‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 127 sur 172 · Numéro du r> frimaire an III, p. 2S · texte numérisé non relu

Numéro du r> frimaire an III, p. 2S

2. Histoire de la Révolution, V, 3%. Tissot, après avoir rempli.

la figure pâle et sombre, les yeux enfoncés dans leurs orbites, les joues creuses, couvert d'un vêtement qui agrandissait encore sa stature élevée. Il avait Pair d'un fantôme, lorsque, promenant autour de lui des regards farouches, il dit tout à coup : «J'ai vu en entrant des figures antihumaines qui buvaient mon sang et ma vie. Eh bien, misérables, si vous voulez mon sang et ma vie, les voilà! » Les paroles, ou plutôt les cris déchirants sortis du fond des entrailles, firent un moment frissonner tous les spectateurs. Il y avait de la mort dans ces cris. »

11 était six heures du soir, et malgré sa demande de rester, ordre lui fut intimé de sortir de la salle.

Après une courte suspension, des mesures furent prises pour que Tappel nom inal commençât aussitôt .

Au dire de tous les journaux, cette discussion avait attiré, à la Convention, une foule immense, et Carrier, durant ces trois jours, avait été écouté dans le plus profond silence. « Des malveillants, lit-on dans le Mercure de France^ s'étaient agités inutilement pour produire effervescence au profit de Carrier. On avait fait de grands efforts pour soulever les ateliers, et égarer plusieurs sections. Le Comité de Sûreté générale avait pris ses précautions, et, d'accord avec le Comité militaire, il avait augmenté de six mille hommes la force armée de Paris*.

durant la Révolution, toutes sortes de missions démagogiques, fut mêlé à la conspiration de Babeuf. Il a beaucoup écrit sur l'antiquité, il devint membre de TAcadémie française en 1833, et son fauteuil échut à M«' Dupanloup, en 1854.

1 . LAmi des citoyens, Jownal du Commerce et des Arls^ numéro du 5 frimaire an III.

L'appel nominal avait lieu selon Tordre alphabétique des départements, et, je suppose le tour de la Loire-Inférieure arrivé, on appelait à voter tous les députés de la Loire-Inférieure, et on passait au département suivant. A cet appel, chacun devait répondre par oui ou par non, mais il était impossible d'empêcher certains députés de motiver leur opinion. La séance se prolongea jusqu'à deux heures du matin. Beaucoup de députés étaient éloignés de Paris comme remplissant des missions en province ; quelques-uns étaient en congé ; il y avait des malades réellement retenus chez eux, sans parler de ceux qui se dirent malades pour se dispenser de voter; quelques-uns sont portés comme absents sans motifs. Le compte fait des suffrages exprimés, ils n'étaient qu'au nombre de cinq cents. Un membre en manifesta son étonnement : « La Convention, dit-il, est composée de 760 membres, et je ne vois que cinq cents votants. Il n'y a cependant pas 260 députés tant en mission qu'en congé ou malades ? On lui répondit que soixante-treize étaient séquestrés. Ces soixante-treize étaient les députés mis en arrestation h la suite du 31 mai et qui lirent peu après leur rentrée à la Convention. Sur ces cinq cents votants, 498 avaient répondu affirmativement à la demande de mise en accusation, et deux l'avaient fait avec cette restriction que les crimes visés dans le rapport seraient absolument démontrés.

Au milieu de la nuit, un ami de Carrier alla chez lui l'informer de la tournure du vote. « Je sors de la Convention, lui dit-il,' on a déjà appelé vingtsept départements ; ils ont tous voté unanimement le décret d'accusation, tu peux être assuré qu'il en

sera ainsi des autres. » u Quoi ! s'écria Carrier, Duhem! quoi, Billaud! quoi, Barère! m'ont abandonné; je suis perdu*. »

Assurément sa culpabilité (Hait immense; mais il serait injuste de le nier, son expiation dépassait la mesure commune. Quelle amertume de se voir seul, accusé, renié, trahi, par des collègues, dont la plupart avaient été dos complices, et qui avaient applaudi à sa noyade des prêtres d'Angers !

Hentz et Francastel avaient eu la pudeur de rester chez eux, le premier sans donner de motifs, le second alléguant une maladie. D'autres, qui auraient dû éprouver le môme sentiment, défilèrent à la tribune et prononcèrent leur oui. En voici quelques-uns : Léonard Bourdon et Billaud-Varennes qu'il suffit de nommer; Fouché et Collot d'Herbois, les mitrailleurs de Lyon; Maignet, l'in* cendiaire de Bédouin et l'organisateur de la Commission d'Orange ; Bourbotte et Prieur de la Marne, auprès desquels Carrier n'avait été qu'un fusilleur modéré, si Ton se rappelle que ces deux représentants avaient, avec Turreau, ordonné les fusillades de Noirmoutier, et créé la Commission du Mans, présidée par Bignon, et que ce tribunal, à Nantes seulement, avait prononcé près de deux mille condamnations; Javogues, dont les excès furent dénoncés par Couthon; Barère, dont la rhétorique avait eu, pendant dix-huit mois sans interruption, des fleurs pour enguirlander tous les crimes; Duhem et Fayau, ses plus fidèles amis, n'avaient même pas osé le défendre jusqu'à la fin.

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