TOME III. II
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lilies du village de danser. Glaz,dourine perdit dans la nuit plusieurs milliers de roubles , la calèche de Moscou dans laquelle il avait promis de nous renvoyer à la ville , et un attelage de quatre chevaux ; mais il e'tait extrêmement joyeux d'avoir gagne Pihhor , et ii avait célébré cette acquisition avec plus d'éclat qu'il n'avait célébré la naissance et le baptême de son premier-né. Au lever du soleil j le silence régnait dans la maison. INous voulûmes partir sans prendre congé , mais notre britchka n'élait pas encore réparé , et il fallut attendre. Il était à peu près midi lorsque Glazdourine se réveilla -, et comme nous nous promenions dans son enclos , nous le rencontrâmes près des écuries. Il nous appela d'une voix de tonnerre ; effet de
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l'habitude , et il nous traîna dans son écurie, où, bon gré mal gré, il nous fallut entendre de longs détails sur les qualités distincfives de chacun de ses chevaux, et voir de quel air il les baisait, puis les luisait mouvoir en divers sens par la vertu de sa baguette. Il nous mena ensuite déjeuner dans les appartemens où nous trouvâmes les amis du patron , tous pâles , tous les yeux rouges. Ils se prirent, d'une main tremblante, a avaler coup sur coup des liqueurs de couleurs diverses, et de petits morceaux de viande salée ; et bientôt la force des spiritueux rendit la vigueur à leurs membres.
Gomme il était déjà tard pour régler le plan d'une partie de chasse , ils décidèrent qu'afin de gagner de l'apélit pour le dîner , ils exécuteraient des courses à
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cîieval. Le patrou et tous ses amis tirè-r rent, chacun, cent roubles de leurs, portefeuilles , et la somme totale devait servir de prix à celui dont le coursier devancerait tous les autres. Il fut arrêté en outre dans le conseil que le vainqueur, après les courses , tiendrait la banque. Çependant, on avait répare' notre britchka ^ et nous partîmes sans vouloir attendre lediner, qui ne fut point prêt à l'heure dite, parce que le cuisinier avait enivré le chœur des chanteurs et danseurs domestiques , et s'était lui-même indiscrètement humecté la gorge pendant la solennité delà nuit , si bien que, de toute la matinée , il ne put un instant se tenir ferme sur ses jambes. En cet état, voulant préparer le repas , il fit bévue sur liévue , il mit dans une casserole ce
qu'il voulait mettre dans une autre , cl j,'âta tout. Il y eut des plats qui n'e'taieiiL que sel , des viandes brûle'es et d'autres ([ui n'étaient point cuites. Le drôle fut mis aux arrêts dans une étable à pourceaux, et la femme de charge fut réduite à mettre elle-même la main à la pâte ; ce fut un dîner tout à refaire.
En arrivant à la ville , nous apprîmes par la bouche du bon marchand , notre hôte, que le fonctionnaire dernièrement arrivé de Pe'tersbourg avait tout mis sens dessus dessous dans les tribunauxil cherchait avidement des griefs contre l'administration du capilane-ispravnik que l'intendant d'un grand seigneur avait dénoncé. Le vénérable M. Chtykof avait puni cet intendant pour avoir lové sur les paysans du domaine de sou
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maîlie des sommes plus fortes (|ue ne le perineUent les lois. Mais toutes les procédures du rapitane-ispravnik e'taient parfaitement en règle. M. le commissaire nommé pour celte enquête, étant sorli tout chagrin du tribunal , demanda à une foule de bourgeois rassemblés sur la place s'ils étaient contens des autorilés locales. — > JNon , répondirent quelques voix du sein de la foule ; la police nous tourmente. — Et en quoi voustourmente-t-elle ? — Elle exilée delayf?/'opreté. — M. le commissaire ne put s'empècber de rire à cette plainte. Voyant enfin qu'il n'y avait aucun moyen de mettre en accusation le capitane-ispravnik , il prit tout haut son parti , comme cela se pratique, et mit en cause l'intendant 'j car j our faire nionlre de son de'-
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vouement, il voulait absolument trouver un coupable j à défaut de quoi le but (le sa commission aurait paru manqué , et son œuvre imparfaite. Le commissaire changea donc tout-à-coup de direction , et il devint extrêmement poli avec tout le monde, voire même avec son hôte y simple marchand. Les amis du capi'aneispravnik , dans leur joie , se mirent en devoir de dédommager le fonctionnaire poli de ses frais de voyage, à raison desquels il paraissait tout chagrin, vu son peu de fortune , du moins à ce qu'il disait. Tout cehi se passa à j'insu chi capitane - ispravnik , qui, s'il eût eu connaissance du projet de ses amis , leur aurait fait une verte querelle,- peutêtre même serait-il allé droit au commissaire extraordinaire lui reproclierson avarice.
• Le lendemain au matin le capitaneispravnik vint nous apporter des passeports , un podorojne pour Moscou , et mes ducats. Nous nous jetâmes au cou du bon Glitjkof, qui se réjouit lui-même avec nous de la prompte expédition de cette affaire.
Une seule chose m'inquiétait. J'avais écrit plusieurs fois à ma tante et n'avais point reçu de réponse. Des pressentiniens fâcheux m'assiégeaient à tous momeus, et je ne trouvais d'autre sujet de consolation que l'amitié de Milovidinc.
Enfin , nous allâmes dans un seul jour fiaire nos adieux à Pierre Pétrovitch , au respectable ecclésiastique, au capitaneispravnik et à notre bote, le bon mart liand , que nous chargeâmes de notre lettre d'adieux pour M. Rossianinof, et
nous partîmes pour Moscou avec des chevaux de poste , dans une voiture de voyage du pays , dont nous fimes l'acquisition , après avoir mis nos ballots précieux au roulage.
l3o AVENTURES d'uN EX-SOLDAT.