‹ J.-B. CarrierChapitre 116 sur 207 · Dans les carrières de Gigant · texte numérisé non relu

Dans les carrières de Gigant

2. Jullien, je suppose, appelait embarras de la Loire, Tinterdiction d'y faire naviguer les bateaux afin d'empêcher les soldats

JIILLTEN ET LE RAPPEL DE CARIUER 247

Oiiditque la Vendée n'estplus, et Gharette, à quatre lieues de Nantes, tient en échec les bataillons de la l{é[)ul)li([ue (|u'()u lui envoie, les uns après les autres, comme dans le dessein de les sacrilier... Une armée est dans Nantes, sans discipline, sans ordre, tandis qu'on envoie des corps épars à la boucherie. D'un côté l'on pille, de l'autre on tue la République. Un peuple de généraux, fiers de leurs épaulettes, et broderies en or aux collets, riches des appointements qu'ils volent, éclaboussent dans leurs voitures les sans-culottes à pied, sont toujours aux pieds des femmes, aux spectacles ou dans les fêtes et repas somptueux qui insultent à la misère publique, et dédaignent ouvertement la Société populaire oii ils ne vont que très rarement avec Carrier. Celui-ci est invisible à tous les corps constitués, les membres du Club et tous les patriotes. Il se fait dire malade et va à la campagne afin de se soustraire aux occupations que réclament les circonstances, et nul n'est dupe de ce mensonge. On le sait bien pourtant et, en ville, on sait qu'il est dans un sérail, entouré d'insolentes sultanes, et d'épaulettiers lui servant d'eunuques; on sait qu'il est accessible aux seuls gens d'état-major, qui le flagornent sans cesse et calomnient, à ses yeux, les patriotes. On sait qu'il a, de tous côtés, des espions qui lui rapportent ce qu'on dit dans les Comités particuliers et dans les Assemblées publiques. Les discours

royaux de se porter à leur gré sur l'une ou l'autre rive ; en ce cas, il faudrait dire embargo. Il faut croire aussi cfue Jullien se refusait avoir, dans la loi du maximum, Tune des causes de la disette.

sont écoutés, les correspondances interceptées. On n'ose ni parler, ni écrire, ni même penser. L'esprit public est mort, la liberté n'existe plus. J'ai vu dans Nantes l'ancien régime. L'énergie des sansculottes est étouffée, les vrais républicains pleurent de désespoir d'avoir vu le despotisme renaître, et la guerre civile semble couver. Une guerre manifeste éclate déjà entre les états-majors et la Société populaire.

(( Une justice doit être rendue à Carrier, c'est qu'il a, dans un temps, écrasé le négociantisme, tonné avecforce contre l'esprit mercantile, aristocratique et fédéraliste ; mais, depuis, il a inis la tendeur à tordre du jour contre les patriotes, dont il a paru prendre à tâche de se faire craindre. Il s'est très mal entouré. lia payé, par des places, les bassesses de quelques courtisans, et il a rebuté les républicains, rejeté leurs avis, comprimé les élans du patriotisme. Il a, par un acte inouï, fermé pendant trois jours les séances d'une société montagnarde. Il a chargé un secrétaire insolent de recevoir les députations de la Société populaire. Enfin il a fait arrêter de nuit, comparaître devant lui et maltraiter de coups, en les menaçant de mort, ceux qui se plaignaient qu'il y eût un intermédiaire entre le représentant du peuple et le Club, organe du peuple, ou qui, dans l'énergique élan de la franchise républicaine, demandaient que Carrier fût rayé de la Société, s'il ne fraternisait plus avec elle. J'ai moi-même été témoin de ces faits. On lui en reproche d'autres. On assure qu'il a fait prendre indistinctement, puis conduire dans les bateaux, tous ceux qui remplissaient les prisons

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