Pièces remises à la Commission des Vingt et Un. p
de déclarer que les membres du Corps municipal n*avaient rien perdu de sa confiance*.
De son côté, la Société populaire tenait une séance extraordinaire. Un de ses membres osa déclarer que « la Société ne pouvait être tranquille sur un événement qui rappelait le despotisme de l'ancien régime. » Champenois y fut mandé et complimenté sur son civisme courageux. Il fut décidé que la Société, n'ayant plus de liberté et la silreté de ses membres étant compromise, elle s'abstiendrait de toutes discussions, mais continuerait néanmoins de surveiller les malveillants^.
Si Ton en croit Dugast-Matifeux, la Société populaire aurait fait davantage. Elle aurait signé dans la journée du 14 pluviôse (2 février), une adresse au Comité de Salut public pour demander le rappel de Carrier en se fondant « sur l'état de débauche dans lequel il vivait, son défaut de soin, ses fureurs, la dissolution de la Société sous le plus léger motif, les mauvais traitements envers les patriotes 3». La signature d'une pareille adresse eût été un acte de courage de la Société, et jusqu'à preuve du contraire, il est permis de douter qu'elle l'ait fait ; mais on ne saurait nier que plusieurs de ses membres se soient entendus pour
1. Mellinet. dans la Commune et la Milice de Nantes^ VI II, 409 : — et Verger, dans les Archiver curieuses^ I, 49 et 57, donnent le texte entier de cette délibération.
2. Dugast-Matifeux, Précis de la conduite patriotique des citoyens de Nantes^ p. 28 ; séance du 13 pluviôse au matin.
3. Dugast-Matifeux, Bibliographie révolutionnaire, n* 99. Lettre de la Société populaire de Nantes à celle de Tours ; Pièces remises à la Commission des Vingt et un^ p. 29 ; Précis de la conduite patriotique des citoyens de Nantes^ lettre de Goupilleau, p. 36.
scél(^rats, de contre-révolutionnaires. Forget^ prit la parole après lui ; il parla avec une force et une énergie vraiment républicaines. 11 y eut entre eux un colloque qui dura longtemps. Carrier se calma, et finit par dire qu'il fallait : surveillance, énergie, fermeté; que nous étions entourés de mauvais citoyens, qui ne cherchaient qu'à diviser les patriotes. Nous reconnaissons tons que Carrier a fait beaucoup de bien à Nantes^ par conséquent à toute la République^ mais nous reprocherons sa dureté... d'être inabordable pour les bons patriotes.. . d'accorder ses préférences à des femmes. . . d'avoir menacé le premier magistrat du peuple (Renard)... d'avoir mal reçu une députation de la Société populaire... d'avoir frappé un membre de cette Société. » Goupilleau ajoutait : « Nos députés sont partis avec double expédition de toutes les pièces au soutien de notre dénonciation 2. » Les deux députés étaient un médecin, Paul Métayer, et un marchand, Samuel (Michel). D'après cette lettre, ils étaient partis pour Paris, soit dans la soirée du 14, soit dans la matinée du 15 pluviôse (3 février^).
1 . Sur Tattitude de Forget ce jour-là, voir les Mémoires de Blanchard, Clubs et Clubîstes du Morbihan, Nantes, Grimaud, 1885, p. 19.
2. Lettre de J.-V. Goupilleau. Dugast-Matifeux, Précis de la conduite patriotique^ p. 36.
3. Les deux envoyés auprès du Comité de Salut public ont eu une assez triste destinée. L'importance de la mission marquait bien la haute considération qui les entourait à la Société populaire. L*un d'eux, pourtant, était loin de la mériter.
Samuel (Michel), marchand de blanc et de bijoux, rue Contrescarpe, 28, prés le Bon-Pasteur, était Juif, et il avait été désigné maintes fois, parla Société, pour présider à des recensements de marchandises à Nantes et à Paimbœuf. Juif et sans-culotte, une
le commerce les arrêt(% absurdes dont Teffet inévitable avait (Hé d'accroître ladisette, et qui avaient indisposé toute la population; le 12, il avait ordonné l'arrestation de Champenois; à la Société populaire, il avait parlé de proclamer la ville de Nantes en état de rébellion. Cette série d'extravagances n'atteignait guère que des patriotes, et elle pouvait parfaitement continuer.
Pour être plus ancien, le ressentiment des membres du Comité révolutionnaire n'en était pas moins vif. Ils ne pardonnaient pointa Carrier une scène qu'il leur avait faite le 11 nivôse, en présence de Kléber, lorsqu'il leur avait reproché, contre leur attente, l'arrôté inhumain interdisant aux citoyens de recueillir chez eux les enfants des prisonniers, et la menace de les faire guillotiner si cet arrêté n'était pas de suite retirée Ils souhaitaient surtout son départ, parce qu'ils redoutaient qu'il ne mît , à exécution le projet, dont il parlait quelquefois, de les destituer de leurs fonctions, et de les remplacer par Lamberty, Robin, et autres agents de cette sorte ^.
La Société populaire, qui faisait cause commune avec le Comité révolutionnaire, et qui comptait parmi ses membres tout le personnel des diverses administrations, avait contre Carrier le grief de ses mauvais traitements, de ses mépris, de ses dédains, et de ses menaces, qui, pour être demeurées sans effet jusqu'à ce moment, n'étaient pas sans causer