettre de recommandation pour Dostoïevsky, où il lui disait :
Je me suis décidé à vous écrire cette lettre, malgré les faits qui ont rompu toutes relations entre nous. Vous ne doutez pas, j'en suis certain, que ces faits n'ont pu influencer en aucune façon mon opinion sur voire grand talent et sur la haute place que vous occupez de droit dans notre littérature.
d'après sa correspondance i99
Dans une autre lettre, à M. Annenkov, un de ses intimes, il dit, le 1*'' avril 1865, de la Guerre et la Pais.
J'ai lu aussi le roman de Léon Tolstoï... ce n'est pas ça, ce n'est pas ça, ce n'est pas ça! Du reste nous causerons.
11 est vrai qu'il n'avait lu h ce moment que la première partie du roman. Tandis que, partout ailleurs, dans tous ses écrits privés ou publics, TourguénefF se montre toujours l'admirateur passionné de Tolstoï. Voici, par exemple, son opinion sur ce même roman la Guerre et la Paix, dans une lettre à son ami Polonsky :
Le roman do Tolstoï est une chose admirable, mais ce que le public y admire le plus est justement ce qui est le plus faible : la partie historique et la psychologie. Son histoire est un trompe-l'œil, une ostentation d'érudition par les petits détails; sa psychologie, un rabâchage monotone. En revanche, tout ce qui est mœurs, description, guerre, est de premier ordre ; et nous n'avons pas de maître comparable à Tolstoï.
On a vu également que dans une de ses lettres ii Flaubert, Tourguéneir ne se montre pas « enchanté » de Y Assommoir. Or, à la même époque, il proposait la publication de ce roman à M. Souvorine, directeur du Nouveau Temps, et lui disait : « Ce roman, autant que j'en peux juger, est remarquable. Il peint les mœurs de l'ouvrier parisien que Zola connaît comme personne ».
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Cette diversité d'impressions, cette contradiction dans le jugement sont fort bien expliquées par M. l^olonsky, l'ami de jeunesse de TourguénefT, célèbre écrivain lui-même, observat.eur pénétrant. Dans une lettre qu'il m'a écrite, au moment de l'incident qui nous occupe, il dit :
Quant à votre désir de citer quelques passages de mes lettres dans votre article ' vous pouvez le faire certainemcnl, surtout ceux où je dis que TourguénefT, autant que j'en peux juger d'après nos entretiens, non seulement n a Jamais calomnié les écrii'ains français qui lui étaient connus, mais encore se montrait fier de leur amitié et de leur estime.
Toutefois, Tourguéneff était dune nature complexe. Son ânio était tour à tour celle d un homme, celle d'une femme et celle d'un enfant. Tantôt, homme, il ne croyait pas à la calomnie ni à aucun racontar; tantôt, au contraire, connue une femme, il s'énervait et bouillait aune calomnie quelconque, il y croyait, et dans ces momentslà, il pouvait être injuste même envers les gens qui le touchaient de plus près. Ce n'est pas pour rien qu'il refusait à la femme tout sentiment de justice. Si dans un de ces moments X...'- lui eût raconté quelque chose au désavantage de Daudet ou d un autre, Tourguéneff aurait pu croire momentanément à la calomnie et dire quelque méchanceté sur le compte de ses amis.
Du reste, je me demande si Tourguéneff a vu souvent X... et si cet X... n'est pas le « faux ami » dont parle l'auteur de Tour^uénej]' inconnu, publié à Paris.
En effet, M. Michel Delines, l'auteur de Toiiri^iièneff inconnu, désigne ce « faux ami » assez clairement. Il rapporte même ropinion de Tour-