‹ J.-B. CarrierChapitre 90 sur 207 · Une ynission en Vendée, p · texte numérisé non relu

Une ynission en Vendée, p

CARIUER, TRKHOUART, LERATTEUX 195

vices SOUS la ferme direcLiou de Jean-Bon-Saint- André.

Ti'éhoiiaii, eiivoyi' à Hresl, comme Jiilliea eu avait douué l'avis, s'y rendit; mais il crut prudent d'explic^uer sa conduite. M. Wallon a reproduit eu partie le mémoire justilicatif qu'il avait fait parvenir, dans les jours qui suivirent, au Comité de Salut public'. Le succès de Carrier, au contraire, était complet : il était maintenu dans ses pouvoirs, et son prot«'gé, nar^-uaiit la justice, conservait sa liberté. L'ami de Lebatteux avait pu impunément abuser de son pouvoir, et commettre le crime, si souvent alors puni de mort, d'outrage à la dignité de la représentation nationale. Cette indulgence du Comité de Salut public envers Carrier, et son maintien dans sa mission, contrairement à l'avis de Jullien, sont des faits très dignes d'attention, et qu'il importe de noter. On ne peut les expliquer que par la présence au Comité d'amis puissants de Carrier, qui approuvaient systématiquement sa conduite, quelle qu'elle pût être, ou par cette considération politique que son o'uvre de destruction des débris de l'armée vendéenne, œuvre à laquelle sa brutalité et sa cruauté semblaient l'avoir destiné, serait entravée ou retardée par son rappel de Nantes. Que l'on adopte l'une ou l'autre cause de son maintien à Nantes, après une pareille affaire, et en un pareil moment, il en ressort clairement que Carrier avait, au Comité de Salut public, une ma-

1. Wallon, les Représenfanfs en mission dans VOiiesf, 1, 425 et Il 26. Recueil des acles du Coinilé de Salul puùlic, IX, 617.

jorité d'approbateurs ou de complices pour ses abominables mesures.

Si, dans l'intérêt de sa politique, le Comité de Salut public voulut oublier l'incident Trébouart, il n'en fut pas ainsi de tout le monde. Jullien avait sur le cœur le peu de cas que l'on avait fait de ses conseils, et il est probable que cet échec à son amour-propre ne fut point étranger à l'ardeur avec laquelle il travailla, le mois suivant, et cette fois avec succès, à obtenir la cessation de la mission de Carrier. Les collègues de ce représentant n'oublieront pas non plus l'incident Tréhouart, et, quand ils voudront faire de lui un contre-révolutionnaire, ils l'invoqueront comme une preuve sans réplique. Dans la balance de leur justice intéressée, son impertinence pèsera plus que ses noyades.

Très insouciant de l'administration courante, même quand elle touchait à la politique. Carrier ne parait pas s'être occupé de l'application, à Nantes et dans le département, de la loi du 14 frimaire an II, sur le gouvernement révolutionnaire /jrot'e- 6'o/re^, parvenue officiellementà Nantes le2nivôse~, et non le 16, comme l'ont prétendu les membres du Comité révolutionnaire qui avaient tardé à l'exécuter. Cette loi, faite en vue de déjouer le projet de la Commune de Paris de réunir tous les Comités révolutionnaires de Paris en une Assemblée assez puissante pour tenir tête à la Convention, était une loi de centralisation qui investissait le Comité de Salut public d'une puissance dictato-

Page 1