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miséricordes de celui qui nourrit les petits des oiseaux et les pauvres orphelins. Après avoir plusieurs fois repris haleine et continue' mon chemin en rassemblant toutes mes forces , je me vis à midi , sur une grande route. Il me sembla que le juif ou sa complice pouvaient me poursuivre, et je marchai sur la lisière du bois n'osant me hasarder sur le chemin. Bientôt j'entendis sonner à quelque distance une petite sonnette de route; je me cachai un moment dans les buissons, mais voyant venir un britchka attelé de quatre chevaux de front, dan« lefjuel e'tait assis un monsieur avec son laquais, je m'élançai sur la grande route ;, je me laissai tomber sur les genoux , et élevant les mains, je m'écriai : « [Sauvez do la mort une pauvre fil kl » Le britch-
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ka s'arrêta, le monsieur en sortit, vint à moi , et me fit diverses questions. Je lui racontai toute mon histoire, et , en tombant de nouveau à ses pieds, je lui demandai secours et protection. Le monsieur eut pitié de ma jeunesse et de mon infortune ; il me donna place à ses côte's ^ et j'arrivai de cette sorte à la ville, n Mon libe'rateur était italien d'origine et s'appelait Baritono. 11 avait demeuré , en qualité de maître de chapelle « t de professeur de musique, chez un riche propriétaire. Après six ans de séjour en province, il retournait à Moscou avec un petit capital, pour s'y occuper, comme il avait fait auparavant, adonner des leçons en ville. Baritono était un homme de quarante et quelques années ; il était doué à\\\\ bel extérieur et d'un
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caractère gai. Il parlait asstz bien russe, et faisait tout ce qui lui était possible pour me consoler. Dès que nous fûmes arrive's au clief-licu de gouvernement ;, il se rendit chez le gouverneur et lui raconta l'aventure. Ce magistrat était juste et bonj il désira me voir, me trouva , jolie , et, comme Baritono , il fut touche' de mon malheur, 11 fit partir sur-lechamp un employé avec injonction d'arrêter les deux misérables, de s'emparer de mts effets et d'envoyer promptemeiit mon enfant. Mais probablement , { ar l'indiscrétion du postillon , devant le- (juel j'avais raconté mon aventure à Baritono , la nouvelle de ma délivrance était déjà parvenue au juif L'employé trouva le cabaret désert. La famille du jnif^ la soi-disant sage-f mmc étaient
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disparues, et t'avaient emporté avec mes bijoux et mon linge. Je n'entendis plus parler de toi.
» Baritono m'emmena à Moscou, et l'ut pour moi ce qu'un bon père est pour sa fille. 11 écrivit au camp russe, en Tur- (juie, une lettre à l'adresse du prince iVIiloslavski j mais pour toute réponse , nous reçûmes la même lettre qui nous fut renvoyée avec la nouvelle que le prince Miioslavski avait perdu la vie dans une bataille.
» Mon libérateur résolut de ne se jamais séparer de moi. Il me donna le nom d'Adélaïde, me procura différens maîtres, et lui-même se mit à m'enseigner la musique. A.u bout de cinq ans , je sus lire et écrire dans les langues russe, française et italienne, je sus danser.
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chanter et jouer du clavecin. La nature 5 libérale envers les Russes , n'exigea aucun effort de ma part pour me former.
J'aimais la lecture , et je ne tardai pas à connaître tout ce que doit savoir une femme du monde. Baritono était enchanté de son œuvre, et tous ses amis admiraient ma tournure , mon esprit et mes talens. J'eus un grand nombre d'adorarateurs , mais la reconnaissance me liait à mon libérateur. Il me proposa sa main , et j'acceptai avec grand plaisir, dans l'espoir de récompenser, par tout l'attachement dont j'étais capable, mon généreux bienfaiteur dont la tendre sollicitude ne se ralentit jamais.
» Baritono m'aimait de toute son âme.
Je ne pouvais avoir pour lui une passion; mais un attachement inviolable m'en te-
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liait lieu , et je remplissais aupj^ès de lui tous mes devoirs d'épouse et d'amie avec le plus grand zèle. Cependant mon mari, las de courir le cachet , de quereller des e'coliers paresseux et d'attendre son paiement, chez certains parens qui manquaient d'ordre^ s'apercevant d'ailleurs que sa santé lui commandait le repos , imagina de monter un magasin de marcliandises nurembergeoises , et renonça à toutes ses leçons de musique. Il appliqua tout son capital à l'arrangement de son magasin et à l'achat des marchandises , et comme il manquait de crédit, vu qu'il n'avait encore aucune connaissance du commerce , des ruses et des ressources du métier , son entreprise échoua complètement. Baritono en eut tant de chagrin qu'il éprouva des attaques de
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nerfs, suivies d'un violent accès Je fièvre dont il mourut.
» Ma situation était fort pénible ; je restais ;, avec un millier de roubles que j'avais sauvés du naufrage de notre mai,'asin ; seule, sans aucune espérance pour l'avenir, sans amis et $ans protecteurs. Je ne connaissais personne en fait de femmes , sinon quelques étrangères dont les unes tenaient des magasins , les autres étaient comédiennes. En fait d'hommes, je ne connaissais que des musiciens et quelques compatriotes de feu mon mari.
Mais j'étais connue de tous les adorateurs du beau sexe ; ils se pressaient en foule autour de moi dans les promenades , et ne détournaient point les regards de ma loge quand j'étais au spectacle. Tous savaient ma demeure. Quelques-uns d'en-
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tr'eux , du vivant de mon mari , m'écrivaient des lettres que , sans les décacl>eter, je donnais à Baritono ; d'autres employaient des femmes de ma connaifsance pour me de'clarer leur passion ; mais^ dès les premiers mots , j'imposais silence à ces personnes officieuses , et de cette manière, par une justice que l'on a rarement à l'égard des femmes , je conservai une réputation de vertu.
» Après la mort de mon mari ^ les amis et les amies de la maison vinrent m'assiéger de conseils ou plutôt d'instructions tendantes à ce que j'acceptasse les bienfaits proposés par des âmes nobles qui brûlaient d'amour pour mes mérites.
Ne voyant rien autour de moi qui ne m'engageât à céder , rien qui valût mieux , ayant oui conter une foule d'anecdotes
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Je belles dames qui, dans l'état même que l'on me proposait , jouaient un fort joli rôle dans le monde , je pensai que c'était une chose reçue , el je consentis à écouter le prince Tchuanof c^ui me demandait, non de l'amour, mais la permission de m'aimer j et ce bon vieillard , t[ue tu as connu , tomba chez moi en pluie d'or. Il dépensait tout son revenu en femmes j pure vanité de sa part, sans doute, mais c'était sa manie de vouloir passer pour ce qu'il n'était plus. Malgré son humeur bisarre, il avait un excellent cœur, et s'il vivait encore, je n'aurais pas été réduite au dénuement affreux où tu m'as trouvée.
» Ne connaissant ni le prix de l'argent, ni le malheur d'en manquer, je dépensais tout ce qui me toml^ait dang