‹ Ivan Wyjighine; ou, Le gilblas russe (volume 2)Chapitre 23 sur 36 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

l8G LE PROCUREUR.

dans la cliambrelte de Jodèle , fils de Mofchi. Tout le bagage de cet humble voyageur consistait en un porte-manteau de cuir et en des coussins de peau que portait sous le bras son domestique , lequel e'tait vêtu d'une touloupe (i). La fourrure du maître lui-mcme annonçait par des rapiéçages ce que pouvait être le contenu du portc-mautcau.

Rifka, au moyen d'un petit verru d'eau-de-vie qu'elle donna au laquais , sut en un moment que son maître, nomme' Ploutiagowitch (2);, venait de Pe'lersbourg , et qu'il allait occuper î;t place de procureur précise'ment dans la

(1) Touloupe, pelisse de mouton ;, habit cl liiver du paysan russe.

(■2) Plout\ fripon.

ville que venait de quitter M. Scotinko. Le greffier du magistrat qui , deljout près du buffet, vidait à loisir un flacon d'eau-dc-vie douce, sourit de côté en disant : « C'est la rencontre de deux vautours! »

M. Ploutiagowitcli, ayant appris que son prédécesseur se trouvait sous le même toit que lui, n'hésila pas à entrer chez lui pour lier connaissance en passant. Il paraît que ces messieurs se convinrent l'un à l'aulre , car Scotinko invita Ploutiagowitch à souper, et ils passèrent toute la soirée à causer ensemble.

Pendant ce temps , le domestique de Ploutiagowitcli , ayant soupe de qwass et de pain bis, fuma une pipe et s'assit près du foyer , autour duquel les valets de M. Scotinko mangeaient, dans

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les casserolles , les restes du souper délicat de leur maître, jouaient, badinaient et regardaient fièrement le domestique du voyageur au kibitka. Lorsqu'ils eurent appris que Ploutiagowitch allait occuper la place de leur maître^ ils s'adoucirent en faveur du valet mal vêtu et le régalèrent d'cau-de-vie. — Comment t'appelle-t-on, frère?., lui demanda le valet de chambre de M. Scotinko.

— Farafont , répondit le domestique.

— Eh bien , Farafont, loge bien dans le fond de ton oreille ce que je vais te dire: Si tu veux jouir en ce monde d'un carnaval perpétuel, point de pitié pour les gens à suppliques -, qu'aucun d'eux ne franchisse gratis le seuil de la porte ; ne \c familiarise point avec les solliciteurs , et fais payer à l'entrée du cabinet

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de ton maître, comme à la foire on paye à l'entre'e de la baraque où les chiens jouent la comédie. Qu'y a-t-il à ménager avec eux !...

-— Je prendrais bien , sans doute ; mais, eux, donneront-ils V

— Ils donneront pourvu que tu tiennes bien ta partie ; répondit le valet de chambre. Sache seulement dire avec assurance : « Monsieur est sorti , ou est occupé, ou est indisposé j ou bien : on ne reçoit pas, ou bien: monsieur repose, il dort. » Et s'ils viennent à demander quand l'on pourra se présenter, si l'on peut attendre, et si l'on peut du moins être annoncé, réponds :« Tout au monde est faisable ; mais, faire, voilà le diable. » Ici, tous les valets de M. Scotinko partirent d'un grand éclat de rire. Farafont

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dit : — Et les personnes que le maître ordonne de laisser passer sans être annonce'es^ comment les aborderai-je au passage? Avec celles-là, j'imagine, les bonnes mains sont minces.

