‹ Ivan Tourguéneff d'après sa correspondance avec ses amis françaisChapitre 67 sur 91 · A AMBROISE THOMAS · texte numérisé non relu

A AMBROISE THOMAS

Bade, Thiergartenstrasse 3.

Ce 27 avril 1868.

Mon cher ami.

Je vous écris de ma maison de Bade, où je suis installé depuis quelques jours — et où, par parenthèse, je serais heureux de vous offrir l'hospitalité, si un bon vent vous conduisait cette année dans nos parages. Je n'ai fait que traverser Paris vers la fin de mars et il m'a été matériellement impossible d'y voir mes amis : sans cela votre porte eût été une des premières auxquelles je serais allé frapper.

Ce n'est pourtant pas le seul désir de me rappeler à votre souvenir qui m'a fait prendre la plume aujourd'hui ; il s'agit d'une chose qui peut vous intéresser. — Viardot, en fouillant dans ses vieux papiers, a découvert dernièrement un projet de libretto d'opéra en cinq actes, un scénario (intitulé

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provisoirement le Flcau (VOrcliomène , quil m'a dit vous avoir montré dans le temps et ([ue vous aviez trouvé fort beau, à en juger par une lettre de vous qui était insérée dans les feuillets du manuscrit. Ce même libretto a paru faire la même impression sur Augier, qui s'était ofiert pour le mettre eu vers. Ceci se passait en 1850; puis on s'est séparé et tout a été oublié. Viardot m'a lu son scénario après y avoir fait ([uelques légers cbangements. et je dois avouer que j'en ai été frappé. C'est certainement un magnifique sujet d'opéra. 11 v a surtout un troisième acte ^^il se passe dans la forêt de Dodone', qui me paraît admirable. C'est àç Vanliqite vh'iuit, et il y a dans tout l'ouvrage une variété de tons et de couleurs qui doit séduire un musicien à imagination. Je n'ai pas besoin d'ajouter c{ue vous êtes maintenant le seul maître en Europe à la hauteur d'une pareille tâche, le seul que l'antique ne rapetissât point.

Vous devez être accablé d'offres de libretti ; cependant les bons sont rares et l'on n'entend plus parler ihcureusement, je crois, car le sujet réduit aux proportions de la scène n'est qu'un mélodrame assez vulgaire) - — l'on n'entend plus parler de Fj-ançoise de llimini. Voulez-vous que Viardot vous envoie son scénario? Relisez-le, et voyez s'il n'y a pas (pielque chose à faire.

MM. Baibier et Carré seraient plus que suffisants pour la versification. Quant à Viardot, il serait enchanté de vous avoir offert l'occasion de

D APRES SA CORRESPONDANCE loo

faire un nouveau chef-d'œuvre, et cela lui sulfirait complètement '.

Envovez-moi un mot de réponse et croyez à la sincérité de ma vieille amitié.

Iv. TOURGUÉNEFF.

p. -S. — Habitez-vous toujours votre ancien logement ?

A LOUIS DÉPRET.

Donnons d'abord les lignes de M. Louis Dépret dont j'ai parlé;

« Voici, pour répondre à votre désir, plusieurs (( lettres d'Ivan Tourguéneff, que je viens de re- (( trouver. Elles n'ont qu'un intérêt relatif. Ce qui « en avait beaucoup, c'était sa conversation, pres- « que aussi agréable que ses récits et nouvelles. (.( La nonchalance du parler prêtait une grâce « étrano-ère à la très bonne langue française de « ses opinions et des souvenirs qu'il m'a contés. « Je lai connu dans un. vovaoe à Bade entre 18(36 « et 1870 et après l'année terrible, à Paris, jusce (jue vers 1877. J'admirais sa haute mine de lé- « gende chevaleresque, d'où m'arrivaient ces notes « vivantes sur le présent, sur l'Allemagne où il « avait été étudiant, comme beaucoup de jeunes c( gens de son pays. Il attribuait une forte influence « à cette éducation allemande sur un grand nombre

1. Ce projet d'opéra sur le scénario de Yiardot n'a pas été réalisé.

« de ses contemporains. Ce dut être vrai; mais « que dire, lors(|u'on voit ce que nous venons de « voir se passer entre la France et la Russie, dans « ces quatre dernières années? Il m'intéressait « aussi par l'histoire de ses débuts littéraires.

« Signe d'esprit, il ne se mêlait pas de prophé- (( tiser, sachant que tout est déjà partout arrivé ; « mais il voyait net et disait bien. »

Bade, Schillerstrasse, 277.

Ce 22 Décembre 1866.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre ainsi que le volume que vous avez bien voulu y joindre et que j'ai parcouru avec un vif intérêt '. Les éloges que vous m'y décernez sont beaucoup trop grands et trop beaux pour que je puisse y répondre autrement que par les remerciements les mieux sentis, .le suis en même temps très heureux de voir que la littérature de mon pays vous inspire delà sympathie.

J'espère, monsieur, que ce n'est pas pour la dernière fois que vous êtes venu à Bade, et je me réjouis à l'idée de faire votre connaissance personnelle.

Agréez, monsieur, avec l'expression de ma reconnaissance,celle de mes sentiments le s plu s distingués.

Iv. TOURGUÉNBFF,

1, Evid('ninieiit|: De Lirge à Anvers eu passant jinr Iti Hollande, paru en

d'après sa correspondance 287

Bade, Schillei'strasse, 7.

Ce 18 septembre 1857.

Monsieur,

C'est avec une surprise très agréable que j'ai lu dans le Cluiriçari l'article que vous avez bien voulu faire sur moi; mais, je ne connaissais pas votre adresse et ne savais où vous envoyer mes remerciements.

Maintenant que, grâce à votre petit mot, je la connais, je viens vous serrer cordialement la main et vous dire combien j'ai été touché de votre souvenir amical. Il y a évidemment trop de bienveillance dans vos paroles, mais ce n'est pas à moi de vous faire des reproches là-dessus.

Merci encore une fois et au revoir,

Tout à vous,

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