‹ J.-B. Carrier, représentant du Cantal à la Convention, 1756-1794, d'après de nouveaux documentsChapitre 29 sur 172 · Réimpression du Moniteur^ XVllI · texte numérisé non relu

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observé jamais [que par des vendeurs qui craignaient les dénonciations de leurs acheteurs; ceux-là donnaient leurs marchandises, comme on cède à un voleur qui demande la bourse ou la vie.

Ce décret fournit à Carrier le sujet de sa première harangue. Nouveau venu, on ne le connaissait pas encore, quand il entra, le 2 brumaire, 23 octobre, à la séance de la Commission départementale, et prononça un discours que le procèsverbal résume ainsi :

« Vous passez le temps en délibérations futiles, tandis que vous devriez agir; vous discutez et le peuple souffre. Vous énoncez des opinions et vous avez la loi qui doit vous guider et dont Texécution n'admet pas de délais. Je ne la connais pas, cette loi. Absent depuis quatre mois de la Convention nationale, mon unique occupation a été de combattre, de poursuivre sans relâche, les fédéralistes, les contre-révolutionnaires de tous les genres, et les brigands de la Vendée; mais le décret existe. Quoi ! des riches égoïstes, des spéculateurs avides, des vampires, qui ont sucé le sang du peuple, jouissent tranquillement de leurs rapines, des immenses provisions qu'ils ont faites, tandis que le peuple, dont le travail a fait leur fortune, manque des objets les plus nécessaires, et c'est le peuple qui a prodigué son sang pour la défense de la patrie, pour le maintien de la liberté et de Tégalité, et qui a toujours été Tappui de la Révolution, qui la soutient encore! Ceux qui ont fait passer des secours aux brigands de la Vendée, pour leur donner un roi, nagent dans les délices. Citoyens administrateurs, vous le souffrez; mais je dois

VOUS dire que le peuple français a manifesté sa volonté suprême : ordonnez que la loi du maximum soit exécutée demain. Que la hache enfonce les magasins qu'on refusera d^ouvrir; que le peuple, la loi à la main, s'approvisionne librement, et si quelqu'un était assez hardi pour se refuser au nom de la loi..., dénoncez-le, et sa tête coupable tombera sous le glaive national. »

II lui fut répondu que, la veille encore, la Commission administrative établie près l'armée avait vendu au-dessus du maximum, et pour le compte de la République, des bestiaux saisis sur les brigands.

Un peu décontenancé par cette réponse. Carrier, qui n'admettait pas que la disette des blés fût le résultat des incendies allumés sur tous les points du territoire insurgé, et des dilapidations de toutes sortes des chefs militaires, attaqua alors très vivement les commissaires civils, dont les mesures inopportunes avaient laissé perdre des quantités considérables de grains. L'un d'eux, nommé Pelé, lui tint tête très courageusement, et, en définitive, il fut décidé qu'on enverrait les commissaires civils sur la rive gauche de la Loire. La Commission départementale prit ensuite quelques mesures d'une exécution plus ou moins impossible ^ et Carrier se retira sans doute très fierde sa harangue. Si la populace affamée ne gagna rien à ces mesures, elle eut du moins la satisfaction d'espérer que les riches seraient pillés et ne tarderaient pas à être ruinés.

Registre de la Commission déparlementale f** 98 et suiv.

Le représentant Ruelle, qui se trouvait encore à Nantes*, essaya inutilement de calmer sa fureur. Giraud, directeur de la poste, rapporte que, six jours après l'arrivée do Carrier, il le vit entrer chez Ruelle, où il se trouvait et « qu'il Tentendit proférer les imprécations les plus dégoûtantes contre les habitants de Nantes, et principalement contre les marchands et les négociants. Carrier déclara en jurant que, si les marchands et négociants ne lui étaient pas dénoncés sous peu de jours, il les ferait tous incarcérer, et ensuite décimer pour être guillotinés ou fusillés. Le citoyen Ruelle lui ayant observé que ce qu'il avançait était injuste et barbare, Carrier le traita de bougre de révolutionnaire à Teau douce, en continuant ses effrayantes menaces 2».

Giraud dit, à ce propos, que Ruelle habitait la maison La Villestreux, place de la Petite-Hollande, dite alors de TEperon. Carrier et Francastel Thabitaient également. C'était Tune des plus belles de la ville, et des appartements avaient été réquisitionnés pour loger les représentants en mission.

Ce qui était plus grave que des imprécations, ce fut l'approbation donnée par Carrier à la formation de la Compagnie Marat, instituée sur la demande du Comité révolutionnaire, comme je l'ai déjà dit, et composée de membres choisis par Goullin. Francastel signa avec Carrier, le 7 brumaire,

1. M. Levot mentionne une dénonciation, datée du 5 brumaire, envoyée à Brest et signée de Carrier et de Ruelle {Histoire de Brest pendant ta Terreur, p. 112,.

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