TOME I
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avise, qu'un débit d'eau-de-vie dans les provinces de Pologne ! Il a , par ce moyen, le bois , le foin , le blé , les le'gumes , le beurre , les œufs et toutes les denre'es à l'avenant^pour le dixième de leur valeur réelle ; son ménage se trouve ainsi défrayé de tout. Ajoutons aussi que l'eaude-vie donne de la langue , et que le cabaretier fait jaser les paysans et les valets de maison; qui lui content les secrets ;, les besoins, l'état de fortune et toutes les relations de leurs maîtres et seigneurs; ce qui fait que les juifs tirent à eux tout le revenu des propriétaires, et que toutes les affaires viennent tomber sous l'influence hébraïque, surtout celles où l'or et les assignations de la banque joueat le principal rôle. Ainsi, les grands , les 1 iches et les propriétaires en général ,
dans ce pays, ne jouissent guères que de la vue et du son deleur argent j la possession réelle en est réservée aux cnlans d^Israël.
Dans le tiroir de la table de Mofclii se trouvaient trois grands registres ^ le premier pour les dettes du beau sexe 3 il concernait le négoce de Rifka -, le second pour les dettes des seigneurs, et généralement de tous les hommes qui se laissent qualifier de panes {i) ; il était particulièrement relaté dans ce livre des fournitures de vins et de comestibles ; le troisième registre était spécialement destiné à inscrire les dettes de malheu-
(i) Tout liomme libre en Pologne se fait appeler pane , Qu'est a- àire , seigneur , quoiqu'il ne possède rien. C'est le hidalgo d'Espagne.
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reux agriculteurs qui , lorsqu'ils se rendent à la ville, pour j vendre le fruit des sueurs d'une année , la dépouille de leur enclos , ne gardent que le montant de la redevance du seigneur, et dépensent le reste au cabartt , où , pour l'ordinaire, ils restent encore endettés. Pour donner ici un échantillon de la manière dont les juifs procèdent avec les paysans, dans un cas pareil, je raconterai comment un jour JMofclii régla le compte d'un riche cultivateur j c'est une petito scène dont j'ai été moi-même témoin.
Le paysan en question vint à la ville , la veille d'un jour de marclié , avec deux chariots, l'un de seigle, l'autre de froment , et avec deux vaches qu'il comptait vendre le lendemain; il s'arrêta pour la nuit cliez IMofcla. Le rusé cabarctier,
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voyant que cet homme se pre'parait à souper copieusement avec trois de ses compagnons occupe's alors dans la cour, lui ofïHt un verre d'eau-de-vie j comme c'e'tait la meilleure et la plus forte qu'il eût, elJe fut très agréable au palais du paysan. Le juif parut charmé de son suffrage et lui en offrit un second verre gratis. Dès que le paysan eut au cerveau les vapeurs de cette cau-dc-vie, il s'en fit servir tout un cjiiarte (i) , mais pour j^on argent , cette fois. C'est ou le juif voulait l'amener j il connaissait le caractère de son hôte , bon vivant et prodigue^ c'est pourquoi , dès que le paysan
(i) Le quarte j mesure polonaise; c'est la quatrième partie du garnetz j qui répond à peu près au litre de France.
ent entamé le quarte, il en fit informer les camarades, et il envoya appeler quelques ivrognes lauréats , doués d'un art merveilleux pour gagner subito l'amitié des gens bien cmplumés qu'ils trouvent disposés à rire, selon leur expression d'usage. A mesure que la raison de ses hôtes s'éclipsait , le juif ajoutait de l'eau à son eau-de-vie qui d'ailleurs n'était plus la même , et quoique les camarades le sentissent fort bien, et qu'ils en fissent même éclater leur mécontentement par de grosses injures, le juif prenait en patience ce qu'il y avait de brutal daus leurs vaines paroles ; il continua son opération jusqu'à ce que la plupart de ses pratiques se fussent endormies autour de la table, et les autres tant bien que mal , trébuchant, tournant sur eux-
mêmes , arrivèrent à la rue. Le lendemain , lorsque le paysan, qui ressentait un mal de léte affreux , parut dans la chambre , en sortant du bani^ar où étaient ses chevaux et ses vaches , le juif l'appela pour régler le conq)le de ses dettes accumulées depuis quelques mois.
Le pauvre diable pria instamment son créancier de remettre ce règlement de compte à une autre fois j mais le juif, en homme versé dans les études psychologiques, et connaissant le principe in corpore sano , mens sana , ne voulut point entendre parler de délais et tint ferme , pour profiter du nuage que les vapeurs de l'eau-de-vie formaient encore autour des libres du cerveau de son créancier, après la débauclie de la veille, et surtout de la disposition d'esprit dans
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laquelle il le voyait. Mofclii prit donc d'une main son livre des comptes courants, e'crit en hébreu, et un morceau de craie de l'autre, puis il fit asseoir le riche paysan à une table, vis-à-vis de lui, et , retournant les feuillets de son livre , il commença son calcul: — Te rappellestu que tu as demeuré , bu et mangé ici trois jours , quelque temps avant la St. Nicolas d'été ? — Je m'en souviens ', répondit le paysan. — Bon. Le premier jour tu a pris, le matin, un demi-quarte d'eau-de-vie , n'est-il pas vrai ? — C'est vrai. — Ainsi, je vais le marquer j ( et il fit une raie sur la t ible). Ensuite, lorsque ton gendre est survenu avec Nikite, tu as pris un quarte ( en parlant ainsi il fit deux raies). Au dhier, tu as de
nouveau pris deux quaterks (i) (il ajouta encore deux raies , nonobstant la diffe'rence des mesures dont il venait de
parler ). Après le dîner
Le paysan , qui se grattait à chaque instant la nuque et se frottait les tempes ^ interrompit le maudit cabareticr, par cette exclamation: — Pane Varendari^i) ( c'est ainsi que les paysans de Lithuanie qualifient les juifs) en vérité^ je n'y puis plus tenir ; fais moi donner de l'eau-Hevie ; j'ai la tête qui me fend. — L'enfant de Judas s'attendait fort bien à cet épisode : « Hé! Sorka, Rifka! s'écria-t-il, qu'on serve une bonne goutte à \hosnodar (3) » ( c'est ainsi que les juifs à
(i) Le quaterk n'est que le ^ du quarte. (2) Pane Varendar , seigneur fermiei".
(!^) Seigneur, propriétaire , maître.