‹ Ivan Wyjighine; ou, Le gilblas russe (volume 2)Chapitre 4 sur 36 · PRÉFACE, V · texte numérisé non relu

PRÉFACE, V

dans cette scène si animée du dix-ncuvièmc siècle. Ce n'est pas un faible honneur pour une nation de se voir deux fois dans le quart d'un siècle la providence du monde. Quelque préjugé qu'on soulève , quelque défiance qu'on cherche à inspirer aux peuples contre la Russie^ un instinct secret les avertit que sa cause est favorable à l'humanité. La France doit sentir de la sympathie pour cet état qu'elle gouverne par l'ascendant de ses opinions. L'alliance de ces deux peuples, placés aux deux extrémités du continent européen, assurerait leur grandeur mutuelle et répandrait au loin le bienfait de leur influence; il est du devoir des écrivains français de resserrer les liens qui les rapprochent , et d'encourager par leurs suffrages les tentatives qui ont pour but l'amélioration des mœurs privées, si puissantes sur les intérêts publics d'une natio !. On se ferait difficilement une idée exacte de l'empire que la France exerce sur ces nations slaves dont la civilisation est fille de la nôtre. On en trouve la preuve dans cet ouvrage, où l'auteur attaque souvent l'excès de cette préférence^ dans l'éducation , au détri-

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ment du caractère national j mais il reconnaît <Mi même temps ce qu'elle a de salutaire, et ce n'est pas eu lui qu'elle pourrait rencontrer un adversaire injuste.

Il est difficile à un e'crivain russe d'e'chapper entièrement au joug de l'imitation française. M. liulgarine le pouvait moins que tout autre , ])ar la tournure de son esprit et les accidens de sa vie qui ont déterminé la direction de son talent. Associé par choix et par sentiment aux guerres de l'empire ;, il a servi dans nos rangs et partagé toutes les vicissitudes de cette époque biillaute et orageuse. Condamné au repos par la paix , i! prit la plume après avoir déposé les armes. Le premier" ouvrage qui l'a fait connaître comme écrivain , est le recueil des articles dont il enrichissait plusieurs Revues littéraires, et dans les(|uel il a reproduit les formesde VHeriiiiie de la Chaussée d'^lntiii, INous ne dissimulerons pas l'analogie qui existe entre cette nouvelle production et un heureux modèle de notre langue, le Gilblas de Lesage. Mais ici , comme dans l'autre , ce rapprochement ne fait que mieux ressortir l'originalité de l'ouvrage

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dans ses clélails comme dans son ensemble.

Nous dirons quelques mots de la traduction. Le traducteur vivant à Pétersbourg, dans l'intimité de l'auteur , sous les yeux duquel il Ta faite , nous pouvons garantir l'exactitude et la fidélité de son travail. Mais il se recommande par un autre mérite; une rare conformité de talent s"cst rencontré dans Tintcrprète, et l'ouvrage a même gagné en passant dans notre langue, de l'aveu de l'auteur qui n'a pas craint d'affirmer que la traduction faisait mieux goûter l'original. Le style ne se perfectionne guère qu'avec la société, dont il reproduit Tesprit et les nuances, et la prose russe n'a pas encore été assez maniée par les écrivains pour avoir acquis cette souplesse et cette mobilité qui jette de la grâce et de l'intéict sur les détails les plus communs.

Notre devoir d'éditeur nous impose l'obligation de prévenir le public de ne pas confondre cette traduction avec une publication anonyme de VHermite russe, qui a paru au mois de septembre dernier, clicz Bossange père, rue Ricbelicu , au moment où nous nous proposions de

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