‹ J.-B. CarrierChapitre 64 sur 207 · Eod., XIX · texte numérisé non relu

Eod., XIX

5. Lettres d'Orienx Pièces remises à la Commission des Vinqt et Uïif ry. 15; Plaidoyer de Tronçon-Ducoudray, Procès des Nantais (Courrier répiildicain, numéro du 18 septembre 1794, 2"' sans-culottide, p. 141).

devant Granville, (]ui coiilribuèrciit en ellel à la levée (lu siège de cette ville', il est invraisemblable qu'elles aient été armées par Carrier. Le siè^e de Granville est du milieu de novembre 1793, et, lorsqu'il était en Bretagne, six semaines avant cette époque, personne au monde ne pouvait prévoir que l'armée vendéenne se porterait vers la Normandie. Aucune des lettres qu'il écrivit pendant ses voyages, de Cholet, d'Angers, de Nantes, durant son séjour, ne contient la moindre allusion à ces chaloupes-canonnières. D'ailleurs il n'aurait pas manqué de rappeler ce service lorsqu'il se vanta d'avoir empêché la prise de Granville, « en y envoyant, en toute diligence, les munitions et les choses dont cette place manquait pour se défeadre- ;^.

L'obéissance passive que Carrier rencontrait parmi les gens de son entourage accroissait chaque jour en lui Finfatuation de sa toute-puissance, et le portait à en faire un usage aussi déraisonnable qu'immodéré.

La Société de Vincent-la-Montagne qui, plus tard , tentera de le nier, emboitait le pas servilement derrière le représentant. Un jour, cependant, il arriva qu'un militaire vint à la tribune formuler, contre lui, une plainte qui n'est pas spéciiiée au procès-verbal , et qui fut accueillie avec une certaine faveur. Le lendemain, 25 frimaire, Carrier, furieux, arrive à la séance, demande le nom de l'ora-

1. Beauchamp, Histoire de la guerre de la Vendée, A" édit., II, 170.

2. Séance de la Convention du 8 vendémiaire an III, 29 septembre 1794 {Réimpression du Moniteur^ XXII, 114).

teur qui a cherché à avilir, en sa personne, la représentation nationale, et annonce que le président et les secrétaires lui en répondront, etquïls seront sur-le-champ arrêtés et la Société dissoute. Vainement un patriote nommé Thomas essaye de lui répondre, il déclare la Société dissoute, et ordonne de faire porter chez lui les registres elles clefs du locale

11 avait parlé et gesticulé comme un énergamène. Un contemporain, présent à la séance, décrit ainsi son attitude. « Un soir, Carrier alla à la Société populaire qui tenait alors ses séances dans l'église Sainte-Croix. Il monta dans la chaire qui servait de tribune. Il vociféra contre la ville de Nantes, qu'il menaça de la vengeance nationale. Il tonna contre les négociants, les accapareurs, les modérés, les égoïstes. Il tira ensuite son sabre avec lequel il coupait, par la moitié, les chandelles qui étaient devant lui, en disant qu'il ferait rroider de même, sur l'échafaud, les têtes de ces riches égoïstes, de ces négociants, de ces gros coquins. Il était comme un fou, comme un enragé. Si ce fait n'était pas connu de milliers de témoins, je n'oserais en parler, tant il semble incroyable. C'était cependant un pareil être qui était revêtu de la toute-puissance à Nantes, et qui était investi de la dignité de représentant d'une grande nation. Au reste, avant Carrier, Fouché avait prêché une pareille morale. Toute l'assemblée fut frappée de stupeur; personne n'osait rien dire. On croyait à chaque instant voir

1. Procès-verbal de la séance. Pièces remises à la Commission des Vingt et Un, 41, 44 et 45. Dugast-Matifeux, Précis de la conduite patriotique..., p. 18.

1(> iiionslre se \viev siirh^ piihlic, et frapper (Je son sabre à tort et à travers'. » Gliaux a même dit qu'il l'avait fait : «Après avoir menacé d'abattre les têtes des citoyens pivsents à la séance du 25 frimaire, Carrier (iiiit par dissoudre le club, chasser à coups de sabre les membres devant lui, et emporter les clefs '^. » C'est probablement ce jour-là (|u'il dit que « les Nantais étaient des scélérats, et qu'il fallait jouer à la boule avec leurs têtes ■^)).

Malgré la violence de ces menaces — car cette fois encore le calme avait succédé à l'explosion de sa colère, — Carrier ne fit arrêter ni le président ni les secrétaires. 11 ne tarda même pas à comprendre qu'en fermant le club des sans-culottes il était allé un peu loin, la majesté populaire valant peutêtre bien sa propre majesté. Le 29 frimaire (19 décembre). Cil. Forget, qui exerçait alors les fonctions de président, reçut un arrêté contenant ces deux seules lignes : « Le président de Vincent-la-Montagne ouvrira aujourd'hui la séance à l'heure ordinaire. » Date et signature^.

Ces exploits administratifs n'étaient que jeux de princes enivrés de despotisme. Nous allons revoir, dans son rôle de bourreau, l'agent du Comité de Salut public.

1. Mémoires manuscrits du grelTier Blanchard {Pièces remises à la Commissio)) des Vingt et Un, p. 44 et 45).

2. Bullelin du Tribunal révolutionnaire, VI, 290. Dépositions de Chaux et Delasalle.

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