‹ Ivan Wyjighine; ou, Le gilblas russeChapitre 15 sur 39 · CHAPITRE XXll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXll

ATSDJTURES D'UN EX-SOLDAT. — RE- TOUR A MOSCOU. ■— HISTOIRE DE MA TANTE.

En voyage , les hommes les plus durs et les plus hautains traitent quelquefois leurs domestiques amicalement. Milovidine et moi nous n'eûmes point ce me'rite de circonstance, regardant Petrof plutôt comme un camarade d'infortune que comme un valet 5 aussi le traitions-nous constamment avec le ton de la bienveillance et de l'affection. — Où es-tu ne ^

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Petrof? lui demaiidai-je un jour, — Dans l'Ukraine polonaise , répondit l'ex-soldat. — Je n'aurais jamais devine' que tu fasses de ce pays-là , dit Milovidine; tu as une prononciation tout-à-fait russe.

— Cela vient de ce que , dans mon enfance ; j'ai appris le me'tier de coiffeur à Pétersbourfî , Votre Noblesse j et puis, j'ai servi de, bonne heure. — Tu n'es donc pas né libre ? — Non , Monsieur.

— Comment s'appelaient tes maîtres i

— Je suis né serf d'une dame russe tort riclie , qui; depuis je ne sais combien d'années élaitvenue s'établir en Ukraine.

— Et par quelle aventure es-tu donc devenu soldat? — Si vous l'ordonnez , je vous conterai la chose : «Mon père était un cosaque-seigneurial.... — Qu'estce que c'est qu'un cosaque seigneurial i

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■ — Voici: Les seigneurs de l'Ukraine polonaise habillent à la cosaque une troupe de valets, et les emploient h des connaissions , à des exécutions , à mille choses semblables. Notre maîtresse avait clicz elle cinquante cosaques , commande's par mon père , qui portait le nom cV^ssai^oul ou Capitaine. Le costume de ces cosaques domestiques , au dire des vieillards , était exactement semblable à celui de l'ancienne armée de Petite- Russie j larges pantalons turcs , veste ou juste -au -corps et bonnet de peau de mouton. Ils se rasent la tête et portent une longue huppe dont ils ramènent les bouts en frisure derrière les oreilles. Ils appellent ce bouquet de cheveux ocelédets. Ils se rasent aussi la barbe, en conservant de longues moustaches. Les sei-

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giieurs choisissent ordinairement pour Jours cosaques les plus grands et les plus l)eaux d'entre leurs serfs. Maigre' les défenses re'itérëes , quelquefois ils les arîuent de piques , de sabres et de pistolets , mais toujours de nagaïki (i). Les vastes propriétés de ma maîtresse étaient toutes affermées à différens petits pror priétaires ^ les cabarets et cantines des bourgs, aux juifs. Le peuple, en Ukraine^ est bon , mais récalcitrant. Le moujik ukrainien ne souffre pas aussi patiemment une insulte que le moujik de Liihuanie ou de la Russie-Blanche. Souvent, dans les domaines de ma maîtresse, les paysans se révoltaient contre la tyrannie des fermiers et de leurs inten-

(i) Fouets de cosaque. . . ,

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dans , et les cosacpes avaient toujours de la besogne, mais aussi toujours de franches lipe'es , en faisant rentrer les mutins dans le devoir , en se logeant dans leurs maisons comme garnisaires , pour les punir de leur désobéissance, ce qu'on appelle dans le pays execulio. Les cosaques avaient aussi fonction de faire payer, par le même moyen, les juifs qui différaient d'acquitter leurs dettes. Si mon père eût été économe , il aurait pu se faire un capital considérable à l'exemple de ses camarades j plusieurs d'entr'eux se sont rachetés de leur condition d'esclaves, et leurs fils , ayant appris à lire, passent aujourd'hui pour de bons gentillàtres de province, dans des contrées éloignées de leur terre natale. J'ai \u a St. Pétersbourg quelques-uns de

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mes camarades d'enfance. Presque lous se lancent dans l'avocasserie, ils re'ussissenl en vérité comme àes panes (i).Mris ^ par malheur, mon père avait la passion des cartes , et tout ce qu'il tirait cà et là dans le cours de Tanne'e , il le perdait aux Contrats (2) de Kief, où il allait avec un convoi escorter le tre'sor de notre maîtresse. Sur cinq enfans qu'avait mon père, notre maîtresse me choisit, moi, avec une cinquantaine d'autres petits garçons, et nous envoya tous à St.-Petersbourg apprendre difFérens me'tiers.

(1) Pan ou pane, propriétaire uoble^ eu Pologne , en Lilhuanie, etc..

(2) Grande foire très importante , où il se fait toutes sortes d'affaires , où l'on vient de fort loin , et où il se fait réellement des contrats de différente nature. Cette foire a lieu à Kief tous les ans-

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» Le valet de confiance qui nous mena à St.-Pe'tersbourg était un ami de mou père j il me destina au métier le plus fa cile et le plus avantageux ^ à celui qui nous rapproche le plus des maîtres. J'appris dans la boutique d'un perruquier , des ruses et des tours de passe-passe dont je n'avais jamais eu la moindre idée.

Mon père avait ordonné qu'on m'enseignât à lire et à écrire à ses frais j mais , comme je préférais les cartes aux livres, j'aidai mes camarades à tromper le patron commun , pour avoir de quoi jouer des nuits entières sur le produit du vol, et je me moquai de l'alphabet. Telle fut la vie que je menai durant cinq années, au bout desquelles on me rappela chez ma maîtresse. Là, j'eus à soutenir un examen en sa présence ; il s'agissait de coif^

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iër, selon la dernière mode , une des filles de chambre. Mais je m'entendais mieux à faire une quadrette et un écarte qu'à manier un de'méloir et le fer à papillottes ; je brûlai le front de la pauvre fiUc «[ui , par surcroit de malheur , perdit en cette même affaire deux de ses plus belles boucles de cheveux. La maîtresse m'envoya au fond de la seconde cour, après m'avoir donne' elle-même une bonne paire de soufflets, prélude du châtiment qui devait suivre.

» Notre maîtresse possédait non seulement des coffres^mais encore des tonneaux remplis d'argent j malgré cela , elle ne laissait jamais échapper l'occasion d'épargner un copeck ; elle ne dépensait pas la centième partie de ses revenus.

Elle tenait chez elle un nombre infini do

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