‹ J.-B. CarrierChapitre 127 sur 207 · Mémoires de LarevelUère-Lépeaiix\ I, 1,jO · texte numérisé non relu

Mémoires de LarevelUère-Lépeaiix\ I, 1,jO

CAUP.lKll DEVANT KOnESPIEURr-: 277

tonna contre la faction des indulj^cnts : « Gitoycîns, dit-il, depuis longtemps je suis absent du tlu^atre de la Uévolution ; je soupçonne, il est vrai, lout ce que vous avez dit dans votre Société depuis (|uel([ue temps, mais je n'ai rien de certain contrôles individus qui voudraient établir un système de modération.... On voudrait, je le sens, faire rétrograder la Révolution.... Les monstres! Us voudraient briser les échafauds; mais, citoyens, ne l'oublions jamais, ceux-là ne veulent pas de guillotine qui sentent qu'ils sont dignes de la guillotine. » Carrier aurait môme ajouté que le seul moyen efficace était l'insurrection, la sainte insurrection. Hébert était monté ensuite à la tribune et avait désigné les ennemis qu'il s'agissait de combattre ; les uns étaient modérés, tels que Danton et Camille Desmoulins, et les autres voleurs, tels que Fabre d'Eglantine et Chabot ; mais ces derniers, ajoutait-il, n'étaient pas les plus à craindre. 11 fit allusion à Robespierre , qu'il traita simplement d'égaré; il se plaignit de tous les ministres, sauf de Rouchotte, et s'écria en terminant : « L'insurrection, oui, l'insurrection, et les Cordeliers ne seront pas les derniers à donner le signal qui doit frapper à mort les oppresseurs ^ »

Le Père Duchesrie avait trop compté sur sa popularité et n'avait pas suffisamment travaillé les faubourgs. Le peuple, las de tant d'insurrections auxquelles on le poussait sans profit pour lui, ne bougea pas. Dans les jours qui suivirent, les

1. Moniteur du 17 ventôse {Réimpressio?i,XVX, 630). — Bûchez, Histoire parlementaire de la Révolution, XXXI, 324 et suiv. Voir aussi Dugast-Matifeux, Bibliog raptiie révolutionnaire^ n° 104, p. 81.

Gordeliers firent leur possible pour désavouer leur appel à rinsurrection, et se réconcilièrent même avec les Jacobins. Mais Robespierre les tenait, et résolut d'en finir de suite avec eux, quitte à attendre un peu, avant de se retourner contre la faction des indulgents, qui, elle aussi, lui portait ombrage et qu'il se proposait d'abattre à la première occasion.

Dénoncés à la Convention par Saint-Just comme complices d'une prétendue conspiration en faveur de l'étranger, puis jugés par le Tribunal révolutionnaire, Hébert, Vincent, Momoro Ronsin, Anacharsis Glootz et plusieurs autres, portèrent leurs tètes sur l'écbafaud, le 4 germinal (24 mars 1794). Il avait servi de peu à Hébert que (Carrier l'eût défendu aux Jacobins, le 1(3 ventôse. Vainement il avait affirmé que le mot insurrection n'avait pas été prononcé à la séance des Gordeliers de l'avantveille, et de plus « offert sa tête s'il était prouvé qu'on y eût fait une motion contre la Gonvention* ».

Toutes les Sociétés populaires de provinces étaient affiliées au Glub des Jacobins de Paris et en correspondance avec lui. Il en résultait que le moindre sans-culotte d'une petite ville, s'il lui venait à l'idée quelque mesure vexatoire pour les suspects de modérantisme, pouvait espérer de la voir mettre à l'ordre du jour du Glub central, et, si elle avait été favorablement accueillie, se transformer en loi. Une Société affiliée ayant écrit pour demander que les personnes, détenues comme

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