Ce cbangement n'a pas eu lieu
ne m'a pas remis votre carte, et il m'a été impossible de découvrir votre adresse. Au moment de partir, j'ai laissé à la maison une lettre pour vous, que je vous prierais de vouloir bien y iaire prendre. Je vous parle dans cette lettre du désagréable incident Franceschi et du dédommagement que je comptais vous offrir, car ni la rédaction du Temps ni celle de la Revue des Deux-Mondes ne veulent plus d'une œuvre déjà déflorée. Ces infortunées Vesc/inia Vody ont joué de malheur. Je dois venir à Paris dans une semaine et nous aurons, si vous le voulez bien, une entrevue où nous débattrons ce qu'il y aurait à faire. Je vous rapporterai en même temps le manuscrit. Il va sans dire que vous avez mon autorisation tout entière pour la publication en volume. — Hetzel (le libraire, qui est mon ami et un bien charmant homme) le fera volontiers. Allez le voir de ma part; il m'a même dit que, malgré la traduction du Nord, il ne serait pas impossible de trouver un journal parisien ou une revue qui accepterait votre manuscrit et le publierait.
Hetzel a déjà publié plusieurs volumes de moi ; il ferait un nouveau volume avec Vescluiia Vody, en y ajoutant peut-être Stouk, stouk, stouk!^ et le
1. ToCf toc, loc ! et les autres nouvelles de Tourguéneff. — TourguénefF avait l'intention de publiai- Eaux printanières (traduction de M. Durand-Gréville) dans le Temps ou dans la Revue des Devx-Mondes. mais une autre traduction ayant paru dans le Nord (publié alors à Bruxelles\ vint empêcher la réalisation de ce projet. La traduction de M. Durand-Gréville parut plus tard dans la collection des œuvres de Tourguéneff qu'éditait Hetzel.
308 IVAN TOLRGUÉNEFF
Brigadier, ou L (is'enlure de Yergounoff, o\.\\e Roi Lear qui nont paru que dans la Revue des Deux- Mondes^mnis, je le répète, nous parlerons de tout cela h Paris dans peu de jours. Je vous avertirai dès la veille de mon départ dici.
En attendant, je vous prie d'accepter l'expression de mes sentiments les plus distingués.
Iv. Toi nr.LKXEFF.
Saint-Valérv-sur-Somme.
Maison Uuhaut.
Vendredi, 26 juillet 1872.
^lonsieur,
Je n'ai jamais eu une attaque de goutte plus obstinée que celle qui me tient maintenant depuis bientôt six semaines. Je n'ai pu quitter mes béquilles qu'hier et il me serait impossible d'aller a Paris avant la fin de la semaine prochaine ; mais j'espère bien pouvoir le faire à cette époque. \ous serez averti la veille de mon arrivée.
Je n'ai jamais douté de l'accueil que vous ferait Hetzel; c'est une nature aussi excellente que délicate et je suis sûr que vous vous arrangerez fort bien avec lui.
M. Franceschi se trouve, à ce que j'ai appris, dans ce moment à Yalerv. Je ne demande pas mieux que de lui écrire, quoique je ne puisse m'imaginer qu'il ait l'intention de publier une édition séparée
d'apuès sa correspondance 309
des Vesch/n'a Vody en Belgique. ^ eus pourriez peutêtre demander son adresse exacte au bureau du Nord) à Paris et me l'envoyer.
Vous avez carte blanche pour présenter les Vesc/inia Vodij à toute revue ou journal, et si la Rei'ue Universelle l'accepte, tant mieux. Quant à l'amputation que désire Iletzel, je n'ai aucun avis là-dessus, ne pouvant pas avoir d'appréciation critique d'une œuvre récemment écrite; mais j'accepte tout des deux mains et fais bon marché de ma susceptibilité d'auteur. J'ai grande confiance dans le goût de Hetzel. Seulement, il me semble que cette amputation devient un peu plus difficile depuis que le Nord a publié la machine tout entière. Mais, encore une fois, je me désiste dans cette question.
Les récits du comte Tolstoï sont destinés h être lus par le peuple, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que s'il avait écrit pour les enfants. Je n'en ai lu que deux. Le second, intitulé Kavkazki Pliânnik ' il avait été inséré dans la Zaria)-, est charmant; je crois que les enfants le goûteraient fort.
Nous causerons de tout ceci lors de notre entrevue prochaine, et en attendant, je vous prie de croire à l'assurance de mes meilleurs sentiments.
Iv. TOURGUÉNEFF.