— Sottise ! répondit le valet de chambre j leurs bonnes mains sont de poids. Salue , ouvre les portes , guide-moi ces bonnes gens-là deux bougies à la main et me les félicite à chaque fête , et tu verras! Va, mon cher Farafont, c'est un pays de cocagne pour un valet que la maison d'un procureur j je ne parle pas de la maison d'un gouverneur ', là , c'est un vrai paradis, un paradis où rien n'est défendu. Nous avons pleuré en quittant la ville; on sait ce qu'on tient ^ et quand on est bien, changement ne vaut rien. Et chez vous autres gens de

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Pëtersbourg , quelle vie mènent les valets dans la maison des hommes en place? — C'est selon le maître , re'pontlit Farafont; quelques-uns de nos confrères font les éle'gansj il en est d'autres qui essuyentde grosses larmes avecleors poings. Mon maître n'e'tait qu'un simple chef de section ;, qu'un des dernici-s rayons de la roue d'un charriot (i). Luimëine était empressé à tirer les copecks du tiers et du quart, mais il n'en éiait pas toujours comme il voulait. Je ne recevais guères de pour-boire que lorsque je portais à un solliciteur la copie tic quelque pièce de chancellerie , ou quand une affaire était traitée à la maison ,1e solliciteur venait chez nous jjour en causer.

( 1 ) Proverbe russe.

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— A la bonne heure j mais, ton patio.i va désormais se trouver grand seigneur , ajouta le valet de chambre. Ohl Farafont , Farafontouchka (i), je donnerais beaucoup pour qu'il me fût possible de changer de place avec toi ! Mais voilà que mon maître appelle^ adieu.

Pendant qu'ils discouraient ainsi , moi, je me chauffais, et de leurs paroles je tirais la conclusion bien triste que mon sort était loin de valoir le leur j puis, ayant été amené ainsi à réfléchir que le juif n'avait aucun droit sur ma personne , je conçus le projet de prier l'un des personnages descendus chez lui de m'emmener.

(i) Cette terminaison : ouchka , dans le sens ordinaire , annonce un mouvement de tendresse; c'est un diminutif fort commun en russe.

LE PROCUftEUR. Hjo

Ploutiagowitch , en retournant à sa chambrette , y manda Mofcbi y lequel ^ sachant quelle place il occupait dans le î,^ouvernement 5 avait de'jà change' de manières à son e'gard ; il se confondait en excuses^ en apologies et en inclinations de tête devant le nouveau procureur j il regrettait surtout de n'avoir pas de chambre plus convenable à lui offrir -, il le priait de disposer de la maison et de tout ce qu'elle contenait , s'estimant trop bien paye par l'honneur de recevoir un hôte tel que lui. Ploutiagowitch s'assk sur son lit, prit pour fumer une longue pipe de bois de chêne, et questionna le juil. J'étais derrière la cloison, les regardant par une fente, et j'entendis tout leur entretien.

— Ecoule, Mo fclii ; sois sincère avec TOME I. J7

moi, et peut-être je te serai utile. Le juif ôta sa calotte et s'inclina. Ploutiagowitcli poursuivit : « Tu vois , je vais remplacer M. Scotiiiko qui , à ce qu'il me dit , a e'té destitué par suite des intrigues et de la mëcliancete' de gens mal intentionnés, en récompense de son obéissance aveugle et du strict accomplissement de ses devoirs, m Le juif ici sourit malignement en hochant la tête ^ Ploutiagowitch continua : « M. Scotinko m'a effrayé en me disant que cette place n'offre que des charges et aucun revenu, si ce ne sont les appointeraens. » A ce mot le juif interrompit M. Ploutiagowitch , et cria sans pouvoir modérer les éclats de sa voix : « Herc}i-tou\ les appointemens ! O wej-mirf (i))) Ploutiagowitch reprit:

(i) Jf^ey^mir j, liélasj Jans le mauvais alle- Miand des juifsde Pologne.

