‹ J.-B. CarrierChapitre 126 sur 207 · Moniteur du 9 ventôse an 11 {Réimpression^ XIX · texte numérisé non relu

Moniteur du 9 ventôse an 11 {Réimpression^ XIX

2. Lettre du 12 ventôse an 11 {Journal des Débats et des Décrets^ n" 535, p. 242).

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millier, et l'armée républicaine n'eu compte pas moins de quarante mille. Garrau et llentz ont un grand zèle. ^ L'appréciation suivante, qui était d'une parfaite justesse, mérite d'être citée : « L(^ bi'igand le plus dilTicile à vaincre est Gharette, parce que la difficulté sera de le trouver pour le combattre. Gharette est partout, et on ne le trouve nulle part. Les bois et les chemins creux, qu'il connaît parfaitement, le mettent à l'abri de toute poursuite, et il faut vous figurer quarante lieues carrées sur lesquelles il peut se réfugier'. »

Des historiens, jaloux non seulement de purifier la mémoire de Robespierre de ses moindres taches, mais s 'ingéniant encore à lui faire honneur des actes les plus indifférents, ont raconté qu'il fit à Garrier, de même que les autres membres du Comité de Salut public, l'accueil le plus sévère, lorsqu'il comparut devant eux à son retour de Nantes. De la part de tous les membres du Gomité, où Garrier comptait plusieurs amis, cette sévérité est un fait très douteux; de la part de Robespierre, elle semblera toute naturelle; leur mutuelle antipathie est notoire, et s'explique par le contraste de leur nature, de leur caractère et de leurs habitudes. Sauf qu'ils avaient cela de commun de ne pas faire plus de cas de la vie d'un homme que de celle d'un moucheron, jamais hommes ne furent plus dissemblables, et mieux créés pour se repousser l'un l'autre. Robespierre avait le goût des lettres; il savait Rousseau par cœur, et, comme lui, il croyait à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme.

1. Journal de la Montagne du 16 ventôse an 11, p. 861 et 862.

Il aimait à p)olir le style de discours parfois éloquents qu'il débitait trèsbien. Il était sobre, propre, correct et même élégant dans sa tenue; sa vie privée ne donnait guère de prise à la médisance du public. Ce n'est pas lui, par exemple, qui serait allé, le soir, chanter la Carmagnole à tue-tôte sur les remparts de Saint-Malo avec des matelots et des calfats, comme Tavait fait Carrier aux premiers temps de sa mission. Un politique de sa trempe, passionné pour le pouvoir, et sacrifiant tout à cette passion, était porté d'instinct à mépriser l'Auvergnat grossier, ignorant et matérialiste, qui n'avait à la bouche que des mots orduriers, affectait la mise la plus débraillée, faisait ses délices des pires compagnies, et se vautrait dans la débauche la plus crapuleuse. Mais il y avait une raison plus sérieuse qu'une répulsion naturelle pour que Robespierre fît à Carrier sévère et mauvaise mine. Les menées des hébertistes, chaque jour plus actives et plus hardies, et qui ne tendaient à rien moins quïi soulever le peuple de Paris contre la Convention, l'inquiétaient plus que les malheurs de Nantes, et sa police l'aurait bien mal informé si elle ne lui avait appris que Carrier — il ne tarda pas à le montrer — était Tun des rares députés, pour ne pas dire le seul, décidés à trahir la Convention pour la Commune.

Pourquoi, d'ailleurs, le Comité de Salut public se serait-il montré si sévère pour Carrier? Parce qu'il avait fait périr des milliers de brigands? Non ; il en avait l'ordre précis, plusieurs fois renouvelé. Parce qu'il avait obtenu cette destruction par des moyens insolites? Mais ne tombe-t-il pas sous

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le sons qu'on lui onvoyanL, (1(^ loulos paris, à Nantos. dos niilliors do prisonniors, olliciol Ionien t mar(iu6s pour olro Ui6s, il devait nocessairomcnt omployor des moyens plus rapides que ceux usités jusque-là?

De quel droit le Comité aurait-il été sévère pour Carri(T, colu i qu'on appelai l lo Séide de Robespierre, parce qu'il était le bras droit et lo porte- voix du Mabomet d'Arras ? L(^ jeune Saint-Just, dans les mêmes jours, dotacbait une à une, comme avec lo trancbant d'un couperet, les sentences suivantes : « L'bisloiro du pays, depuis lo mois de mai dernier, est un exemple des extrémités terribles où conduit l'indulgence. — La Révolution conduit à reconnaître que celui qui s'est montré l'ennemi de son pays n'y peut être propriétaire. — Marat avait quelques idées heureuses sur le gouvernement représentatif. — Jusqu'à quand serons-nous du pes de nos ennemis intérieurs, par l'indulgence déplacée, et de nos ennemis du debors, dont nous favorisons les projets par notre faiblesse? Epargnez l'aristocratie, et vous préparez cinquante ans de troubles. Osez! Ce mot renferme toute la politique de notre Révolution. — Il s'éleva, dans le commencement de la Révolution, des voix indulgentes en faveur de ceux qui la combattaient. Cette indulgence, qui ménagea quelques coupables, a coûté, depuis, la vie à deux cent mille hommes dans la Vendée ^ » Qui plus et mieux que Carrier avait mis en pratique les doc-

1. Rapport de Saint-Just sur les détentions, les moyens de délivrer le patriotisme et de punir ' les coupables [Moniteur du 9 ventôse an 11; Réimpression, XIX, 567 etsuiv.).

trines de Saint-Just, sans excepter rattribution au peuple des biens des contre-révolutionnaires aisés?

