CARRIER LEGISLATEUR
spirilualislos. Après avoir donné locUire de son adresse, il avait |)rononcé dos paroles éloquentes en faveur de l'immortalité de l'âme. Kobespierre lui donna, par quelques paroles élo^ieuses, un témoignage public de son amitié et de sa conliance. Jullien, six mois auparavant, avait été Tun des plus chauds adej)les du culte de la Raison; mais, en lloréal, la Raison avait tort, elle avait cessé de plaii'e. Carrier assistait à la séance. Loin de manifester la plus légère rancune contre Robespierre et contre Jullien, il joignit ses louanges à celles du jeune néophyte, en disant : (( Ce n'est pas d 'aujourd'hui que la Société des Jacobins, par un sublime enthousiasme, applaudit aux grands principes de morale, puisqu'elle a entendu avec une satisfaction indicible la lecture du rapport fait par Robespierre au nom du Comité de Salut public^ »
Deux jours plus tard, le 28 floréal (18 mai), Carrier et Jullien se trouvaient encore tous les deux à la séance des Jacobins. Jullien y passa au scrutin épuratoire, et il arriva qu'à cette séance Carrier fut amené à parler de sa mission à Nantes.
Voici à quelle occasion :
Les sans-culottes de la Société Vincent-la-Montagne, très infatués de leur importance et aimant à faire parler d'eux, avaient la manie de croire que la Convention n'avait pas, pour leurs vertus civiques, l'estime à laquelle ils prétendaient, et. pour un peu plus, ils auraient crié qu'on les persécutait. La vérité est que les meilleurs patriotes de
1. Séance des Jacobins du 26 floréal an II (15 mai 1794) [Journal (le la Montagne des 29 et 80 floréal an H; paroles de Carrier, p. 180).
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Nantes, ceux qui s'étaient groupés autour de Baco pour repousser l'armée vendéenne, étaient assez mal vus des membres de la Convention auprès desquels Merlin de Douai les avait desservis, parce qu'il ne leur pardonnait pas d'avoir été, au moment du siège, les témoins de sa lâcheté. Ces patriotes avaient été pour la plupart, sous prétexte de fédéralisme, emprisonnés ou envoyés à Paris par Carrier pour y être jugés. Ils n'avaient de commun, avec les membres actuels de la Société Vincent-la- Montagne, que d'avoir été remplacés par eux dans les postes administratifs auxquels les avait appelés la confiance des électeurs. Quoi qu'il en soit, les sans-culottes de Vincent-la-Montagne, qui avaient, on se le rappelle peut-être, célébré leurs mérites dans une adresse signée au moment du départ de Carrier, avaient, de nouveau, repris ce thème dans un long factum que des citoyens avaient été chargés de présenter à la Convention^. Au moment du dépôt de l'adresse Villerset Fouché, en leur qualité de représentants de la Loire-Inférieure, avaient prononcé quelques banalités gracieuses pour ses auteurs.
L'un des délégués de Nantes venu aux Jacobins pour y être fêté, annonça que la ville de Nantes offrait dix-huit cavaliers à la patrie. Carrier, présent, ne pouvait se taire. « Nantes, dit-il, était le quartier général des brigands, mais je n'ai jamais songé à inculper les patriotes. Il y avait aussi beaucoup de fédéralistes à Nantes. J'ai dû les éloigner; si
1. Gr. in-8° de 28 p. BOiliothèque publique de Nantes, n° 50. 377. — Guépin, Histoire de Nantes, p. 473-489. — Précis de la conduite patriotique des citoyens de Nantes, p. 117-140.
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j'ai poursuivi les négociants avares et les cojilrerévolutioiuiaires, c'est que je n'ai pu faire autrement, et j'espère bien que les Nantais (les 132) qui ont été envoyés à Paris, ne tarderont pas à être jugés de même que liaco, qui pourrait bien monter sur l'écliataud • . » Legendre se plaignit alors qu'on l'eût réiustallé dans ses fonctions de maire, ce qui était absolument faux, puis([u'il se trouvait en prison à Paris -. Le langage était moins grossier que celui qu'il tenait à Nantes; mais la mort des modérés continuait d'être l'objet de sa principale préoccupation. En parlant si légèrement de la condamnation prochaine des Cent trente-deux Nantais, il ne se doutait pas que leur comparution au Tribunal révolutionnaire serait le point de départ du mouvement d'opinion qni l'entraînerait lui-môme là où il voulait les conduire.
Le l*"'' prairial (20 mai 179i), la Convention lui donna une preuve de son estime et de sa confiance en l'appelant aux fonctions de secrétaire. Le même honneur fut conféré à Francastel, et c'était de toute justice, car Francastel avait été, par ses cruautés à Angers, l'émule de Carrier à Nantes 3.
La justice révolutionnaire était une parodie sinistre de la justice. Ce qui était le plus choquant ce n'était pas la rigueur de peines sans aucun rapport avec l'importance des délits, ni même la partialité des juges, c'était l'absence complète des garanties qui, devant les tribunaux des peuples
i. Journal de la Montagne, prairial an II, p. 189; Jacobins du 28 tloréal.
2. M. Ghassin mentionne aussi à tort Baco comme ayant été mis en liberté {La Vendée patriote, II, 471).