Elle a repoussé la proposition d'une conférence à quatre
5. Elle a, de son côté, proposé des pourparlers directs entre Vienne et Pétersbourg, mais toléré en même temps que l'Autriche les refusât et déclarât la guerre à la Serbie.
6. Elle n'a jamais répondu à la prière des autres puissances, qui lui demandaient de proposer une autre voie de médiation à la place de la proposition qu'elle avait repoussée.
7. Elle n'a jamais discuté les formules de transaction de Grey et n'y a jamais fait de réponse.
8. Elle a repoussé l'une des formules transactionnelles de Sazonow et n'a pas répondu à l'autre.
9. Elle n'a, malgré toutes les demandes, jamais dit ce que l'Autriche voulait, mais s'est toujours bornée à dire ce que l'Autriche ne voulait pas.
10. Elle a cherché à obtenir de l'Angleterre la promesse qu'elle resterait neutre, et par là dévoilé sa volonté belliqueuse en un temps où les puissances de l'Entente travaillaient activement au maintien de la paix.
11. Au moment où, enfin, des négociations dont on pouvait se promettre le succès s'engageaient à Pétersbourg au sujet de la note serbe entre l'Autriche et la Russie, elle y a mis fin par ses ultimatums à la France et à la Russie^ et rendu la guerre inévitable.
12. Dans son ultimatum à la Russie, elle a exigé de celle-ci la démobilisation non seulement contre elle, mais contre l'Autriche, quoique l'Autriche eût elle-même mobilisé toute son armée.
13. Elle a, au lieu de se contenter de la mobilisation qu'elle annonçait, déclaré immédiatement et sans motif la guerre à la Russie et ensuite à la France.
14. Elle a, après coup, motivé cette déclaration de guerre en disant que les puissances ennemies avaient commencé les hostilités, tandis qu'au contraire les premiers actes belliqueux étaient partis d'Allemagne.
15. Elle a violé la neutralité de la Belgique et provoqué par là la guerre avec l'Angleterre.
Ces chefs d'accusation sont prouvés et motivent la sentence : FAFcmagne est coupable d'avoir, conjointement avec l'Autriche, suscité la guerre européenne.
Angleterre.
L'alliUic^c de TAngleterre jusqu'au moment où la question Je la neulralllé belge a surgi est suffisamment caraclérisée par mon exposé précédent pour ne pas avoir besoin d'être rappelée. Le ministre anglais des affaires étrangères, Sir Edward Grei/, a, dès le début du conflit, dirigé l'action pacifique et fait tout ce qui était humainement possible pour empêcher la guerre:
1. Il a conseillé — avec succès — la modération au gouvernement serbe*.
2. Il a essayé — sans succès, cette fois — d'obtenir du gouvernement autrichien une prolongation de délai*.
3. Il a formulé la proposition de la conférence à quatre, qui a été acceptée par la Fiance, l'Italie et la Russie, mais repoussée par l'Allemagne et l'Autriche^.
4. Il a, à plusieurs reprises, invité le gouvernement allemand à proposer, à la place de la conférence qu'il refusait, une autre forme de coopération des quatre puissances non intéressées. Son invitation est restée sans réponse *.
5. Il a appuyé la proposition de pourparlers directs entre Vienne et Pétersbourg faite par l'Allemagne, mais repoussée par l'Autriche après la déclaration de guerre à la Serbie '.
6. Il a proposé une formule transactionnelle d'après laquelle l'Autriche occuperait une partie du territoire serbe, ave^" sa capitale, et dicterait de là ses conditions. Celles-ci seraient soumises aux puissances et, pour autant qu'elles ne léseraient pas l'intégrité et la souveraineté de la Serbie, recommandées à l'acceptation du gouvernement de Belgrade. L'Allemagne et l'Autriche n'ont ni l'une ni l'autre fait de réponse à cette proposition'.
» Livre bleu, nos 12, 13, 16, 22, 27. ' Livre bleu, nos 13, 26.
8 Livre bleu, nos 17, 3o, 36, 37, 42, 43, oi, o3, 111. * Livre bleu, nos 60, 68, 80, 84, 88. " Livre bleu, nos 43, 74, 7o, 78, 93, 106. ^ivre bleu, nos 88, 98, 103.
