Bulletin du Tnbunal révolutionnaire, VI, n
2. Déposition de Vilmain, notable négociant (Cowmer républicain du \\) frimaire an lll, p. 317). Séance du procès du 17.
3. District de Nantes, 20 nivôse an II. — Départ. L, 25 pluviôse U, f«7l (Arch. départ.).
la suspension de ses séances. Ses meneurs avaient sans doute réussi à la persuader que, pour la première fois qu'on avait la République, il fallait apprendre à supporter les menus ennuis du régime, et payer sa bienvenue de quelque tolérance pour le sans-façon de ses fondateurs.
Les cruautés de Carrier à Tégard des catholiques, des royalistes et des modérés avaient, à ce moment, quoiqu'elle en pourra dire plus tard, sa complète approbation. Un point, en effet, qu'il importe de mettre en lumière, c'est qu'avant le procès de Carrier, qui eut lieu à une époque de réaction, aucun républicain de Nantes ou de Paris ne lui a fait le moindre grief de ses exécutions sans jugement. Celle Société lui aurait plutôt reproché de manquer d'énergie dans la lutte contre Tinsurrection, et ce fut à l'occasion de la guerre de Vendée qu'elle manifesta, pour la première fois, contre lui, un certain mécontentement, dans une lettre où elle lui reprochait sa tiédeur en ces termes :
« Carrier, tu as dit aux patriotes de Vincent-la- Montagne qu'ils n'entendraient parler des brigands que par leur mort. On nous dit : l'armée des brigands occupe plusieurs communes ; Charette, diton, exerce des cruautés. Carrier, /oe y wi as la confiance des sans-culottes^ toi qui as tant contribué aux succès de nos armées, il te reste à couronner ton ouvrage, fais finir enfin la guerre de la Vendée; emploie toute ton énergie à terminer cette guerre affreuse, nous te le demandons au nom du salut public... Calme nos inquiétudes^ »
1. Lettre datée du 9 pluviôse an II, 28 janvier 1794, Pièces remises à la Commission des Vingt et Un^ p. 40.
La dépulation ne fut pas mieux accueillie; la porte resta fermée, et le secrétaire leur répondit que, « fussent-ils des citoyens enragés, sortis du diable ou de Tenfer, ils ne seraient pas reçus; que, d'ailleurs, Carrier ne recevait même pas les généraux ».
Très froissée, la Société écrivit, dès le retour de la députation, une lettre à Carrier où elle se plaignait du traitement infligé à des amis et à des frères, qu'un secrétaire indigne avait repoussé, au risque de laisser échapper Theureuse occasion de s'emparer de Charette. « La Société veut que les brigands soient totalement détruits et exterminés, et c'est pour cela qu'elle a chargé des commissaires de prendre toutes les mesures nécessaires pour y parvenir ^ »
Cette lettre, qui porte la date du 12 pluviôse, an 11 (31 janvier 179i), n'était pas parvenue à son adresse, que Carrier, informé de son contenu, signait l'ordre au premier officier de la force publique de lui amener Champenois. Celui-ci, le lendemain dans la matinée, était appréhendé, et, malgré la promesse de se rendre de bonne volonté, conduit à travers la ville, entre quatre fusiliers, jusqu'à la maison de Bourg-Fumé. L'entrevue fut des plus animées; les propos les plus vifs furent échangés. Carrier reprocha à Champenois d'avoir cherché à avilir en lui la représentation nationale, d'avoir fait la motion de décacheter ses lettres, et ne parla de rien moins que de le faire guillotiner. Champenois, à l'en croire, car