Le Prisonni-'.r du Caucase
-. L'Aurore, revue.
310 IVAN TOVRGLÉNEFF
Saint-Valerv-sur-Somme.
Maison Pmhaut.
Lundi 5 août 1872.
Monsieur,
Je joue véritablement de malheur ; après six semaines de soufi'rance et au moment où je pouvais croire que la goutte allait me quitter, la voilà qui me reprend au genou et me force de me remettre au lit.
Je crois bien qu'il se passera trois semaines avant que je puisse aller à Paris et vous porter le manuscrit. Si pourtant vous désirez l'avoir dès ii présent, je pourrais vous l'expédier avec les quelques petites notes que je me suis permis d'ajouter par-ci, par-
J'attends votre réponse et l'adressé de M. Franceschi, si vous avez pu vous la procurer et si vous croyez qu'il soit nécessaire que je lui écrive.
Des amis que j'ai consultés ici ne supposent pas qu'on puisse faire l'amputation désirée par Iletzel; mais, je le répète, vous avez là-dessus carte blanche.
Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués.
Iv. ToiRCilÉNEFF.
d'après sa correspondance 311
50, rue de Douai.
Mardi 5 janvier 1874.
Mon cher Monsieur Durand,
Voulez-vous venir voir les deux portraits de HarlamofF? ^M. et Mme Viardot). Ils se trouvent maintenant dans la galerie d'en bas. Par la même occasion, je vous montrerai trois tableaux que j'ai achetés d'un tout jeune peintre français, E. Vallès, qui promet beaucoup. 11 faudrait venir entre midi et deux heures, — demain, par exemple.
Recevez, avec mes vœux de nouvelle année, l'expression de mes meilleurs sentiments.
Iv. TOURGUÉNEFF.
48, rue de Douai.
Mardi 11 mars 1874.
Cher Monsieur,
Il m'a été impossible jusqu'à ce moment de lire le manuscrit que vous avez bien voulu me confier ' ; aussi, pour vous épargner une course inutile, je vous prierai de remettre votre visite jusqu'à vendredi matin.
i. La traduction du drame d'Ostrovsky, l'Orage, faite par M. Durand-Gréville, aidé en partie par sa femme, Mme Henri Grévilie. Tourguénefl' revit ce travail et y fit quelques corrections.
Je VOUS envoie en même temps le Leconte de Lisle et les feuilletons du JonriKilde St-Pétershouri^ qui m'ont beaucoup intéressé.
Acceptez, cher Monsieur, l'expression de mes meilleurs sentiments.
Iv. Toiiu;uÉNEFK.
Bougival, maison llalgan,
(Seinc-et-Oise).
Ce 10 septembre 1874.
Cher Monsieur,
Vous êtes bien aimable de demander de mes nouvelles : je puis vous en donner d'assez bonnes. Quand je suis revenu ici d'Allemagne, je ne pouvais marcher qu'à l'aide de béquilles, maintenant, je me contente d'une canne. J'espère que pour cette fois, j'en suis quitte et que je pourrai même essayer de chasser vers la fin de septembre.
Je serai bien content de vous voij' d'ici là, et comme je compte aller à Paris la semaine prochaine, je me permettrai de vous donner un rendez-vous dès la veille.
J'ai rapporté le manuscrit de V Orage, avec de bonnes promesses d'Ostrovsky .
J'ai lu avec beaucoup de plaisir le spirituel et vif prologue qu'Henri Gréville a bien voulu m'envoyer.
1. Ces promesses concernaient l'autorisation d'Ostrovsky pour la traduction de ses ouvrages et l'envoi de noies biog-raiihiquos.
d'après sa correspondance 313
Quant à Mme Sand, je ne doute pas de la bienveillance de sa réception ; niais elle est pour le moment dans son château de Nohant (dans l'Indre et elle ne viendra à Paris que vers la fin de l'année.
J'espère que votre petite Jeanne a heureusement franchi, à l'heure qu'il est, l'écueil toujours un peu dangereux de la dentition, et je vous prie, ainsi que Mme Durand, de recevoir l'expression de mes meilleurs sentiments.
Mon cher Monsieur Durand,
Voici ce qui vous revient de votre 2*^ feuilleton — 55 francs. Ce n'est pas beaucoup, mais vous connaissez le dicton russe :
Kourotclika po zioniychkou klouy.et, syta hijvaél . Mille amitiés et au revoir au mois d'août. Votre tout dévoué,
Mardi. — 50, rue de Donai.