LE PROCURFUR. ÎQJ

« M. Scotinko me dit avoir dépensé pour l'honneur de cette charge, et dans le cours de ses fonctions , tout son patrimoine, et de plus la légitime de sa femme; il ajoute que c'est avec les derniers débris de sa fortune ruinée qu'il se retire, qu'il fuit ; mais, qu'il emporte en échange l'estime des honnêtes gens et une conscience pure. » Gomme M. Ploutiagowitch achevait cette dernière phrase, Mofchi se prit les côtés, puis il éclata de rire avec tant de violence que l'autre fut obligé de le soutenir de peur de le voir tomber en convulsions. « Herch-touX dit le juif, en se modérant avec peine , M. Scotinko parler de sa conscience 1 L'aurait-il donc retrouvée sur la route en quittant sa place V Ah ! l'étranze rencontre qu'il a faite là ! Après celte mer-

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reille , il faut s'attendre à voir les loups caresser les brebis , les zuifs chercber leur salut dans les monastères^ et les propriétaires campagnards défendre aux paysans de s'enivrer d'eau-de-vie. Sachez y monsieur.... Votre Essélence ,

sachez que z'ai connu M. Scotinko dans le temps que son père était tanneur, et que lui-même, petit écrivain de bureau, courait nu« pieds par les rues, et dérobait aux zuifs des croquets et des pantins de pain d'épice. Il est bourzeois et bien bourzeois de la ville où ze suis né. Auzourd'hui M. Scotinko est riche, riche commeBelzébut; il a des campagnes , des maisons, deTarzent , de l'or en si grande quantité que lui-même n'en saurait faire au zuste le compte. Il a un rang et des ordres ! o wel \ à \veï\ M. Scotinko s'est

tellement gorzé et arrondi dans sa place que zaraais sangsue administrative n'est tombée si pleine! ))Mofchi,à ces mots^se souvenant qu'il parlait ainsi devant un candidat au métier de sangsue , ajouta : « Ah ! pardon , monsieur, Votre Essélence ; mais il est vrai de dire que dans ce pays nous n'avons zamais vu un si grand maître que M. Scotinko , et sa conscience, comme il l'appelle, est un vrai filet de pêcheur où passe l'eau claire et où reste le poisson. Sa place est une mine à ducats. JNe croyez pas un mot de ce qu'il vous a dit -, la vérité même est un mensonze dans sa bouche; il n'en use que pour mieux tromper. Scotinko était pauvre , mais il a fait et défait tant d'affaires , il s'est adzuzé tant de richesses qu'il est auzovirdiiui fourré en blanc

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coniine un ours de Sibérie^ quoique de sa personne il soit noir et sec comme un le'zard du marais de Linsk. — Mais quelle raison peut-il avoir de faire avec moi l'hypocrite? — C'est qu'il éprouve auzourd'liui un pressant besoin de passer pour un honnête homme , comme il arrive à tout voleur dont l'affaire est

faite.... pardon.... Essélence — Aye!

tant pis , dit Ploutiagowitch , j'aurais cru qu'il m'enseignerait certaines choses relatives.... au service... tu comprends? — Eh oui , que ze vous comprends , et de reste ! mais pour ces choses-là , il ne faut point de maîtres. Dès que vous serez arrive' à votre destination , prenez pour commis, Itzka, notre zuif qui a rempli \ç:?, mêmes fonctions près de M. Scotinko \ il vous sera d'un qrand se-

cours; il se chargera de faire lever sous vos pieds des plaignans , des pe'titioniiaires et des plaideurs , de traiter avectous les fonctionnaires civils du district;, cl d'emprunter pour vous de l'arzent , bien entendu sans obligation ni lettre de cbanze. Ze vous donnerai des lettres pour mes parens et pour Itzka. Fiezvous à eux , ils ne vous traliiront pas. Mais, en revanche, secondez-nous au besoin , et ne refusez zamais un pauvre zuif demandant zustice. — C'est au mieux, je serai bienveillant pour vous autres^ Ecris donc , et que tout soit prêt demain malin. Adieu. — Mofchi sortit alors de la cliambrette , et moi je me glissai adroitement dans l'ombre entre lui et la cloison.

Le lendemain M. Ploutiagowitcli par-

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tit de très grand matin, et Scotinko resta , se trouvant indisposé. L'un n'avait garde de perdre un jour qu'il pouvait employer utilement, l'autre n'avait plus aucun sujet de se hâter ; il pauvait dormir à l'ombre de ses lauriers sur les de'pouilles opimes.

