Journal de la Monlague, n" 53, du 16 nivôse an II
2. L'éditeur de Benaben croit qu'on devrait lire Mauves, commune située sur la rive droite de la Loire, à quatre lieues de Nantes.
gands, je rencontrai différents détachements de volontaires qui conduisaien,t des prisonniers à la mort en chantant: Le jour de gloire est arrivé! Je ne sais si les brigands étaient de Tavis des soldats. A peine avais-je quitté Carpentier, pour me rendre à Savenay^ que cinq à six cents brigands mirent bas les armes, on criant, comme à l'ordinaire : Vive la Nation! Vive la République! Un général leur joua un bon tour. Il les fit envelopper par deux bataillons, et lit faire sur eux une décharge générale. Il y en eut autant à tomber de peur. Mais, comme il y en avait beaucoup qui remuaient, celui qui avait commandé le feu cria : Que ceux qui ne sont pas blessés se lèvent. Ceux qui n'étaient pas blessés, croyant qu'on voulait leur sauver la vie, s'empressèrent de se lever; mais ils retombèrent bientôt, car on avait fait sur eux une seconde décharge ; on acheva ensuite de les tuer à coups de sabre, à coups de baïonnettes et à coups de crosses de fusils'. »
Toujours avant Savenay. A la séance de la Convention du 6 nivôse (25 décembre), un messager venant de Nantes fut entendu. Il parla de cinq cents brigands qui avaient demandé grâce, et qui reçurent une prompte mort. En passant à Ancenis, à Angers et à Saumur, il avait rencontré des troupes de prisonniers qu'on conduisait à Nantes « pour y subir la peine due à leurs crimes^ ».
1. Correspondance inédite de Benaben {Revue de la liévolution, 1885, t. VI, 2% p. 107).
2. Première page du numéro AViMonifeur du 8 nivôse an II. — Voir aussi Mémoires inédits d'un ancien adminisi râleur des armées républicaines, Paris, Baudouin, 1823, p. 120.
Quelques chefs seulement de l'armée royaliste, dont Henri de la Rochejaquelin, avaient pu, suivis d'un petit nombre d'hommes, repasser la Loire à Ancenis. Le gros de l'armée s'était dirigé vers Savenay, et c'est dans cette ville que, le 3 nivôse (23 décembre), les survivants de la grande armée se trouvèrent réunis une dernière fois pour faire tête à l'ennemi et tenter le suprême effort. Les soldats de la foi succombèrent en héros. « Rien n'est comparable à l'opiniâtreté qu'ils montrèrent, — porte une adresse de l'armée de l'Ouest à la Convention, — la certitude qu'ils avaient, que nous ne ferions aucune grâce aux ennemis de la République, leur avait donné cette bravoure que Ton ne . voit presque jamais que dans le désespoir. » « Je les ai bien vus, bien examinés, écrivait de son côté le général Beaupuy (j'ai reconnu môme de mes figures de Cholet et de Laval); à leur contenance, à leur mine, je t'assure qu'il ne leur manquait du soldat que l'habit... Il me semble à présent qu'avec nos autres ennemis nous ne ferons que pelotera »
Ce n'est pas, dans cette rencontre, l'héroïsme des vaincus, c'est leur écrasement qui a ému Westermann : « Nous fîmes, rapporte-t-il, une boucherie horrible; les dernières six pièces de canon, quelques caissons, équipages, tout tomba en notre pouvoir. Marceau et les autres généraux, avec les représentants du peuple, Prieur et Turreau, suivirent l'armée sur la droite; très peu leur échappèrent. Partout on ne voyait que des monceaux do morts... Les brigands qui échap-