Savary, Guerres des Vendéens^ II
LES ARMÉES RÉVOLDTIONNAIRES iB\
Saint- Florent et à Ingrandes; le 30 frimaire à peu près autant, et le 2 nivôse (22 décembre), il y en avait douze cents. Les promesses de Moulin furent peu après désavouées parFrancastel, et ces douze cents malheureux, qui purent se croire les victimes d'une trahison de Moulin, furent fusillés dans laprée de Sainte -Gemme, entre Angers et les Ponts-de-Cé^.
Cependant Carrier, furieux de ce que le général ne s'était pas trouvé à son poste, le 26 frimaire, lui ordonnait de venir à Nantes, quoique celui-ci l'eût informé, aussitôt qu'il Tavait pu, de la cause légitime de son absence. La distribution des saufconduits était pour beaucoup dans sa fureur, h en juger par sa lettre à la Convention du 30 frimaire, oh il «annonce qu'il a donné l'ordre d'arrêter ce général vraiment coupable^».
Les termes dans lesquels Moulin informa le général Vimeux de Tordre d'arrestation qu'il venait de recevoir de Carrier, semblent confirmer le dire du médecin Thomas, sur l'autorisation donnée par Hentz de promettre amnistie à ceux qui se rendraient. « A cet instant, mandait-il au général Vimeux, le 2 nivôse (22 décembre), je reçois un ordre du représentant du peuple Carrier, qui me met en état d'arrestation et me fait con-
1. Adresse de la Société populaire d'Angers à la Convention^ reproduite dans le Journal des Lois du 8 pluviôse an III. Les représentants du peuple en mission dans le département de Maine-et-Loire (Revue de l'Anjou^ septembre et octobre 1852, p. 301). La brochure qui contient ces articles est plus instructive que bien des gros livres ; elle est malheureusement devenue rarissime.
2. Réimpression du Moniteur, XIX» 37, numéro du 8 nivôse an II.
employé tous les moyens et que, s'il a accordé
des passeports à quelques brigands, ce n'a été que pour engager un plus grand nombre h se rendre; que, déjà mftme, il a fait arrêter tous ceux à qui il avait délivr(^ des passeports, lève l'arrestation contre le citoyen Moulin; lui accorde sa pleine et entière liberté ; lui enjoint de se rendre sur-le-champ, à son poste, à Saint-Florent*. »
Le général Moulin ne survécut pas longtemps; il se suicida peu après, pour ne pas tomber vivant, dit Savary, aux mains des rebelles. Il avait bien en effet quelques raisons de ne pas compter sur leur indulgence.
Sans parler des généraux qui furent guillotinés, pour avoir été trahis par la fortune ou desservis par la jalousie, il faut avouer, et Moulin en est un exemple, que la République faisait parfois payer bien cher Thonneur de commander ses armées. Tel était pourtant le prestige des commissaires de la Convention, que Ton pourrait citer des lettres du ton le plus amical, écrites à Carrier par Kléber et par Marceau 2.
A propos des rapports de Carrier avec Tarmée, je ne saurais omettre de dire ici quelques mots de deux corps qui furent casernes à Nantes durant le séjour de ce représentant et qui auraient été, selon certains auteurs, au premier rang des agents de ses cruautés. Je veux parler d'un détachement de la légion germanique et de la compagnie des hussards
i. Savary, Guen'es, Ul, 166; VOraleur du peuple^ du 28 vendémiaire an m, p. 140.
2. No?l Parfait, le Généiml Marceau, lettre du 29 nivôse an 11.
germanique, qui se faisait suivre de plus de quatre cents femmes*. Malgré Tépuration, le corps avait conservé quelques suisses, qui passèrent à Tarmée royale, et y servirent avec dévouement. Les soldats de cette légion, venus à Nantes à la suite de Westermann, étaient ce qu'il y avait de pire dans le mauvais. Ils se prêtèrent volontiers au rôle de bourreaux et, comme leur ignorance de la langue française les rendait sourds à toutes les supplications, c'est à eux surtout que fut confiée la corvée des fusillades^.
On constate, k Nantes, l'existence d'un corps intitulé hussards américains dès avant l'époque de l'insurrection vendéenne. Beysser l'employa dans quelques-unes de ses expéditions au cours de l'année 1793 3, et on le retrouve établi à Nantes peu après l'arrivée de Carrier. Je n'ai pu déterminer si ces hussards américains se rattachaient, par un lien quelconque, à la légion américaine, composée, elle aussi, de hussards nègres, qui avait été levée, en 1792, pair le mulâtre Saint-George, ancien mousquetaire, auteur d'opéras et célèbre par son talent à l'escrime. Cette légion avait combattu avec honneur en Belgique, sous les ordres de Dumouriez^. Il avait été question de l'envoyer plus tard à Saint-Domingue. Toutefois les nègres et mulâtres qui la composaient, par crainte d'être mal vus dans cette colonie à raison de leur couleur, avaient demandé à rester en France, et on