Les petits garçons, enfans de M. Scotinko, vinrent jouer sous l'auvent , et comme je m'e'tais accoutumé aux amusemens des enfans de famille , dans la maison Gologordo^vski, je saisis un moment de loisir pour me mêler à leurs jeux ; du moins je les aidai à atteler un bouc à un petit traîneau et à faire des balançoires de cordes, et je supportai galamment les désagrémens et les gourmades dont j'étais l'unique plastron dans le jeu aux boules de neige. Rifka

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m'appela du jeu à ma besogne ; mais les fils de M. Scotinko allèrent prier leur père d'ordonner qu'on me laissât avec eux, et la juive fut oblige'e d'y consentir. J'étais plus jeune que ces deux enlans , mais ils e'taient loin de m'égalcr on intelligence ; aussi profitai-je à Tinstant même du penchant qui les attirait vers moi ; et leur persuadai-je aise'meut de supplier leurs parens de m'ernuK ner. Après son dîner , M. Scotinko me fit venir , et demanda par quelle occasion je me trouvais au service d'un juif. Je lui racontai l'histoire du mariage de Miluvidine et le départ de celui-ci pour Moscou , et , tombant alors aux pieds de M. Scotinko , je le priai de me délivrer des mains du juif, en lui promettant de le servir fidèlement toute ma vie. M. Sco-

St02^ LB PROCUREUR.

linko regarda sa femme , qui aussitôt prit la parole en ma laveur, et l'on manda Mofclii.

— De quel droit as-tu chez toi (et enfant? dit magistralement M. Scotinko.

Mofclii bégaya trois ou quatre fois avant de prononcer le premier mot de sa réponse. — Monsieur Milovidine , son maître, me devant de l'arzent, a laissé chez moi quelques effets avec ce petit garçon.

— Oserais-tu bien par hasard prendre en gage des chrétiens? répliqua Scotinko ; ignores-tu l'oukaze qai défend aux hébreux d'avoir des chrétiens à leur service 5 ne connais-tu pas les oukazes contre les usuriers? Montre-moi sur l'heure récrit d'après lequel tu as en ta possession cet enfant j où est son passeport?

LE PROCUREUR. â©v^

Le ton avec lequel furent prononce'es ces paroles effra^ya le juif.

— Herch'tou\ murmura-t-il entre ses dents ; puis s'e'tant incliné profondément, il dit : Ze n'ai aucun des papiers que vous démanchez j l'affaire a été traitée verbalement , et

— Quoi, tu liens chez toi des gens sans passeport.... Holà! du papier ;, de l'ejicre! Allons, allons, tu n'as qu'à te bien défendre j je vais laisser ici un avis à l'autorité compétente, et dès que je serai à Moscou , j'envoie à Pétersbouri^ ma déclaration. Je ne laisse pourtant pas que d'emmener au préalable le petit garçon , sous ma iiarantie siiinée et en bonne forme.

— Votre Essélence, dit le juif, la cliose vaut-elle la peine qu'on prendrait à la

disputer ? Vous voulez avoir cet entant, eh bien! prenez-le; il n'en sera plus question. Seulement laissez-moi quelques mots écrits de votre main afin que z'aie à répondre à M. Milovidine lorsqu'il fera réclamer l'enfant. Et a tin que vous ne soyez pas facile contre moi, ze ne prendrai rien pour votre sézour de 24 heures, et pour tout ce qui a été consommé dans ma maison pour vous et les vôtres ; de plus ze vais de ce pas déposer dans votre voiture , six bouteilles d'un vin de Hongrie tel que vous n'en trouveriez pas à cent milles à la ronde. Cela vous convient-il?

— A la bonne heure, répondit Scotinko • mais ce petit garçon a-t-il quelque vêtement de dessus ?

