‹ J.-B. CarrierChapitre 143 sur 207 · CAKRIKR A L ORDRE DU JOUR · texte numérisé non relu

CAKRIKR A L ORDRE DU JOUR

iribiinc la nécessité d'exterminer les enfants de la Vendée, aussi dangereux que les homnn's. 11 termina en disant qu'il faisait imprimer un mémoire qui détruirait toutes ces imputations calomnieuses ^

Merlin de Thionville intervint, et, sans accuser Carrier, il confirma le fait de communes entières massacrées après leur soumission.

Lofficial reprit la parole pour dénoncer Turreau et Huche, et rappela le mauvais accueil que les membres du Comité de Salut public avaient fait, dans le temps, à ses dénonciations contre ces généraux.

D'après Laignelot, qui parla ensuite, Carnot aurait été opposé à ces excès, et le Comité de Salut public aurait suivi surtout le sentiment de Hentz et de Francastel, qui ne voyaient d'autres moyens que l'incendie et la dévastation pour terminer sûrement la guerre de la Vendée. Carnot se garda bien de contredire Laignelot. Il se borna à rappeler que Robespierre avait été, au Comité de Salut public, le défenseur et le protecteur de Huche. Le résultat de cette discussion fut l'ordre d'arrêter Huche et Turreau. Carrier avait fait remarquer, avec raison, que les faits reprochés à ces généraux étaient postérieurs à sa mission en Vendée.

Bien que chacune de ces révélations fût autant de coups droits qui l'atteignaient en pleine poitrine. Carrier, en apercevant assis autour de lui tant de collègues dont les missions étaient reprochables, pouvait parfaitement espérer réussir, sinon à se justifier, tout au moins à sauver sa tête. Il comp-

1. Réimpression du Moniteur, XXll, 113 et 114. Voir aussi Jourjial de la Montagne du 10 vendémiaire an 111, p. 1258 et suiv.

tait sans Topinion, que la presse excitait sans cesse contre lui, et que finit par soulever tout à fait le procès des membres du Comité révolutionnaire de Nantes.

Les accusations si nettes et si graves, portées contre ces complices de sa tyrannie, par les Nantais acquittés le 28 fructidor, ne permettaient pas de surseoir au jugement. Le 25 vendémiaire an II (17 octobre 1794), Goullin, Chaux, Grandmaison, Bachelier, Perrochaud, Maingiiet, Lévêque, Louis Naux, Bollogniel, membres du Comité, Gallon, Durassier, Joly, Pinart, commissaires de ce même Comité, étaient appelés à comparaître devant le Tribunal révolutionnaire présidé par Dobsent.

La façon dont la procédure fut entamée témoignait des mauvaises dispositions des maîtres du jour à leur égard. L'acte d'accusation, qui fut affiché à Paris, était rédigé dans un style violent et emphatique ^ Le public, mis en éveil par le procès des quatre-vingt-quatorze Nantais, attendait avec impatience les débats de celui-ci. Tous les journaux avaient chargé des rédacteurs de recueillir les dépositions. De là les différences que l'on rencontre dans les comptes rendus, dont les uns écourtent certaines dépositions que d'autres donnent avec de plus longs développements. Celui du Bulletin du Tribunal révolutionnaire est le plus communément cité; mais les autres peuvent être utilement consultés, notamment celui du Journal

1. M. Wallon le donne en partie {Tribunal révolulionnai)e de Paris, V, 364); M. Gampardon (11, 32) (le Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, n° oo), et presque tous les journaux du temps, le donnent en entier.

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des /.o/.s'(le Gciletti, on les noms j)ropros sont orthogra j)liiés avec plus d'exactitude et les faits ra|)portés avec plus de précision que partout ailleurs. Les l'apportsde Villenave avec ce journal donnent lieu de penser qu'il a dû corriger quelquefois les épreuves de ces comptes rendus, si même il n'a pas contribué à IcHir rédaction.

Je crois inutile de reproduire ici l'analyse suivie de ces débats. Ce travail a déjà été fait par Bûchez, par MM. Compardon, par M. Wallon, et, tout récemment, par M. le comte Fleury dans son excellent livre Carrier à Nantes. Ces débats d'ailleurs sont quelquefois confus; aucune instruction judiciaire ne les avait précédés, elles témoins (au nombre de près de trois cents), comparaissaient au hasard, les uns après les autres, chacun disant ce qu'il se rappelait sur les événements qu'il avait vus, sur les propos qu'il avait entendus. Sauf quelques témoins appelés d'office plus tard, pour élucider certains points obscurs, la plupart de ceux qui avaient été convoqués étaient des habitants qui s'étaient offerts eux-mêmes en quelque sorte, en venant consigner leurs griefs contre le Comité révolutionnaire dans les registres ouverts à cet etîet, à la Municipalité de Nantes, par Bô et Bour botte.

Pour les méfaits du Comité, on peut dire que les sources abondent dans les diverses archives, et les débats de leur procès n'y ajoutent qu'assez peu de chose. Il en est autrement des excès de Carrier. Sa qualité de représentant du peuple l'avait préservé de toute accusation avant celles que Phelippes eut la hardiesse de produire à Paris, dans

ses mémoires datés de fructidor an II, et aux audiences du procès des Nantais. Parmi les innombrables pièces contemporaines de la mission de Carrier, que j'ai compulsées aux archives de Nantes, il ne s'en trouve pas une seule, contemporaine du fait, qui soit de nature à l'incriminer sérieusement pour ses noyades et ses fusillades. Les plus hardis osaient bien s'en prendre à ses agents, à ses complices, mais à lui, jamais. La principale source de renseignements sur les excès de Carrier est donc le compte rendu de son procès, et, je dirais l'unique, si, à ce document, ne s'en étaient joints beaucoup d'autres, rédigés après coup, qui apparurent à partir du moment où il sembla qu'on pouvait l'attaquer sans danger. On comprendra que le compte rendu du procès ne serait qu'une répétition de témoignages déjà insérés dans la trame de mon récit à la date des événements qu'ils révèlent.

Le procès du Comité révolutionnaire était à peine commencé que déjà l'opinion se prononçait pour le renvoi de Carrier devant les mêmes juges, et Carrier n'était pas le seul dont la tète fût en jeu. «Barère, disait Fréron dans F Orateur du peuple du 26 vendémiaire an III, vil saltimbanque, toi qui disais dernièrement: « Nous livrerons Carrier parce que l'opinion publique le réclame, » penses-tu qu'elle ne te réclame pas aussi? Quoi Collot, Billaud, Barère, vous enverriez Carrier à la mort! Et qu'at-il fait de plus que vous? Vos mains sont-elles moins sanglantes que les siennes ? Ne meurt-on pas sous le fer de la guillotine comme dans les eaux de la Loire? S'élève-t-il du sein de la mort moins de

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