‹ J.-B. Faure, 1830-1914 1923Chapitre 2 sur 25 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

trait qui manquerail à son caractère s'il n'était indiqué, que cette philosophie, sans amertume mais désabusée, dont il voulut envelopper le déclin de sa vie. pe

Il l'avait, du reste, poussée si loin, avec un parti-pris sÈ radical, que, des innombrables témoignages écrits de cette souveraine vie d'artiste, de tous les articles de journaux ou |

de revues quien soulignatent les élapes, il n'avait rienvoulu

conserver. À une époque dont nul n’a reçu la confidence, mais assurément ancienne, il a tout détruit. Je crois, su” eût pu faire boire à la postérité un philtre d’oubli, qu'ul n'y eût pas manqué | Pendant sa carrière, il n'avait jamais voulu se faire entendre que dans la plénitude de ses moyens: sans eux, il lui semblait qu'il n'était plus lui-même... Il s'était toujours refusé à faire des élèves, de crainte que, son exemple disparu, son enseignement ne s'en trouvâl faussé! Une fortune ne l'aurait pas persuadé de livrer sa voix aux phonographes. En demandant à l'oubli la garantie de son indépendance, il restait logique.

Ce souci, qui a toujours guidé ce noble artiste, de ne laisser de lui qu'une réputation inaltérable, n'est certes pas pour déplaire au biographe. Mais quelle tâche !.…. Quelqu'un, du moins, portait à mon projet un intérêt passionné : son fils Maurice. Il n’eût aidé de tous ses souvevenirs ; il m'eût quidé de son goût averti ; il eût suivi pas à pas mes recherches... Hélas ! à peine saisie, la plume m'esttombée des mains! Quelques semaines aprés son pére, à 59 ans, le 1 février 1915, Maurice Faure, capilaine commandant au 1* Hussards, succombail à un mal contracté aux avant-postes de Lorraine et dont l'épuisement de ses forces n'avait pas permis d'avoir raison.

Il n'était pas militaire de carrière, et l'état de sa santé eût dû lui interdire de reprendre du service. Le sacrifice qu'avait fait d'avance son ardent patriotisme n'en apparatt que plus complet. Né à Paris, le 11 mai 1869, il résumait en lui les dons et les goûts d'artiste de son pére, la sûreté de vues, l’infinie bonté, le charme adorable de sa mère, qui fut, elle aussi, une grande artiste. la noblesse de carac-

PRÉFACE ; à

tère de tous les deux. Il y joignait des qualités particulières de chercheur et d'érudit.

Il était peintre, élève d'Andrieux et de Zorn: ses paysages, ses marines atliratent l'attention. Aux expositions des Aquarellistes français, ses œuvres trés remarquées, gardaient la lumineuse couleur des visions rapportées de Tunisie et d'Egypte, et ses portraits, trailés largement, en pleine eau, d'une facture personnelle et particulière, méri-

taient l'admiration du public et des artistes.

Il avait un véritable don pour les langues, et les questions les plus subtiles de linguistique comparée le passionnatent : il a laissé des travaux qui prouvent une information générale peu commune.

Enfin la voix de son père se retrouvait en lui, dans ce qu'elle avait, du moins, de plus séduisant, dans sa beauté et son charme : elle en évoquail jusqu'au timbre même. Certains concerts de charité, certaines cérémonies d'église ont permis à quelques personnes de s'en rendre compte et de l’admirer, mais sa modestie se qardait bien d'en tirer vanité.

Et quel ami fidèle, sûr et dévoué! C'était une nature d'élite, et tous ceux qui l'ont connu lui gardent un souvenir ému.

Il avait épousé, en 1897, la fille du grand violoniste Ad. Herman, et cette union avail entouré les années de

souffrances de M"° Faure et la verte vieillesse du grand artiste d’un petit monde d'enfants où se concentrait toute leur joie.

C’est à sa mémoire que j at tenu à dédier ces pages auxquelles il voulait bien, d'avance, accorder tant de sympathie.

Page 1