— ■ iNon , mais ze vais arranzer tout

LE PROCUREUR. àôS

pour le mieux , et demain , croyez-moi , rien ne manquera. » M. Scotinko nous renvoya de sa cl)ambre en m'annonçant que je le suivrais dans son voyage. ' '

— Oh! le brigand ! s'écria Mofchi en apercevant Rifka, ce Khapoune Çi) emmène notre Ivane. » Rifka là-dessus s'emportait déjà avec beaucoup de violence , mais son mari lui adressa en hébreu quelques paroles qui la tranquillisèrent; et même elle me regarda d'un air caressant. Mofchi m'emmena dans sa chambre, me fit asseoir dans un fauteuil, et me dit :

— Vanka , tu es un bon enfant , et sans doute que tu te souviendras de nos bienfaits.

— De quels bienfaits? demandai-je.

(i) Pillard.

IQ'O LE PROCUREUR.

— FÀi quoi ! ne t'avons-nous pas nourri et vêtu ?

— Et moi, n'ai-je pas ti-availlé pour vous du malin au soir ?

— Herch-toul^e faut-il pas bien que chacun travaille?... Mais parle : as-tu donc e'té mal chez nous ?

— Pas trop bien, répondis-jc naïvement; peu de pain et beaucoup de be^sogne.

— Ne blasphèmes pas,Vanka! tu aurais été moins bien peut- être chez un autre. On ne t'a point battu du moins , et chez les autres maîtres , on fait travailler les zens bien davantaze , on leur donne encore moins à manzer, on les bat et on ne souffre pas qu'ils pleurent.

— Ici, personne ne m'a battu , c'est vrai ; je n'y contredis pas.

— Ah ! lu nous dois donc de la reconnaissance j tiens, voilà tonte une pollina{j) pour ton usaze; et si quelqu'un venait à te parler de nous, dis que tu n'as rien vu , rien entendu de répréhensible dans notre maison j azoute que nous sommes des zens pauvres qui vivent au zour le zour.

— Et vos ducats V

— Quels ducats V Es-tu fou ? Zamais tu n'as vu ici de ducats à moi.

— Soit, re'pondis-je pour en finir.

— Tu as vu toi-même comme nous aimons les chrétiens , comme nous les secourons dans leurs nécessite's ; nous donnons à crédit aux mouzics (2) du

(1) Poltina , cinquante copecks ou centimes.' (i) Aux moujics, c'est-à-dire , aux paysans.

pain et de l'eau-de-vie, et nous faisons raumônc.

— Oai, l'aumône avec un pain noiv que Ton jette dans Pauge aux pourceaux s'il ne s'est point pre'senté de mendians.

— Vanka, Vanka , ne blasphèmes donc pas! tiens, prends encore toute une poltuia. N'est- il pas vrai , Vanka^que nous sommes dos zens bien bons ', bien désinte'ressés , et.... et pas du tout riches?

Je restai coi ; Mofchi me prit la main , j mit sa. poltina et m'embrassa, en ajoutant: — N'est-ce pas, mon fils, que tu diras du bien de nous? — Oh! sans doute, répondis-je en me sauvant dans l'escalier, dont je franchis en trois sauts les douze marches pour aller rejoindra .mes nouveaux maîtres.

Le juif acheta pour moi une vieille

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touloupe rapiécée, un bonnet et des souliers fourre's. Rifka me donna pour la route une provision de craquelins, que les fils de M. Scotinko, par suite du pouvoir qu'on leur donnait sur moi , mangèrent en partie, et jetèrent en partije à leurs chiens. Je passai la nuit en de douces rêveries ; j'étais mi-dormant mi-veillant, et mon imagination faisait du cliemin. Ce qui me causait le plus de joie, était l'espoir de retrouver mon bon M.

Milovidine, et le comble de mes souhaits était de faire cette rencontre. Le lendemain au matin, tout se trouva prêt pour le départ ; on me dit de m'asseoir derrière la voiture avec M. le valet de chambre , et l'on se mit en route.

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