‹ Ivan Wyjighine; ou, Le gilblas russeChapitre 35 sur 39 · TOME iir · texte numérisé non relu

TOME iir

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mes billets. INous entrâmes lousensembli au parterre, et mes amis n'attendirent plus que mes signaux pour prodiguer les applaudissemens ou les murmures. Grounia se tint dans la cliambrette ou l'on venait de l'habiller, jusqu'au moment où elle devait entrer en scène.

Lorsqu'enfin elle parut , Ja Masquina perdit contenance à la vue des brillans et du riche costume ilc Grounia ^ et toute la faculté des piliers de coulisses déclara unanimement qu'on ne pouvait être ni mieux ni yAus richement costumée. Grounia était transportée de joie , et cette disposition d'humeur eut une si forte influence sur son jeu qu'elle se surpassa elle-même , et surpassa de beaucoup l'attente des spectateurs. La Masquina , dans son dépit ^ se troubla et

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resta court à tous momens. Les amis du comte Jalkine s'efïbrcèrent eu vain de la soutenir ; les murmures de notre cabale e'toufFaient leurs timides applaudissemensj et Grounia à qui les bravos furent généralement prodigués dans tous le cours de la pièce , fut rappelée sur la scène , et fut l'objet d'une salve prolongée d^applaudissemens qui consommèrent sa victoire. La Masquina , couverte de honte pour avoir été en butte à la risée, se lâcha contre Grounia derrière les «oulisseSj et, de retour chez elle, elle lit au comte une bonne querelle.

Grounia me reçut comme on peut se l'imaginer 3 mais elle attendait du monde à souper , et comme j'étais malade de fatigue et d'étourdissement, je retournai chez moi.

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D'après les succès de Grounia^ d'après sa re'putation toujours croissante, il convenait qu'elle fût mieux nippée que les autres actrices , et qu'elle eût , comme elles au moins, un bon état de maison, un logement agréable, et surtout des équipages. Je ne pouvais vouloir que Grounia recourût à un autre qu'a moi dans ses besoins , et il n'était rien que je ne fisse pour elle. Grounia n'avait point de châles- elle ne m'en demandait point, mais quand je la priais de venir faire une promenade hors de la ville , ou quand je l'engageais à mettre ses diamans pour la soirée , elle me disait en souriant qu'elle n'avait point de châle, et que sans cachemire on ne fait poiijt de promenades et l'on ne met point de paru: es en brillans. Il fallut bien

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alors lui acheter quelques châles; ceux que j'avais apporte's des ste'pes étaient depuis longtemps vendus.

Enfin , trois premières repre'sentations de pièces nouvelles , deux de'me'nai,^emens, la garde-robe monte'e^ les riches fourrures achetées pour l'hiver , l'équipage établi pour toutes les saisons , la fête patronale et le jour anniversaire de la naissance de Grounia chômés, tout cela dans l'espace d'un an me débarrassa de mes quarante mille roubles. Je répète qu'elle ne m'a jamais rien demandé. S'il en eût été autrement , elle n'aurait fait que m'indisposer contre elle. Un amour qui se fait acheter à prix d'argent me glace et me répugne. Ni Grounia ni moi nous ne savions comment il s'était fait que nous avions dissipé une si forte

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somme. Elle avait manifesté de simples désirs, j'avais eu de quoi les satisfaire , Tor avait coulé hors de mes mains , il avait disparu , et je demeurais sans ariL;"ent , sans moyens d'en gagner j obligé d'entretenir ma mère. . . . En songeant à liKi situation , je m'abandonnais au dést'spoir sans avoir le courage de liairo connaitre à Grounia ma détresse. Je pensais même à m'aller réfugier cliez les kirghises, ou à me brûler la cervelle j mais que serait devenue ma mère? Pendant plusieurs jours , n'osant plus paraître chez Grounia, je me tins enferint; dans ma cîhambre,occupéà imaginer des uioyens pour exister convenablement dans ma sphère. Je dis à ma mère que j'étais indisposé. Ma pauvre tète ne ni(^ fournit l'idée d'aucune ressource , et je

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n'avais plus en ma possession que cin- (juante roubles. J'avais déjà e'crit une l'ois à Arsalan par Orenbourg , mais je ne recevais aucune re'ponscj je me mis a t^crire une seconde lettre adressée à Arsalan et aux anciens de sa tril)u , à qui j'indiquais le lieu de mon domicile^ et je les priais de ni'envoyer ]es .sommes provenues de la vente de ma part du butin lait sur la caravanne d'Altyne. Le silence de mes amis du stépe ne me taisait rien augurer de bon. Cependant je lrend)lais que mes amis de Moscou y mes [)roteclrices et mes cre'anciers n'eussent connaissance de ma ruine. Des milliers de projets passaient alors dans mon iinagination comme de vaines ombres. Le sixième jour de ma retraite, vers le soif;, la porlc de ma cliambre s'ouvrit subitement ^ et je vis accourir Grounia.

3l2 LES JOUEURS-ESCROCS.

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