UN CORRUPTEUR
les gens riches et les grands personnages invoquaient très souvent ses secours et ses conseils. Luc-Ivanovitch Vorovatine avait environ quarante ans ; il était de petite taille et d'une constitution sèche. Sa chevelure était rousse, et son visage blême était couvert de rides précoces et de pustules , suites naturelles du libertinage. Il ne regardait jamais en face son interlocuteur , et son regard sombre était de nature à faire une impression pénible. Vorovatine se vantait d'avoir éclairé du flambeau de la philosophie moderne toute la génération nouvelle, et, en effet, les plus insignes mauvais sujets de Moscou étaient liés avec lui depuis leur enfance. Aucun d'eux, toutefois, n'avait savouré chez lui gratis les fruits de l'arbre de la science j il les avait
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aidés à se ruiner en débauches de iouie espèce , et avait toujours été le premier à profiter du désordre de leurs affaires. Les hommes religieux appelaient Voroyatineun démon -^les autres le nommaient un d l'Ole de corps ; les jeunes gens sans expérience , un pJulosophe; et dans les fastes de la police il était depuis longtemps fameux sous le nom de chei^aliev d'industrie.
Vorovatine s'attachait tout particulièrement à moi ,' je devais, me disait-il, devenir un grand philosophe , et parvenir au plus haut période de la fortune et de la gloire. Il ne disait jamais de mal de ma tante en ma présence , sachant à quel point je l'aimais j néanmoins il me défendit de lui parler de notre liaison , alléguant qu'il était l'ennemi personnel