LE CRIME ISl
7. Il a appuyé la première formule de transaction proposée par Sazonow, et comme l'Allemagne la déclarait inacceptable, il a obtenu de Sazonow une seconde formule, qui tenait encore plus largement compte des exigences autrichiennes. Celte proposition est restée sans réponse K
8. Il a appuyé de la manière la plus vive les pourparlers austro-russes, commencés le 31 juillet, et, par de nouvelles propositions qui accordaient pleine satisfaction à l'Autriche, il a cherché à les faire aboutir. Toutes ces propositions renfermaient la clause suivante : les préparatifs militaires doivent être suspendus par tous '.
9. Il s'est enfin déclaré prêt à appuyer auprès de la France et de la Russie toutes les propositions acceptables de l'Allemagne et de l'Autriche qui pourraient être utiles à la paix, et à se retirer des négociations pour le cas où les deux premières de ces puissances ne les accepteraient pas. Aucune proposition ne lui a été faite, l'Allemagne ayant, entre-temps, envoyé ses ultimatums et se refusant à négocier davantage^.
10. Il a encore, le l*"" août — jour de la déclaration de guerre à la Russie — envoyé à toutes les chancelleries des propositions, des représentations et des avertissements, afin de réaliser, à la dernière heure avant l'ouverture des hostilités, une entente entre les puissances *. Le Livre bleu anglais ne contient pas moins de dix-sept dépêches échangées le l^*" août entre Londres et les diverses capitales ; seize avaient été expédiées le 31 juillet et trente-trois le 29 et le 30.
Sir Edward Grey, plus qu'aucun autre, a mérité le nom de « Peace-maker of Europe » si l'on admet que : in magnis voluisse sat est. Ses ejjorts ont été vains, mais son mérite d'avoir, avec un zèle infatigable, avec prudence et énergie, Cravaillâ au maintien de la paix, restera éternellement dans l'histoire,
M. de Bethmann lui-même (je pense à celui du 4 août et non à celui du 2 décembre) ne saurait contredire à ce jugement.
Que dit-il le 4 août ? Ecoutons le Livre blanc :
« Le 26, sir Edward Grey proposait de soumettre le diffé
» Livre bleu, nos 97, i03, 120, 131, 132, 139. Livre orange, nos 60, 63, 67.
'Livre bleu, nos HO, 111, 131, 133, 135, 137.
» Livre bleu, no» IH, 112, 121.
* Livre bleu, nos 126, 130, 131, 132, 133, 1.16, 137, 138, 139, 141.
182 LE CRTME
rend austro-serbe à une conférence des ambassadeurs d'Allemagne, de France et d'Italie, présidée par lui. » (Page 9.)
« Nous nous sommes aussi trouvé prêt, après que l'idée d'une conférence eut été repoussée, à transmettre à Vienne une nouvelle proposition de sir Edward Grey, qui faisait ressortir que l'Autriche-Hongrie devait se déterminer soit à considérer la réponse serbe comme suffisante, soit à la prendre pour base de nouvelles propositions. » (Page 9.)
« Côte à côte avec l'Angleterre, nous avons sans cesse continué à travailler à une action médiatrice, etc. » (Page 11.)
« Le 30 encore, nous avons transmis à Vienne une proposition anglaise, qui posait comme base des négociations que l'Autriche-Hongrie devait, une fois son (sic) entrée en Serbie, y dicter ses conditions. » (Page 11.)
« Tandis que, du 29 au 31 juillet, ces efforts de notre part en vue d'une médiation, appuyés par la diplomatie anglaise, se poursuivaient, etc. » (Page 11.)
« Avant même que la réponse de Vienne à la dernière proposition de médiation anglo-allemande... ait pu arriver, etc. » (Page 12.)
<( En attendant, l'Angleterre cherche à s'interposer entre Vienne et Pétersbourg, etc.» (Discours du chancelier du 4 août.)
Avec ces citations tirées du Liure blanc, s'accordent les télégrammes échangés entre le roi Georges, le prince Henri et le kaiser. Il est très intéressant de constater que même la solennelle déclaration de guerre à la Russie contient un témoignage non moins solennel des efforts que l'Angleterre a faits en faveur de la paix ^.
« Sa Majesté l'Empereur d'Allemagne, d'accord auec l'Angleterre, était appliqué à accomplir un rôle médiateur auprès des cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg. »
Ainsi parlait et pensait M. de Bethmann Hollweg, le 4 août. Gomment parla-t-il et pensa-t-il — ou plutôt feignit-il de penser — le 2 décembre?
