Wallon» Histoire du Tribunal révolutionnaire, V
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une clarinette joua constamment l'air du Ça ira^ jusqu'à ce que sa tête fût tombée.
Le peuple, instruit que les acquittés étaient à dîner chez le restaurateur Méot, à cinquante francs par tête, parlait de s'y porter et de les jeter par les fenêtres ^
1 . Journal des Lois et Courtier républicain. Phrases textuelles empruntées passim h ces journaux. Le Moniteur ne contient aucune mention de cette exécution.
CHAPITHE XXVII
Explosion de mécontentement de la population parisienne à la nouvelle de racquittementdes accusésde Nantes. — Protestation indignée de Lecointre à la Convention, applaudie par cette Assemblée. — Demande d'arrestation des acquittés. — Objeolion de la chose jugée. — La chose jugée devant la Convention et devant les tribunaux. ~ Henvoi du jugement d'acquittement au Comité de Législation. — L'arrestation des acquittés décrétée. — Opinion de Tronson-Ducoudray sur le jugement. — Des causes de l'acquittement. — Goullin, objet de la répulsion générale. — La manifestation de la Convention contre l'acquittement accueillie favorablement par l'opinion. — Adresse des habitants de Nantes. — Rapport du Comité de Législation concluant au renvoi des acquiltés devant le tribunal d'.\ngers. — Décret conforme. — Inertie des magistrats chargés des poursuites. — Amnistie. — Mise en liberté définitive des acquittés.
Sauf dans les bas-fonds de la saus-culotlerie, racquiltemcnt des complices de Carrier fut l'objet de la réprobation générale.
Partout où la police écoute, dans la rue, dans les prom(»nades, et dans les cafés, elle constatait, «qu'en applaudissant au jugement rendu contr<î Carrier, on paraissait mécontent de la mise en liberté des autres Nantais. I.e soir, au café de Foy, du ('.aveau et autres, les plaintes étaient générales centre les juges qui les ont acquittés. La nouvelle sVst répandue, à dix heures du soir, au café du Caveau que le Comité de Sûreté générale voulait faire arrêter les Nantais » (Rapport du 27 frimaire).
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<< Hier soir (rapport du 28), vers huit heures, au café des Canonniers, maison Egalité, Goullia, Nantais acquitté parle Tribunal révolutionnaire, a été reconnu, vu de mauvais œil, et mis à la porte par le public, qui Ta traité d'homme de sang, en disant que, s'il avait été acquitté par le Tribunal révolutionnaire, il ne Tétait pas dans l'opinion publique. Les esprits étaient fort échauffés h cette occasion, et tout le monde disait qu'il ne voulait jamais se trouver avec un pareil monstre. La surveillance est parvenue, cependant, à rappeler les esprits au respect dû aux jugements émanés des autorités constituées '. »
A la Convention où les oreilles n'étaient point fermées aux bruits de l'opinion, le mécontentement du public trouva de l'écho. Dès le 28 frimaire, Lecointre de Versailles prit la parole à ce sujet : «Le 26, <lit-il, le Tribunal révolutionnaire a rendu un jugement qui condamne à mort trois individus (Carrier n'était déjà plus qu'un individu) convaincus d'assassinats et d'actes arbitraires, et qui acquitte vingt-six autres individus, convaincus également d'actes arbitraires, et d'avoir assassiné des enfants et des femmes enceintes. Le Tribunal a cru que sa compétence se bornait à juger le fait révolutionnaire, et que, quoiqu'il fût convaincu du crime de ces hommes, dés qu'il était constant qu'ils n'avaient pas eu d'intentions contre-révolutionnaires, il ne pouvait pas leur infliger de peines. Je demande pour la vindicte publique, car je ne
i. Schuiidt, Tableau de la Révolution française à la date. — .Aulard. lu Heurt ion tUvrimUoi unne^ p 322.
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crois pas que personne veuille tolérer et défendre l'assassinat, que le Comité de Législation nous présente un projet de décret, pour que ces hommes soient renvoyés devant le Tribunal criminel de leur département, qui les jugera conformément aux lois ( Ki/.s applaudissements).
« Je ne dirai pas, pour prouver la nécessité de ma proposition, que ces hommes parcourent les maisons publiques de Paris, où ils se font gloire des assassinats qu*its ont commis, où ils insultent à la mémoire de ceux qu'ils ont immolés, aux mafheurs de ceux qu'ils ont désolés ( Vifs applaudissements). Je demande, en outre, que le Comité de Sûreté générale prenne des mesures pour que ces hommes ne sortent pas de Paris, et restent sous la main de la justice jusqu'au rapport du Comité de Législation. »
Un membre, qui n'est pas nommé, fit observer, non sans raison, que la proposition de Lecointre reposait sur une erreur de fait, et que le jugement portait non seulement que les acquittés avaient agi sans intentions contre-révolutionnaires, mais qu'ils avaient agi sans intentions criminelles, et qu'on ne pouvait traduire deux fois les mêmes personnes pour le môme fait; que, par conséquent, il voterait seulement le renvoi au Comité de Législation, pour qu'il fût chargé de vérifier la teneur du jugement. Pareil scrupule était chose nouvelle à la Convention. On n'a peut-être pas oublié le décret rendu sur la demande de Carrier, pour ordonner le renvoi, devant le Tribunal révolutionnaire de Paris, de trois habitants du Cantal, qui avaient été acquittés par le Tribunal criminel
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de ce départements 11 serait facile de relever, dans les comptes rendus des séances de la même Assemblée, d'autres exemples de ce mépris de la chose jugée. Les tribunaux ne la respectaient pas davantage, et ce représentant, qui se faisait son défenseur, manqua Toccasion, qui pourtant était excellente, de rappeler qu'il n'y avait pas trois mois, le Tribunal révolutionnaire de Paris, celui-là môme dont le personnel avait été amélioré à la suite du décret du 23 thermidor, avait envoyé à Téchafaud un notaire des Ardennes nommé Lombart, pour un fait dont le Tribunal criminel de la Meuse l'avait déclaré parfaitement innocent*.
Bréard soutint le renvoi aux deux Comités de Législation et de Sûreté générale, en disant que les acquittés avaient été convaincus de malversations. {On applaudit,) «La Convention ne doit pas laisser circuler dans la société des hommes couverts d'opprobres, coupables des plus grandes atrocités. {Les applaudissements redoublent.) Il ne faut pas que les femmes des malheureux, qui ont été précipités dans la Loire, soient insultées par leurs bourreaux. Je n'entends rien à la législation, mais je suis les mouvements de mon cœur, et je sens que, si je n'écoutais que les mouvements de mon indignation, je ferais justice, moi-même, de ces infâmes assassins. {Vifs applaudissements,)
Lecointre insista. « S'ils n'ont pas eu, dit-il, d'intentions contre-révolutionnaires, ils n'en ont pas moins commis des atrocités qui font frémir la