Bulletin du Tnbunal révolulionnaire, VI
provisionnement des habitants. Pour se justifler, il dira, plus tard, qu'il avait été informé « que Taccaparement procurait des millions à des courtauds de boutique et à des petits commis^ ».
V Arrêté du 10 pluviôse an II (29 janvier 1794) :
« Le Comité révolutionnaire mettra, sur-lechamp, en état d'arrestation, sans nulle exception, tous les courtiers et tous les individus qui, depuis la Révolution, ont exercé ce métier scandaleux dans les murs de cette commune et qui ne sont pas encore sous les mains de la justice. 11 en rendra compte dans les vingt-quatre heures au représentant du peuple français. »
Le même jour, il consentit à apostiller une lettre de la Municipalité à Jean-Bon-Saint- And ré, qui était à Brest, pour lui demander des grains provenant des prises.
2* Arrêté du 11 pluviôse (30 janvier) :
« Le Comité révolutionnaire de Nantes mettra, sur-le-champ, en état d'arrestation et constituera prisonniers :
1"* Tous les interprètes sans exception;
2* Tous les acheteurs et acheteuses, revendeurs et revendeuses de première nécessité, sans nulle exception.
« Il donnera, sans délai, au représentant du peuple, les motifs des arrestations de tous les gens suspects envoyés à Paris*'. Il lui donnera incessamment les motifs des arrestations de tous les gens
1. Son explication au Tribunal révolutionnaire. Bulletin du Tribunal révolutionnaire ^ VU, 51.
2. Ce paragraphe concernait les cent trente-deux Nantais, partis pour Paris depuis trois mois.
LE8 HABltATlONS t)E CAtlRIÈR A NANTES 2i1
les juger, qui les acquitta faute de preuves'.
L'insurrection de Saint-Domingue avait commencé la ruine du commerce de Nantes; les ar-^ restations de négociants et les pillages des magasins l'avaient précipitée; Carrier Tacheva. « Les capitaines de navires venaient, suivant Tusage, à Nantes pour les assurances. Us se présentaient, et voyaient fermés tous ces magasins, dont les marchandises refluaient autrefois sur toute la République. Sur la déclaration que les négociants étaient incarcérés, ils prenaient la fuite dans la crainte d'être eux-mêmes incarcérés. De là, disette et misère. Cependant des négociants s'assemblaient encore à la Bourse pour empêcher la ruine totale du commerce et faire face h leurs aflTaires. Carrier en fut instruit; il menaça de faire rouler leurs têtes dans la poussière^. »
Aussi Carrier ne faisait rien, ne décidait rien, et, quand il sortait de son repos, c'était pour commettre quelques sottises. Tel était, néanmoins, le respect des administrations pour lui que, lorsqu'une députation revenait sans avoir obtenu ce qu'elle était allée lui demander avec déférence, on consignait sur le registre : <( 11 n'a pu, jusqu'à ce jour, à travers la foule des afl^aires importantes dont il est chargé, trouver un moment pour s'occuper de la réorganisation du District » ; ou bien : « Ses grandes occupations Font empêché de s'occuper de l'affaire^. »