Reçu des actes du Comité de Salut public^ IX
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devait délivrer lu vilh^ des autres coupables.
Carrier, de son cot(', sans doute par l'elTet d'une enlente avec le Comité tle Salut public, s'est toujours abstenu, dans ses ordies écrits relatifs aux noyades, de préciser les choses. C'est par des membres du Comité révolutionnaire qu'il a fait signer, le 10 frimaire, la réquisition au charpentier Aflilé, et il n'y est parlé que d'une mission qui lui a été conliée^. « Le lendemain de la journée du 15, rapporte Bachelier, le rc^présentant donna un rendez-vous à Colas, lieutenant du port, qu'il chargea d'y faire trouver Affilé, charpentier de navires, et ce rendez-vous était au Comité révolutionnaire. Ne croyez pas, ajoute Bachelier, toujours empressé à proclamer son innocence, que Carrier nous communiqua ses intentions... La séance du 15, au matin', la non-exécution de la fusillade lui avaient singulièrement déplu. Il craint même de nous confier son secret. Il passe avec Colas et Affilé dans une chambre séparée du bureau du Comité, ne nous dit rien de ce qu'il veut faire, et ordonne àGoullinde rédiger les réquisitoires. Carrier reste jusqu'à ce que les ordres soient signés -^ »
Carrier n'a jamais signé lui-même que les pouvoirs de Lamberty l'autorisant à passer, jour et
1. Ces diverses pièces ont été maintes fois reproduites dans les histoires de la Révolution à Nantes. On les trouvera notamment dans les Noyades de Nantes, 2" édit., p. 19 et suiv.
2. Probablement une allusion à la séance du Directoire de Département.
3. Mémoire pour les acquittés, p. 19. Sauf en ce qui concerne la prétendue ignorance des membres du Comité révolutionnaire, cette déclaration peut être sincère.
nuit, partout où il lui plairait, avec les citoyens qui raccompagneraient, et interdisant de mettre la moindre entrave à l'expédition dont il était chargé. Quoique le mot expédition soit au singulier, d'après la copie certifiée du greffier, c'est en vertu de cet ordre, qu'il ne se donna même pas la peine de renouveler, que se firent toutes les noyades K
La grande mesure contre les prisonniers du BoulTay, annoncée dans la lettre du 16 frimaire, rencontra une opposition à laquelle Carrier ne s'attendait pas. Phelippes et Goudet, le premier président, et l'autre accusateur public du Tribunal révolutionnaire, s'établirent, dans la nuit suivante, au greffe de la prison du Bouffay, et, quand les membres de la Compagnie Marat se présentèrent pour se faire livrer les cent cinquante-cinq détenus portés sur une liste, ils appuyèrent la résistance du geôlier, et firent valoir l'illégalité des ordres dont ces individus se prévalaient'-. L'attitude de ces deux magistrats, en présence d'ordres qu'ils savaient approuvés de Carrier, doit être relevée à leur honneur, quoiqu'elle soit loin de racheter la pusillanimité qu'ils montrèrent au Tri- [junal révolutionnaire.
L'intervention de Phelippes et de Goudet n'avait eu pour effet que de retarder la mesure, comme nous le verrons tout à l'heure. Carrier se rappela alors qu'il avait sous la main cinquante-trois prêtres
1, Pièces remises à la Commission des Vingt et Un, p. 6.
2. Déclaration de J. Barbier, avoué à Blain, détenu au Bouffay^ du 21 messidor an II. n° 128 bis (Arch. municip.). — Phelippes, Not/ades^ Fusillades, Paris, Ballard, in-8°, p. 18. — Déposition, de Jeanne Lavigne, Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VI, 302.
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qui venaient d'arriver d'Angers, et quand Richard, membre de la Compagnie Marat, lui apprit (ju'ils «Paient à l'Entrepôt, il lui répondit: « Pas tant de mystère; il faut 1... tous ces b... à l'eau' » ; et son ordre, purement verbal, fut ex('cutcdans lanuitdu 19 au 20 frimaire (9-10 décembre 1793). C'est que, malgré l'état d'anarchie dans lequel étaient tombées toutes les administrations, il y avait, entre l'Entrepôt et les autres prisons, une certaine dilférence. Aux Saintes-Glaires, au Bouiïay, au Bon-Pasteur, il y avait des gardiens et des livres d'écrou, et la force de la tradition faisait que ces gardiens exigeaient une décharge de ceux qui se présentaient pour extraire des prisonniers. Il en était autrement à l'Entrepôt, où les prisonniers entraient comme ils ensortaient, sur Tordre d'une autorité quelconque. Il n'y avait pas de livres d'écrou, par la raison très simple que, pour les tenir, il aurait fallu une troupe innombrable de greffiers ou de gardiens.
L'édifice, auquel on donnait ce nom, était composé de quatre façades de magasins à plusieurs étages qui encadraient une vaste cour formant un carré long, et il était assez vaste, au dire de David- Vaugeois, l'accusateur public de la Commission militaire, pour abriter dix mille personnes-.
Dans un moment oii presque tous les couvents, et les autres bâtiments transformés en prisons, regorgeaient de détenus, l'Entrepôt offrait, pour loger les malheureuxqu'amenaientcontinuellement les troupes républicaines, des ressources dont on
1. Déposition de Richard et de Trappe [Bulletin, du Tribunal révolutionnaire^ VI, 315, et VU, 29).