« Nous savons clairement qui porte la responsabilité de la
> Livre blanc, annexe 26.
plus grande de toutes les guerres. La responsabilité externe est endossée par les hommes de la Russie, qui ont provoqué et accompli la mobilisation totale de l'armée. La responsabilité interne retombe sur le gouvernement britannique. Celui-ci aurait pu rendre la guerre impossible en déclarant nettement à Pétersbourg que l'Angleterre ne laisserait pas le conflit austro-serbe prendre les proportions d'une guerre européenne... L'Angleterre ne l'a pas fait... Elle a vu la roue se mettre en mouvement, elle n'a rien tenté pour l'enrayer. Malgré toutes ses assurances pacifiques, l'Angleterre donna à entendre à Pétersbourg qu'elle était aux côtés de la France et de la Russie. »
Autant de mots, autant de mensonges t
D'abord le chancelier est réfuté par lui-même. Dans le procès Bethmann contre Bethmann, le chancelier du 2 décembre est battu par le chancelier du 4 août. Tous les événements qui précédèrent la guerre se sont passés avant le 4 août, donc avant le jour où M. de Bethmann soumit son dossier au Reichstag. Si l'Angleterre avait réellement joué le rôle que le Bethmann du 2 décembre lui attribue, le Bethmann du 4 août l'aurait forcément su, et il n'aurait pas tenu ses propos élogieux sur les mérites que la Grande-Bretagne s'était acquis en travaillant pour ïs^paix. Il savait qu'elle méritait ces éloges, parce que, en qualité de directeur de la politique étrangère, il avait participé à tous les événements. Son exposé du 4 août est conforme à la vérité, et si l'on peut lui faire un reproche, c'est de ne pas avoir exposé la vérité dans toute son ampleur et de s'être exprimé trop modestement sur les mérites de l'Angleterre.
Est-il possible que l'homme qui, pour des motifs sans valeur, repoussa toutes les propositions de l'Angleterre, ou les laissa sans réponse, ou ne les transmit même pas à Vienne; qui, le jour où une entente était à la veille de se faire entre l'Autriche et la Russie, força pour ainsi dire la guerre à éclater par ses ultimatums ; qui, déjà le 29 juillet, s'était résolu à la faire et avait révélé ses desseins eu demandant à l'Angleterre de rester neutre, est-il possible que cet homme ait l'audace de renier son propre témoignage écrit, et de rendre l'Angleterre responsable de la catastrophe, dont // porte seul l'écrasante responsabilité ? C'est possible, puisque cela est arrivé. Mais le monde sait ce ^u'il faut en penser, et le mensonge retombe sur son auteur.
îo4 m LE CRIME
Même le Livre bien doit, à ce qu'affirme le chancelier, révéler la culpabilité du g-ouverneraent anglais. Il prouverait que TAng-lelerre a appuyé le parti de la guerre de Pétersbourg et déclaré, dès le début, « qu'elle était aux côtés de la France et de la Russie ».
Que révèle en réalité le Livre bleu ? Exactement le contraire. . Ce qui seul est vrai, c'est que la France et la Russie, s'apercevant des intentions agressives de l'Allemagne, cherchèrent à déterminer sir Edward Grey à prendre, au cas où le conflit s'aggraverait, une attitude nettement favorable aux deux puissances de l'Entente. On espérait, à Paris et à Pétersbourg, que l'Angleterre, en prenant position, détournerait l'Allemagne de ses desseins belliqueux.
En prenant ainsi position, l'Angleterre devait donc non favoriser la guerre, mais l'empêcher. Sir Edward Grey repoussa la suggestion, et déclara toujours, à chaque nouvelle tentative, que rx\.ngleterre était libre d'obligations et qu'elle voulait le rester. Il alla même plus loin : il avertit de la manière la plus solennelle les deux puissances de l'Entente de ne pas s'abandonner à l'espérance que l'Angleterre se déclarerait solidaire avec elles.
