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Recueil des actes du Comité de Salut public, IX

LES TALENTS ADMINISTH ATIFS DR CARRIER 135

sant observer que ses ordres étaient conformes à l'esprit et à la lettre des décrets delà Convention. Sa justification eut été plus complète encore s'il avait ajouté que ses collègues Turreau, Prieur, et autres, faisaient exécuter tous les jours, sous leurs yeux, les mesures qu'il avait eu l'imprudence d'ordonner par écrit dans les termes suivants :

« J'apprends à l'instant, mon brave général, que des commissaires du département de la Vendée veulent partager, avec ceux du département de la Loire-Inférieure, les subsistances, ou fourrages, qui se trouveront dans Bouin ou dans Noirmoutier. 11 est bien étonnant que la Vendée ose réclamer des subsistances, après avoir déchiré la patrie par la guerre la plus sanglante, la plus cruelle. Il entre dans mes projets, et ce sont les ordres de la Convention nationale, d'enlever toutes les subsistances, les denrées, les fourrages, tout, en un mot, de ce maudit pays ; de livrer aux flammes tous les bâtiments, d'en exterminer tous les habitants, car je vais incessamment t'en faire passer l'ordre. Et ils voudraient encore affamer les patriotes, après les avoir fait mourir par milliers! Oppose-toi, de toutes tes forces, à ce que la Vendée prenne, ou garde, un seul grain. Fais-les délivrer aux commissaires séant à Nantes. Je t'en donne l'ordre le plus précis, le plus impératif; tu m'en garantis, dès ce moment, l'exécution. En un mot, ne laisse rien dans ce pays de proscription. Que les subsistances, denrées, fourrages, tout, absolument tout, se transporte à Nantes^. » Plus

1, Pièces remises à la Commission des Vingt et Un, p. 66 ; — Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VII, 39 et 45.

tard, il ordonnera de nouveau à Haxo d'incendier toutes les maisons des rebelles et d'en massacrer tous les habitants.

L'armée s'avançait vers Noirmoutier, et ce poste allait bientôt être reconquis. Divers avantages, remportés par Dutruy et Haxo, furent annoncés à la Convention par Carrier en ces termes pompeux : « Je n'ai que des triomphes à vous annoncer sur la rive gauche de la Loire ^ » Le moment, semblet-il, était venu de se rappeler la phrase de la lettre de Hérault-Séchelles : « Nous pourrons être humains quand nous serons vainqueurs. » Cette phrase qui, au moment où elle fut écrite, pouvait être regardée comme un aveu cynique d'inhumanité, Carrier et ses collègues la mirent en oubli, car les massacres les plus cruels ont été ceux qui suivirent les victoires.

Alors que la science des financiers de la Convention se bornait à la pratique de la confiscation et à l'abus de la planche aux assignats, c'eût été beaucoup demander à Carrier de proportionner à des recettes prévues les dépenses qu'il lui plaisait d'ordonner. Fouché, durant sa mission dans la Loire-Inférieure, en avril 1793, avait proclamé le principe de la levée de taxes arbitraires « sur les riches égoïstes », mais il avait pu s'apercevoir qu'il était plus facile d'ordonner la levée de ces taxes que d'en faire la répartition et, surtout, de les faire rentrer. Son arrêté n'avait guère eu d'autre effet que la confiscation d'objets mobiliers pour l'ha-

1. Lettre du 25 frimaire an II, Journal de la Montagne^ numéro du 30 frimaire an H.

billcMiioiiL {){ lo campeniciil des troupes'. Carrier exagéra, naturel lenieiit, cette pratique des taxes sur les riches, qui devaient, selon lui, solder les crédits qu'il ouvrait sans compter. Ainsi, par exeaiple, il avait décidé que les gardes nationaux recevraient trois francs par jour, au lieu de trcmte sous, et il avait mis à la charge de la Municipalité une somme de cent quatre vingt-cinq mille livres, recouvrable au moyen des taxes qu'il l'autorisait à lever, ot qui ne le furent jamais 2. De cette façon les avances du payeur de Lamarre, qui avait le tort impardonnable d'être le beau-frère du fédéraliste Chapelier, s'élevaient, au milieu de frimaire, à plus de cinq cent mille livres. Carrier trouva l'occasion bonne de répondre à sa réclamation en le destituant, le 21 frimaire (11 décembre), et en le confinant prisonnier, à son domicile, sous la garde de deux invalides. Cette réclusion se prolongea durant plusieurs semaines; mais de Lamarre conserva sa tête, et il dut s'estimer heureux, quand, plus tard, il vit qu'à Paris on liquidait au profit de l'Etat, sur la place de la Révolution, les créances des fermiers généraux ^.

Disons en passant que les taxes révolutionnaires, qu'il ne faut pas confondre avec les extorsions opérées sur les habitants, par le Comité

1. Rapport de Foucké sur sa mission dans la Mayenne et la Loire-Inférieure. V. le comte de Martel, Etude sur Fauché, Paris, Lachaud, 1873, t. I, p. 75.

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