CHAPITRE VIL
Un mois après le départ de Milovidine^ de Slonime^le régiment dut passer dans un autre cantonnement; et je restai chez le juif avec les effets de mon maître, parce qu'aucun des officiers ne voulut ou ne put les déi,^ager , et prendre avec soi des cofTres scellés. Me voyant ainsi isolé, sans protecteur, sans niaitre ni surveillant quelconque, je me fis, selon l'ordre naturel des choses, le serviteur de celui qui me nourrissait, c'est-à-
LE JUIF. liy
dire, cla juif Mofchi , propriétaire de la maison. Mofclii passait pour le plus riche des habitaus de la ville. Rifka sou épouse , femme d'une taille courte et ramassée , toute couverte de perles et de gale , vendait en détail , dans une petite boutique, des étoffes de soie, du sucre,' du café et des fruits secs. Mofclii faisait commerce de vins étrangers , àe porter, d'épiceries, de harengs de Hollande, de fromages et, en général , de tout ce qui fait partie du domaine de la gastronomie. Mais, comme il est impossible à un juif polonais de se passer de la vente de l'eau-de-vie, il avait chez lui, outre le commerce dont nous venons de parler , un cabaret en permanence pour les paysans et pour le menu peuple de la ville. Quelle ressource en effet pour un juif