Déjà le 24 juillet, Sazonow avait — conjointement avec l'ambassadeur français à Pétersbourg — représenté à l'ambassadeur anglais, sir G. Buchanan^, que, en présence de l'attituie provocante de l'Autriche, qui ne pouvait s'expliquer que par l'appui de l'Allemagne, le seul et le meilleur moyen d'empêcher un conflit européen était que l'Angleterre, la France et la Fiussie fissent une déclaration de solidarité : le ton de la note autrichienne, ses exigences exorbitantes, le court délai, tout indiquait que l'Autriche voulait la guerre avec la Serbie, et risquait de susciter un conflit européen que seule une action commune àos Etats de l'Entente pourrait conj urer. L'ambassadeur anglais répondit tout de suite, à titre personnel et en réservant la déclaration officielle de son gouvernement, qu'il ne voyait aucun motif qui pût décider l'Angleterre à se solidariser : les intérêts britanniques n'étaient pas directement en jeu dans la question serbe, et une guerre à propos de celle-ci n'aurait jamais l'approbation de l'opinion publique anglaise. La seule promesse que fit Buchanan consistait à vouloir demander à l'Autriche une prolongation de délai.
1 Livrr bleu., n» 6.
Sir Edward Grey, dans son télégramme-réponse du 25 juillet, approuva complètement la déclaration de son ambassadeur. « I entirelv approve what you said as reported in your teleg^ram of yeslerday, and I cannot promise more on behalf of the government ^. » Au lieu de faire la déclaration de solidarité demandée, Grey proposa une action diamétralement opposée, à savoir une médiation des quatre puissances non-intéressées, l'Angleterre, l'Allemagne, la France et l'Italie. Cette position, le gouvernement anglais la garda inébranîablement pendant toutes les négociations qui suivirent, en dépit de tous les désirs exprimés en sens contraire. Le 27 juillet, Buciianan exposa le point de vue anglais à Sazonow' : c'était une erreur de croire que la cause de la paix gagnerait à ce que l'Angleterre se mît du côté de la France et de la Russie contre l'Allemagne. Cette attitude menaçante aurait pour seul efi'et de rendre celle-ci plus opiniâtre (would merely be stifFened by such a menace). Ce n'est qu'en qualité d'amie soucieuse de la paix que l'Angleterre pouvait se rapprocher de l'Allemagne, et l'amener à exercer à Vienne une influence modératrice.
Le 27 juillet encore, Grey déclara au prince Lichnowsky — toujours à propos du projet de la conférence à quatre — qu'aussi longtemps que l'Allemagne travaillerait au maintien de la paLx, il se tiendrait en contact étroit avec elle ^.
Le 29 juillet, il eut une longue discussion avec l'ambassadeur de France, Paul Cambon*. Il fit ressortir, en termes clairs, la différence entre la question du Maroc et l'affaire austro-serbe. Dans la question du Maroc, la France était la principale intéressée, et la querelle portait sur des points qui avaient été réglés par des traités entre la France et l'Angleterre. Rien de tout cela dans le conflit actuel. Même s'il devait en résulter un conflit austro-russe, V Angleterre ne se sentirait pas appelée à s'en mêler (we should not feel called upon to take a hand in it). La question de savoir si l'hégémonie dans les Balkans devait revenir aux Slaves ou aux Teutons avait toujours eu si peu d'intérêt pour l'Angleterre, qu'elle ne se laisserait pas engager dans une
» Livre bleu, n" 24.
• Livre bleu, n* 44,
• Livre bleu, n" 46.
•» L>rre !'!'••,, n" «7.
guerre à ce sujet. Grey alla encore plus loin dans son refus de se solidariser : même si TAllemaiT^ne et la France étaient impliquées dans le conflit, disait-il, il n'en resterait pas moins que celle-ci y aurait été entraînée non par ses intérêts propres, mais par les ob%alions de son alliance avec la Russie. Dans ce cas encore, l'Ang-leterre serait libre de tout eng-ag-eraent et ne se laisserait dicter ses résolutions que par les intérêts britanniques.
Gomme la situation européenne devenait toujours plus tendue, malgré tous les efforts des puissances de l'Entente, le président Poincaré, dans un entretien qu'il eut le 30 juillet avec l'ambassadeur anglais Bertie, proposa à nouveau que l'Angleterre écartât le danger d'une guerre en déclarant d'une façon non équivoque qu'elle viendrait en aide à la France dans le cas d'un conflit avec l'Allemag-ne ^. La France, ajoutait Poincaré, était pacifique et ne désirait pas la g-uerre, mais l'Allemagne ne pouvait être détournée de ses desseins agressifs que par «ne prise de position résolue de l'Angleterre ^. Même le ministre italien di San Giuliano partageait l'opinion de Poincaré, et suggérait au gouvernement anglais d'intervenir en faveur des puissances de l'Entente ^.
