Journal des Lois^ du 24 frimaire an III, p
3. Bulletin du Tribunal révolutionnaire, VII, 7, et Phelippes, Noyades, Fusillades^ p. 69. Déposition de Cliampenois, Bt///e/m du Tribunal révolutionnaire, VI, 305.
à la porte par quatre fusiliers. Il retourne quelques heures plus tard, et réussit à se faire introduire. Il s'efforce de faire comprendre au représentant combien il importe à l'intérêt de Tarmée de mettre fin à un pareil désordre. Carrier lui répond « qu'il s'occuperait de sou affaire quand il voudrait; qu'il
voulait prendre du repos; qu'il se f de toutes
les régies, et qu'il les ferait guillotiner quand il s'en occuperait » (sic). 11 insiste, Carrier le traite i< d'original ». Guimberteau, voyant enfin que le maître allait le traiter comme avait déjà fait le secrétaire, et ordonner aux grenadiers qui le gardaient de le jeter à la porte, prend le parti de se retirera
Ce Prigent, qui vient d'Atre nommé, n'était pas seulement un directeur général prévaricateur. Si l'on en croit certains documents, il aurait été, comme Lalouet, un de ces confidents, qui, pour s'être tenus au second plan, ne laissèrent pas déjouer, dans les événements de Nantes, sous le proconsulat de Carrier, un rôle considérable.
Prigent (Jean-Yves-Alexis) était un ancien procureur au présidial de Rennes, devenu plus tard avocat, qui avait eu maille à partir avec la justice, et qui avait réussi à se faire acquitter. C'était, à n'en point douter, un habile homme. Carrier, lorsqu'il était à Rennes, en avait fait son secrétaire. Il l'avait amené de Rennes à Nantes, et, vers le milieu de frimaire, il l'avait appelé au poste important de directeur général de la comptabilité des charrois de la première division de l'armée
i. Pièces remises à la Commission des Vingt et bn, p. 35 et 36.
LÈS HABiTATlONS DE CARRtER A NANTES 2i3
tions de la Loire-Inférieure portait le plus grand intérêt. A diverses reprises, Tauteur [de ces lettres, écrites de Paris durant le procès, se félicite du silence des accusés et des témoins h Tendroit de Prigent, et exprime la crainte la plus vive de Tentendre incriminer. Parmi les papiers des représentants Boursault et Ruelle, en mission à Nantes, à la fin de Tan II, se trouve une lettre à leur adresse signée de Forget et datée de la 2* sansciilottide (18 septembre 1794), dans laquelle il les avertit de se méfier de Prigent. «Le représentant Bô, ajoute-t-il, en a fait justice au peuple en Téloignant de ses bureaux. On peut se renseigner sur lui auprès de la Société populaire de Rennes; il a commis des faux L » Comment Prigent évitat-il d'ôtre cité comme témoin alors que son propre secrétaire, Sandrock, ancien commis négociant, employé lui aussi dans l'administration des charrois militaires, fut appeb^ à déposer comme ayant approché Carrier par Tintermédiaire de Prigent? Sandrock reconnut s'être trouvé au fameux dîner sur la galiote avec Lamberty^. Sans prétendre percer à jour ce mystérieux intrigant, je me le figure homme d'esprit, flatteur et plus soucieux de Tètre que du paraître. Pour s'être contenté d'exercer une influence occulte, il réussit à se faire oublier et garda sa place.
Carrier prenait des arrêtés à tort et à travers, sans s'inquiéter de savoir s'il était possible de les exécuter, et il négligeait ensuite de faire le nécessaire pour qu'ils produisissent leur effet.
i. Archives déparlementales.