Réimpression du Monileui', 9 nivôse an II, XIX, C
LES GRANDES EXÉCUTIONS l53
pèrent, cette journée, à la mort, furent traqués, tués, ou ramenés par les habitants des environs. Dans la banlieue de Savenay seule, plus de six mille ont été enterrés '. »
Les 3, 5 et 6 nivôse, la Commission Bignon, attachée à la suite de l'armée, tint dans cette petite ville ses premières grandes assises de la Loire-Inférieure, et envoya à la mort, en ces trois séances, six cent soixante et un prisonniers, dont on a les noms ^. Il est permis de croire cependant que la Commission n'a point mentionné toutes ses victimes : <( J'avais écrit, lit-on dans une lettre de Benaben, de Nantes, le G nivôse, qu'on avait fusillé, à Savenay, plus de douze cents brigands; mais, par des renseignements que j'ai appris depuis, et que je ne puis révoquer en doute, il paraît qu'on en a fusillé plus de deux mille '^ »
Ainsi travaillaient à Savenay, où n'était pas Carrier, des représentants qui n'ont jamais perdu les bonnes grâces du Comité de Salut public et de la Convention.
Sur d'autres points, pareils massacres. On écrivait d'Angers, au Comité de Salut public, le 5 nivôse (25 décembre 1793) : « I*lus de brigands en deçà de la Loire. Tout se prépare pour que tous ceux de la Vendée subissent enfin le sort des re-
1. Campufpies de Westei-mann, p. 41. Les importants services de Westermann ne le préservèrent pas de la guillotine, où il l'ut envoyé par le Tribunal révolutionnaire de Paris, le 16 germinal an II, 5 avril 1794.
2. La Justice révolutioniidire à Manies et dans la Loire-In/erieure, par A. Lallié. Nantes, Cier, 1896, p. 257.
3. Correspondance de Benaben {Revue de lu liévolutiun, 1884, t. IV, 2° partie, p. 143).
belles, la mort. Des milliers sont ramassés dans différentes communes et expient promptement leurs forfaits ^ »
Ce n'est pas davantage par le fait de Carrier que la Commission Bignon, établie par arrêté de Bourbotte, Prieur de la Marne, siégea à l'Entrepôt, et envoya à la mort, en quinze jours, dix-neuf cent quarante-six personnes dont une centaine de femmes.
Les charges qui pèsent sur Carrier sont assez lourdes pour que l'on se borne à mettre à son compte les seuls massacres ordonnés par lui.
Disons aussi, pour l'honneur bien compromis des membres des Administrations de cette époque, que la Municipalité essaya, un jour, d'obtenir de Carrier qu'il suspendît une de ses grandes exécutions. '< Après la bataille de Savenaij, dit Champenois dans sa déposition, il vint à Nantes huit brigands qui se disaient chargés de réclamer le pardon de plusieurs communes, et notamment de six cents cavaliers qui offraient de se rendre avec armes et bagages, et de rendre au giron de la République les communes qui avaient été égarées par les chefs des rebelles, et ils offraient encore de livrer leurs chefs. La Municipalité en référa à Carrier qui répondit : « Je n'ai point d'ordres du Comité de Salut public. Je ne veux pas me faire guillotiner"-. » Au moment même où la Municipalité intercédait pour ces