D^UNE CHÈRE ENNEMIE. HJJ
jadis une itiipression forle sur mon imaqiualioii ^ et nullement sur mon cœur.
Avant et après ma triste de'convenue d'Orenbourg , j'ai rencontré beaucoup de femmes plus belles que Grounia; mais aussitôt que j'eus atteint cet âge où les passions commencent à ébranler l'àme, je me persuadai que , malgré la trahison de cette fille ^ malgré tout le mal que m'avait causé sa perfidie , il n'était point de femme plus attrayante que Gronnia.
Son regard et le son de sa voix produisirent toujours sur moi un effet indicible. Je crois,que les yeux bandés, parmi un million de voix j'aurais reconnu Grounia à la sienne. Sa voix allait droit à mon cœur , et ses regards avaient je ne sais quelle influence magique pour attirer et fixer les miens. Depuis le jour de
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notre dernière entrevue , je m'étais efrforcé de l'oublier entièrement ; mais , malgré moi, je me souvenais de Grounia dans le monde lorsque l'amour m'y tendait ses fdets. De tant de jolies femmes q^ue je voyais chaque jour , aucune ne me plaisait. Ali ! pourquoi , me disais- je souvent, l'âme de Grounia est-elle si peu en harmonie avec ses traits ! Je finissais toujours par vouloir me délivrer de son souvenir. Et la voilà de nouveau qui se présente devant mes yeux l
Après m'étre un instant reposé au calé, je sortis pour respirer le grand air , et je fis quelques tours près du théâtre. Je me demandais en vain comment et pourquoi je m'étais trouvé mal à la seule vue de Grounia. Je voulus attribuer cela à la crainte, à l'horrible souvenir du danger
B UNE CHÈRE ENINiEMIE, lù'J
au(|uel j'avais été exposé à Orenbourif par suite de sa traliison qui avait occasionné ma maladie. Mais ce n'était ni crainte, ni horreur. Grounia se présentait à mon irnai^ination , nullement sous un as[:ect terrible, mais dans tout Féclat, avec tout le charme de sa beauté. Elle est grandie, formée, embellie, pensais-je^ mais je ne la reverrai plus^. je ne dois plusla revoir jamais. Covme je prenais ce parti , j'étais déjà dans le couloir, et machinalement je rentrai dans la loge. Je puis la voir en public , me dis-je tout bas , pour excuser ma faiblesse ; faudrait-il donc que je me privasse du théâtre , à cause de cette petite...! — Eh bien! étes-vous remis? me dit la cousine Annette. — Je me sens un [leu mieux.... — Ah ! la charmante actrice que la dé-