Réimpression du Moniteur, XVIII
observé jamais [que par des vendeurs qui craignaient les dénonciations de leurs acheteurs; ceux-là donnaient leurs marchandises, comme on cède à un voleur qui demande la bourse ou la vie.
Ce décret fournit à Carrier le sujet de sa première harangue. Nouveau venu, on ne le connaissait pas encore, quand il entra, le 2 brumaire, 23 octobre, à la séance de la Commission départementale, et prononça un discours que le procèsverbal résume ainsi :
« Vous passez le temps en délibérations futiles, tandis que vous devriez agir; vous discutez et le peuple souftre. Vous énoncez des opinions et vous avez la loi qui doit vous guider et dont l'exécution n'admet pas de délais. Je ne la connais pas, cette loi. Absent depuis quatre mois de la Convention nationale, mon unique occupation a été de combattre, de poursuivre sans relâche, les fédéralistes, les contre-révolutionnaires de tous les genres, et les brigands de la Vendée ; mais le décret existe. Quoi ! des riches égoïstes, des spéculateurs avides, des vampires, qui ont sucé le sang du peuple, jouissent tranquillement de leurs rapines, des immenses provisions qu'ils ont faites, tandis que le peuple, dont le travail a fait leur fortune, manque des objets les plus nécessaires, et c'est le peuple qui a prodigué son sang pour la défense de la patrie, pour le maintien de la liberté et de l'égalité, et qui a toujours été l'appui de la Révolution, qui la soutient encore! Ceux qui ont fait passer des secours aux brigands de la Vendée, pour leur donner un roi, nagent dans les délices. Citoyens administrateurs, vous le soutirez; mais je dois