‹ J.-B. Faure, 1830-1914 1923Chapitre 15 sur 25 · B. FAURE · texte numérisé non relu

B. FAURE

remarquer que, constamment en scène, il montrait une animation, une vie qui faisaient paraître les autres interprètes comme dépaysés.

Nous le retrouvons, en mars, à Lyon, et en avril, à Bordeaux. Dans la première de ces grandes villes, on venait de représenter pour la première fois Étienne Marcel. Pourquoi, en vue de cette création de la première œuvre dramatique de Saint-Saëns, ne s'être pas assuré du concours si avantageux de Faure? Son Faust ou sa Favorite (avec le ténor Stéphane), son Hamlet ou son Guillaume Tell (avec . la toute jeune Mi: d’'Hervilly) étaient des lendemains qui. faisaient tort à l’œuvre nouvelle. A Bordeaux, il ajouta l'Étoile du Nord à ce programme et donna un grand concert de charité.

L'année 1880 est marquée d’abord par une belle série de 12 représentations dans la nouvelle salle du Casino de Monte Carlo, œuvre de Charles Garnier, inaugurée au cours . de la saison précédente. Ce sont les premières qui aient Li consacré en quelque sorte cette petite salle où les plus brillants artistes du monde musical devaient, par la suite, concourir à tant de prestigieux spectacles. Entre le 20 janvier et le 28 février, avec M"° Carvalho en général, on l’entendit dans Faust et Don Juan, La Favorite, Le Chalet, Hamlet et dans divers concerts.

Genève aussi — pour la première fois — put l’apprécier, cette année. Il y joua ses quatre œuvres préférés : Faust, La Favorite, Guillaume Tell et Hamlet.

En 1881, nouvelle apparition à Monte Carlo, mais pour des concerts seulement (on y remarque la Sérénade de Schubert et la Réverie de Saint-Saëns, avec le maître au piano). Au théâtre, on ne l’applaudit que sur la petite scène du Casino de Cauterets, (où 1l faisait une saison d'eaux), dans Faust et la Favorite.

En 1882, cependant, nouvelles représentations à Monte- Carlo, dont une « première » pour lui! Après Faust (entre Gayarre, Maurel et M" Albani) et Hamlet, Faure paraît dans Lucie de Lammermoor, en italien. On s'étonne qu'il

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ait attendu jusqu'alors pour incarner le personnage d’Ashton dans l’œuvre de Donizetti. Il est vrai que, vocalement intéressant, il est médiocre comme caractère et antipathique ; l'artiste n’aimait pas cela. Le plaisir de la composition le séduisit sans doute...

Puis, c'est le silence : Faure semble décidément avoir renoncé à la scène. En vain a-t-on cherché à l’entraîner dans une nouvelle tournée de province. Pasdeloup, toutefois est plus heureux en 1885. Son vieil ami a imaginé de donner, à Monte Carlo, des concerts avec fragments d'opéras représentés} et il ne peut lui refuser d’y paraître. Successivement, le quatrième acte des Huquenots (Nevers), le troisième d’Hamlet, le second de Lucie, des scènes du Barbier de Séville et le Chalet, sont acclamés à l’envi.

Enfin, les baigneurs de Vichy, cette même année, purent. encore bénéficier de trois représentations de Faust et Guillaume Tell, et Marseille, puis Montpellier, l’année suivante, (1886), de quelques soirées de Faust... Et c’est bien tout. Quand nous aurons mentionné encore la soirée de retraite de Me Carvalho, à l’Opéra-Comique, où 1l joua avec elle, Talazac, Marguerite Ugalde et Renée Vidal (Siebel et Marthe) l'acte du jardin, de Faust, souvenir incomparable d'harmonieuse beauté, nous devrons considérer les adieux de Faure à la scène comme définitifs.

Il ne tint pourtant qu’à lui de les faire d’une façon plus exceptionnelle et digne de résumer sa carrière. Le directeur du Théâtre Royal de Prague, Angelo Neumann, pour célébrer le centenaire de la première représentation de Don Juan, donnée, comme on sait, en cette ville, le 29 octobre 1787, eut l’idée de solliciter le concours de Faure. D'’autant plus touché d’une pareille démarche venue de si loin, qu'aucun des directeurs parisiens n’avait pris, lui, une semblable initiative, l'artiste hésita un instant; mais la responsabilité d'une si haute tâche, et la crainte de n’être plusen mesure d'y répondre dans la plénitude de ses moyens, lui persuadèrent de refuser. Peu de traits font autant d’honneur à sa conscience d'artiste, à sa modestie.

Au concert, heureusemerl, nous sommes encore loin de la retraite, et d'importantes « créations » lui étaient même réservées, sur lesquelles il importera d'insister.

Nous en étions restés à 1879, dans cet ordre d’interprétations : revenons-y. C’est la première année où, depuis bien longtemps, Faure consent à reparaître dans les concerts publics. Au début, on l’a entendu à l’église Saint-François- Xavier, pour l'inauguration du grand orgue. Au mois de mai, puis en juin, 1l a pris sa part de deux séances de charité organisées, au bénéfice des inondés de Szegedin, l’une, par l'Association des artistes dramatiques (c'est-à-dire Coquelin) — on y entendit le duo de la Muette, avec Talazac, le quatuor de Rigoletto avec le même et Joséphine de Reszke et Rosine Bloch, puis les airs de Paulus et de Joconde —, l'autre, à l'Opéra, comme prélude à une kermesse — /e Vallon, de Gounod, le Noël, d'Adam, le duo de {a Muette avec Vergnet et le quatuor de Rigoletto avec celui-ci et M"° Krauss...

Cependant la vraie rentrée de Faure devant le public, c'est, en novembre, dans la salle du Châtelet, aux concerts Colonne, qu'il faut la chercher. Quelles ovations accueillirent le grand artiste, les critiques nous en donnent l'écho, en assurant qu’elles dépassèrent tout ce qu'on avait encore vu. Îl est vrai que Faure s’attacha dès lors, en général, à offrir quelque primeur aux auditeurs, ce qui apportait à ses programmes un attrait particulier. Cette fois, ce fut le finale du premier acte d'Étienne Marcel, qu’on venait d'applaudir à Lyon : il y chanta successivement les fières et nerveuses phrases d’Étienne (lorsqu'il paraît au moment où sa fille est sauvée, par Robert de Lorris, des insultes des - soldats royaux, et lorsqu'il accepte du peuple la mission de s’interposer entre le Dauphin et ses ministres) et la courte intervention de l’évêque Lecocq, au nom de l’église de Paris. Le programme comportait encore l'air du Stège de Corinthe, el l’admirable Vallon, qui fut bissé. Faure était vraiment l’interprète-né de ces pages si poétiques où s unissent les inspirations de Lamartine et de Gounod, tels

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