De nouveau, Grey repoussa avec la plus grande fermeté toute obligation d'intervenir pour la France et la Russie. Etant donnée l'importance des explications de Grey pour juger la conduite de l'Angleterre, je reproduis ici dans leur texte original quelques phrases tirées de la dépêche qu'il adressa, le 31 juillet, à son ambassadeur à Paris, Bertie :
« Nobody hère feels that ia this dispute, so far as it has yet gone, British treaties or obligations are involved. Feeling is quite différent from what it was during the Morocco question. That crisis involved a dispute directly involving France, whereas
* Livre bleu, n» 99.
- Poincaré exposa les mêmes motifs pour une déclaration de solidarité de l'Angleterre, dans une lettre adressée directement le 31 juillet au roi George, et qui n'a été publiée qu'en février 19io, Cette démarche de Poincaré resta aussi sans succès. Le roi évita, dans sa leilre, de donner une réponse précise au passage essentiel de l'écrit français et fit dépendre du cours des choses l'attiiude de l'AnsTlcterre, qui travaillait sans relâche pour la paix. Des dçux écrits ressort la plus ferme volonté pacifique des deux puissances, bien qu'elles ne fussent pas d'accord sur les chemins à suivre pour parvenir au but.
« Livrr hlra, n» 106.
in tliise case France îs bcing drawn into a dispute wîiîch is not hers... We cannot undertake a definite pledge to inteivcne in a war. I hâve so told tlie Frcnch Ambassador, who has urged His Majesty's Government to reconsider this décision *. »
« Mr. Cambon referred to-day to a telegram thad had beeii shown to Sir Arthur Nicolson this morning from the French Ambassador in Berlin, saying- that it was the uncertainty with regard to whether we wouid intervene, which was the encourag-ing élément in Berlin, and that, if we would only déclare definitely on the side of Russia and France, it would décide the German altitude in favour of peace... I said that we had come to the conclusion, in the Cabinet to-day, that we could not ffiue any pledge at the présent tinie... Up to the présent moment, we did not feel, and public opinion did not feel, that any treaties or obligations of this couiiîry were involved... Mr. Cambon repealed his question whether we would help France if Germany made an attack on her. I said that I could only adhère to the answer that, as far as things had gone at présent, we could not take any engagement ^.
Le même jour, Grey renouvela au prince Lichnowsky la pressante invitation qu'il lui avait déjà faite si souvent les jours précédents : l'Allemagne et l'Autriche, disait-il, n'ont qu'à faire
• « Personne ici ne pense que dans ce conflit, au point où il en est, les traités ou les obligations de la Grande-Bretagne soient engagés. Le sentiment est tout à fait différent de celui existant pendant la question du Maroc. Cette crise impliquait un conflit cjitraînant directement la France, alors que, dans le cas actuel, la France est entraînée dacs un conflit qui n'est pas le sien. Nous ne pouvons pas prendre d'engagement positif d'intervention dans une guerre. C'est ce que j'ai dit à l'ambassadeur de France, qui a prié le Gouvernement de Sa Majesté de considérer à nouveau cette décision. > [Livre bleu, n» 116.)
2 « M. Cambon s'est référé aujourd'hui à un télégramme provenant de l'ambassadeur de France à Berlin, qui avait été montré ce matin à sir Arthur Nicolson. Il dit que. l'incertitude à l'endroit de notre intervention est l'élément encourageant à Berlin et que si nous voulions nous déclarer définitivement pour la France et la Russie, cela déciderait l'Allemagne à modifier son attitude en faveur de la paix... J'ai dit que dans la séance de cabinet d'aujourd'hui nous étions arrivés à la conclusion que nous ne pouuions donner aucun gage en ce moment... Jusqu'à présent, ni nous, ni l'opinion publiaue ne ressentions qu'un traité ou une obligation de ce pays était engagé... M. Cambon a renouvelé la question pour savoir si nous seconderions la France au cas où rAlIemagne l'allaqucrait. J'ai dit que je pouvais seulement m'en tenir à la réponse et que, au point où les choses en étaient, nous uc pouvions prendre aucun engagement. » iLivre bleu, n» li'J.J
une proposition acceptable ; queile qu'elle soit, je Tappuierai à Paris et à Pétersbourg, et si la France et la Russie la repoussent, je me désintéresse des conséquences ^.