C'est dans ces jours-là ^ que plusieurs négociants de Nantes, envoyés à Paris pour obtenir la levée des difficultés que le commerce rencontrait pour la circulation et l'introduction des subsistances, eurent avec Carrier des rapports fréquents et nécessaires, qui les amenèrent un jour à se réunir à lui dans Tintimité d'un dîner. Autour de la table d'un restaurant des Cbamps-Elysées, se trouvèrent à la fois ces négociants au nombre de quatre, Vilmain, Alexis Mosneron, Provost et Rosier, avec Carrier, Villers, représentant de la Loire-Inférieure, et le petit Robin. Deux des convives ayant raconté, à peu près de la même façon, la conversation du dessert, on peut croire qu'ils n'ont point exagéré, en les répétant, les propos qu'ils avaient entendus et qui n'avaient pas été sans les impressionner. A la fm du repas, Carrier qui n'était point ivre, mais seulement un peu lancé et fort en train de causer, fit des aveux épouvantables sur les actes de Fouquet et de Lamberty. 11 dit que Lamberty était un bon b... et que Robin ne le valait pas. a On a fait la récapitulation de la population de la France. Il y a mille habitants par lieue carrée, etilestdémontré que le sol n'en peut nourrir que sept cents. Il faut, en conséquence, commencer par se défaire de tous les gros coquins de négociants, de tous les prêtres, de tous les avocats, de tous les procureurs et de tous les banquiers et courtiers, car il paraît

1. En ventôse, ait 'Slosneron {Journal des Lois du 19 frimaire an III, p. 3).

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dc'^moiitro ([iic cos {^cns-là iraiinri'ont jamais la. H(''|)iil)li(jiio et les sans-ciilotles. Puis, s'écliaiiiïanl, il se mit à ci'ier: «Tue! Tue! ïiie! Daus mon j)ays nous allions à la chasse aux prêtres, etje n'ai jamais tant ri qu'en voyant les grimaces que ces b... faisaient en mourant. » A lamine des convives, dont plusieurs étaient des néi^ociants, Carrier comprit qu'il allait un peu loin dans sa causerie, et, se reprenant aussitôt, il leur dit : « Tranquillisez-vous : il y aura un choix, il ne faudra sacrifier que ceux qui se seront mal prononc(^s. » <» Je crois, répondit Mosneron, que nous serons tous guillotinés, et, au fait, je me trouve logé si près de la guillotine que j'ai envie de changer d'hôtel; mais il se pourrait bien que, toi,Carrier, tu fusses guillotiné avant nous. » L'un des journaux, auxquels est emprunté le compte rendu de cette conversation, fait remarquer qu'à ce moment les hébertistes, ayant compromis leur succès par une ti'op grande audace, et leur étoile commençant à pâlir, il se pourrait bien que la réponse de Mosneron fût une allusion à la crise que l'on voyait venir et dont il n'était pas certain que Carrier sortirait sain et sauf^

Après thermidor, cette opinion de Carrier, sur l'utilité de dépeupler la 1^'rance pour accroître le lot de subsistances des survivants, parut une telle énormité que Babeuf, qui cherchait sa voie, et qui n'était pas encore l'anarchiste qu'il devint plus tard, essaya d'en exploiter le scandale dans

l. Bulletin du Tribunal révoluiionnaire^ VII, ij4; — Babeuf, F/e de Carrier, p. 17.') ; — Courrier républicain du 19 frimaire an lil; — Mercure de France du 30 frimaire an JII, p. 190; — Journal des Lois des 19 et 20 frimaire an lil.

un livre à sensation qu'il intitula : Du système de dépopulation on la vie et les crimes de Carrier^ ouvrage qui, au point de vue historique, ne présente d'ailleurs qu'un médiocre intérêt. Carrier pourtant n'était pas l'inventeur de cette énormité. Pour rendre à chacun ce qui lui appartient, il convient de rappeler que, la honte d'avoir élevé le meurtre des Français à la hauteur d'un système politique, appartient à Jean-Bon-Saint-André, membre du Comité de Salut public, qui, le premier, lors de la discussion relative au Tribunal révolutionnaire, déclara que, selon lui, pour établir solidement la République, il fallait réduire la population de plus de moitié ^

Carrier n'en demandait pas tant.

(Cependant les hébertistes, c'est-à-dire Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, Chaumette, s'agitaient et allaient partout, imputant à la Convention et aux modérés la cause de la misère publique. Il n'était pas trop téméraire de leur part de compter sur la populace parisienne, qui, depuis le commencement de la Révolution, dans les diverses étapes qui avaient marqué sa marche, du renversement de la royauté à l'établissement de la Terreur, ou, si l'on préfère, du 10 août au 31 mai, n'avait jamais refusé son puissant concours au plus violent et au pire des deux partis en présence, kn milieu de ventôse, les hébertistes, dont le point de ralliement était le Club des Cordeliers, se crurent assez forts pour lever leur étendard et démasquer leurs batteries. A la séance du 14 de ce mois. Carrier

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