Journal des Lois du 31 frimaire an 111, p
422 J.-fi. CARRIER
Quelques heures après la condamnation, tout Paris la connaissait, et une foule immense venait occuper le parcours du Palais de Justice à la place de Grève, où, depuis le 5 fructidor, avaient lieu les exécutions ^
Au passage des charrettes, la foule prodiguait aux condamnés toutes les expressions de Thorreur qu'ils inspiraient. Pinarl crachait sur le peuple, et donnait des coups de tête à Carrier ; Grandmaison pleurait de rage. Tous deux injuriaient Carrier, lui reprochaient de les avoir jetés dans Tabîme, le désignaient comme l'auteur de leur affreuse destinée. Carrier regardait fixement le peuple, et faisait assez bonne contenance.
Quelques minutes après quatre heures, ils étaient arrivés au pied de Téchafaud. Pinarl fut exécuté le premier, et, par suite d'un accident dont on devra prévenir le renouvellement, le couteau ne réussit pas, du premier coup, à lui trancher la tôte. Grandmaison pleurait, mais ne paraissait pas manquer de courage. Carrier a présenté d'assez bonne grâce sa main à l'exécuteur, et est monté sur le théâtre de la mort avec vivacité.
Si quelque chose pouvait étonner de ces monstres-là, on se refuserait à croire que cinq à six des acquittés avaient eu l'impudeur de laisser leurs camarades à table chez Méot, pour aller, sur la place de Grève, voir exécuter leurs complices. Le fait est néanmoins certain, et mérite d'être recueilli. Un fait non moins authentique, c'est qu'au moment où Carrier monta sur Téchafaud,