LE MAXIMUM. COUSTARD. — LA COMPAGNIE MARAT
VOUS dire que le peuple français a manifesté sa volonté suprême : ordonnez que la loi du maximum soit exécutée demain. Que la hache enfonce les magasins qu'on refusera d'ouvrir; que le peuple, la loi à la main, s'approvisionne librement, et si quelqu'un était assez hardi pour se refuser au nom de la loi..., dénoncez-h^, et sa tôte coupable tombera sous le glaive national. »
Il lui fut répondu que, la veille encore, la Commission administrative établie près l'armée avait vendu au-dessus du maximum, et pour le compte de la République, des bestiaux saisis sur les brigands.
• Un peu décontenancé par cette réponse, Carrier, qui n'admettait pas que la disette des blés fût le résultat des incendies allumés sur tous les points du territoire insurgé, et des dilapidations de toutes sortes des chefs militaires, attaqua alors très vivement les commissaires civils, dont les mesures inopportunes avaient laissé perdre des quantités considérables de grains. L'un d'eux, nommé Pelé, lui tint tête très courageusement, et, en définitive, il fut décidé qu'on enverrait les commissaires civils sur la rive gauche de la Loire. La Commission départementale prit ensuite quelques mesures d'une exécution plus ou moins impossible i, et Carrier se retira sans doute très fierde sa harangue. Si la populace affamée ne gagna rien à ces mesures, elle eut du moins la satisfaction d'espérer que les riches seraient pillés et ne tarderaient pas à être ruinés.
Registre de la Commission départementale 1°* 98 et suiv.
Le représentant Ruelle, qui se trouvait encore à Nantes ^, essaya inutilement de calmer sa fureur. Giraud, directeur de la poste, rapporte que, six jours après l'arrivée de Carrier, il le vit entrer chez Ruelle, oii il se trouvait et « qu'il l'entendit proférer les imprécations les plus dégoûtantes contre les habitants de Nantes, et principalement contre les marchands et les négociants. Carrier déclara en jurant que, si les marchands et négociants ne lui étaient pas dénoncés sous peu de jours, il les ferait tous incarcérer, et ensuite décimer pour être guillotinés ou fusillés. Le citoyen Ruelle lui ayant observé que ce qu'il avançait était injuste et barbare. Carrier le traita de bougre de révolutionnaire a l'eau douce, en continuant ses effraycintes menaces ^ ».
Giraud dit, à ce propos, que Ruelle habitait la maison La Villestreux, place de la Petite-Hollande, dite alors de l'Eperon. Carrier et Francastel l'habitaient également. C'était l'une des plus belles de la ville, et des appartements avaient été réquisitionnés pour loger les représentants en mission.
Ce qui était plus grave que des imprécations, ce fut l'approbation donnée par Carrier à la formation de la Compagnie Marat, instituée sur la demande du Comité révolutionnaire, comme je l'ai déjà dit, et composée de membres choisis par Goullin. Francastel signa avec Carrier, le 7 brumaire,
1. M, Levot mentionne une dénonciation, datée du 5 brumaire, envoyée à Brest et signée de Carrier et de Ruelle {Histoire de Brest peuf/anf la Terreur, p. 112).