Tel est, pièces en mains, l'exposé du Livre bleu qui, d'après M. de Bethmann, doit prouver « d'une façon claire et irrélutable » que l'Ang-leterre a fait comprendre « qu'elle était aux côtés de la France et de la Russie. » L'affirmation du chancelier est juste le contraire de la vérité, et l'on ne peut qu'admirer le courage d'un homme qui, à la face d^ monde, soutient des faits dont la fausseté crève les yeux, en invoquant des documents directement contraires à ce qu'il prétend.
Tout ce que renferme le Livre bleu anglais au sujet de la position prise par l'Angleterre pendant les négociations diplomatiques est pleinement confirmé par les publications russes et françaises. Les refus de Grej s'adressaient, comme nous l'avons vu, en môme temps à la Russie et à la France. Les déclarations faites à l'une de ces puissances valaient naturellement aussi pour l'autre, et étaient toujours transmises aux autres capitales par h. voie des ambassades.
L'altitude de Grey vis-à-vis de l'Allemagne est parallèle à l'attitude qu'il observa vis-à-vis des puissances de l'Entente. Il est du plus haut intérêt d'étudier cette double action de Grey, qui témoigne d'autant de prudence que de loyauté, et dénote un véritable amour de la paix. Quand je lis cette série si émouvante et si dramatique de documents, je vois toujours apparaître devant mes yeux l'image du vieux juge F. qui, il y a trente ans, rendait ses sentences à la Jûdenstrasse, à Berlin. Comme les enquêtes lui répugnaient au plus haut degré, il s'efforçait toujours de trouver des accommodements. A cet effet, il recourait aux moyens les plus divers. Pour amener les parties à se faire des concessions, il les faisait attendre, des heures durant, à côté du poêle brûlant de son cabinet, et quand cela ne suffisait pas, il usait d'un stratagème. Il invitait l'accusé à se retirer un moment, montrait au plaignant la faiblesse de ses griefs, et lui faisait prévoir que sa plainte serait écartée. Puis il prenait à part l'accusé, lui prouvait que ses objections ne tenaient pas debout et lui donnait à entendre qu'il serait probablement con-
* Livre bleu, w 111.
damné. Quand il avait ainsi assoupli ses clients en les travaillant séparément, il les faisait comparaître les deux ensemble devant sa barre, et presque toujours les choses s'arrangeaient. C'est exactement ainsi que sir Edward Grey en usa avec les parties européennes pour les amener à s'entendre à l'amiable et pour prévenir une lutte armée. Il dit aux Français et aux Russes : « Cédez, ne comptez pas sur mon appui ! » Et il dit aux Allemands et aux Autrichiens : et Cédez, ne comptez pas sur ma neutralité ! » De même que les premiers attendaient son secours
— non pas, notez-le bien, pour la g-uerre, mais contre la guerre,
— les derniers lui demandaient sa neutralité, qui ne pouvait naturellement entrer en ligne de compte qu'en cas de guerre.
Grey fît tout son possible pour enlever au cabinet de Berlin l'illusion que l'Angleterre resterait neutre, quoi quil pût arriver^ dans un conflit européen. Il avertit le prince Lichnowsky, il fît avertir MM. de Bethmann et de Jagow par l'ambassadeur Goschen. Le Livre bleu anglais regorge de preuves à ce sujet ^. Les avertissements se multiplient pendant les jours critiques du 27 au 31 juillet, et le plus éloquent d'entre eux est sa réponse déjà souvent mentionnée, en date du 30 juillet, pièce d'un mérite exceptionnel, qui constituera à jamais un titre de gloire pour la diplomatie anglaise, et une honte pour la diplomatie allemande : nous ne voulons pas d'une neutralité qui ne ferait qu'enflammer vos désirs belliqueux parce qu'elle rendrait votre victoire plus facile ! En revanche, cette fois-ci et toujours à l'avenir, action commune en faveur de la paix pour préserver l'Europe de toute nouvelle catastrophe. Nous ne voulons pas davantage des garanties que vous nous offrez. Et même si ces garanties allaient plus loin que ce n'est le cas en réalité, l'Angleterre n'en veut rien savoir, parce qu'elles n'auraient pour effet que de favoriser vos velléités belliqueuses. L'Angleterre veut la paix pour tous^ et si vous la rompez, ne comptez pas qu^elle restera à Pécart l Telles étaient les pensées de Grey, et il leur donne, dans sa note du 31 juillet, une expression aussi vibrante que persuasive.
Le 31 juillet encore, quelques heures avant que la guerre écilatdt, Grey invita les deux partis à faire des propositions